Qu’on me rende mon vizir !
Don’t be evil.
Entre devises, maximes et slogans, il est parfois difficile de s’y retrouver, on peut s’interroger sur ces professions de foi pour savoir si celui qui les énonce en fait un objectif personnel ou bien s’il s’agit de recommandations pour ses auditeurs.
Le célébrissime slogan informel de GG est d’abord un code de conduite à usage interne, il faut le rappeler.
Et il sert sans doute aussi à valoriser l’image de l’entreprise à l’extérieur, mais ça, c’est de bonne guerre ![]()
En principe, c’est un mauvais slogan.
Une double négation, ça ne se fait pas.
Il faut positiver, tous les propagandistes et publicistes le diront.
Ne soyez pas mauvais, ça demande un décodage.
Déjà, c’est très différent de ce qu’on prête parfois abusivement à GG : Don’t DO evil, Ne faites pas le mal.
On peut fort bien ne pas être mauvais et faire le mal, c’est évident.
Par accident ou par ignorance, le plus souvent.
Partons du principe que le slogan a été mûrement pensé ![]()
Sa double négation ne signifie pas Soyez bon et encore moins Faites le bien.
Ce serait un discours religieux binaire, ça.
Avec Don’t be evil, le propos est plutôt philosophique.
Il part du principe que le travail principal est à faire sur soi-même.
On peut éventuellement en extrapoler que si on s’astreint à ne pas être mauvais, on produira des choses positives et le monde en sortira meilleur.
GG n’a pas inventé ce concept
Les esprits forts ne cessent de chercher à prendre GG à son propre jeu, de tenter de montrer qu’il arrive que GG does evil.
C’est une tâche très facile mais qui ne tient pas compte des faits essentiels.
Il fut un temps pas si lointain, vers 2004, où l’image de GG n’était pas encore trop précise.
Alors, on s’interrogeait encore sur les voies et moyens qu’il allait utiliser, on se demandait par exemple si GG n’allait pas se transformer en portail à la Yahoo!
GG ne s’est pas lancé dans une quelconque concurrence avec qui que ce soit.
Son truc à lui, c’est la publicité.
Et avec ce qu’il ramasse de ce côté, il investit bien.
Il ne fait pas d’OS, pas de navigateur, pas de hardware.
Il crée ou il achète des services et des produits qu’il met gratuitement à la disposition de la communauté.
Il aide l’Open.
Il se fait plein de copains.
Tout cela est offert à titre gracieux.
Et en plus, GG permet aux webmasters de gagner de l’argent !
Plan démoniaque classique diront les grincheux.
Il s’agit de séduire pour asservir.
On nous répète cela depuis des lustres.
On nous a dit que les maîtres du monde ont tout intérêt à nous confiner dans le futile de la consommation, des modes et du vedettariat pour nous distraire des seules vraies préoccupations essentielles qui devraient être les nôtres.
Bon. Et si on aimait ça, finalement ?
Si on était heureux que la liberté, ce soit un esclavage doré, tiède et bien lubrifié ?
Pourquoi pas ? On aspire tous à la tranquillité rémunératrice.
On veut bien devenir de riches esclaves heureux mais le problème, c’est la transition.
Tant que nous n’aurons pas renoncé à nos illusions de libre arbitre et de démocratie, il sera bon que nous puissions compter sur des possibilités de communication transnationale non censurée pour établir un contre-pouvoir, ou du moins montrer qu’une telle chose est possible.
Or, en nettoyant la miserable failure et le vizir entre autres, GG vient de montrer qu’il peut contrôler l’information.
On l’en savait techniquement capable mais là, il l’a fait.
L’Algo l’a fait !
Il aurait pu trier entre le dérisoire et l’immonde, tout de même.
Il aurait pu laisser le dérisoire, ça nous faisait sourire.
Mince, il n’est pas à un filtre près !
Et, que je sache, personne n’a moufté.
Le social linkbombing était pourtant une gentille soupape de sécurité.
Il permettait aux frustrés, aux immatures adeptes du contre-pouvoir populaire et aux geeks à l’esprit potache de se défouler de manière ludique et inoffensive.
Il se pourrait que sa suppression soit une erreur.
Casser les jouets des gosses, c’est evil.
Qu’on me rende mon vizir !
Bon, il est toujours bien placé sur les autres moteurs mais moi, c’est GG que je préfère.
En même temps, si c’est le début d’un grand nettoyage du spamdexing, on ne peut qu’applaudir