Citizendium : nihil obstat

Depuis longtemps, je taquine la Wikipedia pour ses petites manies mais c’est parceque je l’aime bien, au fond.
Enfin non, pas exactement.
Ce que j’aime bien, c’est l’idée, celle d’une somme de connaissances réunie par quantité de personnes.
Un savoir collectif à transmettre à nos chères petites têtes blondes (mais en ont-elles besoin ?).

On pourrait en effet se poser la question de la nécessité d’un savoir encyclopédique imparfait mais pour tous.
Restriction : pour tous ceux qui ont l’Internet.
L’heure est à la raréfaction des neurones, à l’étiolement de l’esprit critique, au déclin des connexions synaptiques.
Au langage SMS, à la rectification de l’orthographe, à la pandémie de l’inculture.
Et à la vitesse.
Logiquement, cela débouche sur le non-savoir partagé par une encyclopédie mondiale.
Sur la pensée unique mais éphémère, ce qui la rend certes plurale mais aussi inutile qu’inefficace en certaines matières.

Mais bon, quand n’importe qui peut écrire n’importe quoi sur n’importe quel sujet, le résultat final risque d’être un ramassis de lieux communs, de légendes urbaines, de propagande et de publicité.
Il est nécessaire de faire un tri, de filtrer, d’expertiser.
AVANT de publier, évidemment.

La Wikipedia ne fait pas ça. Elle publie en continu.
Il n’est pas possible d’y faire référence comme ceci : tel article, Wikipedia, édition 2007 mais seulement comme ceci : tel article, Wikipedia, tel jour, telle heure GMT.
C’est du volatil, de l’éphémère, du sable emporté par le vent.

Comme s’il n’était pas possible de figer un article dans un état stable auquel on pourrait faire référence tandis que par ailleurs l’article continuerait à évoluer jusqu’à son prochain état de stabilité.

L’autre reproche que je fais à ma chère Wikipedia, c’est l’anonymat des rédacteurs.
L’Histoire a retenu seulement quelques noms des moines copistes puis des encyclopédistes et il est vrai que c’est de peu d’importance.
Les moines copistes étaient de bons petits soldats de la transmission du savoir, ils travaillaient dans la modestie.
Ils recopiaient, surtout. Et ils triaient, censuraient, modifiaient, rectifiaient.
Les meilleurs compilaient, mais tous fonctionnaient sous le régime de l’imprimatur.
Préalable à l’édition, cette autorisation.

La Wikipedia connaît-elle une forme d’imprimatur ? On le verra plus loin, c’est bien le cas.
Mais ce n’est ni sous le contrôle d’une quelconque église ni sous l’autorité d’experts, non.
Ni au préalable. Seulement en cas de litige.
C’est sous le contrôle d’arbitres élus.
Et c’est rigolo, l’arbitrage.

A défaut de livrer des informations 100% fiables (aucune encyclopédie n’y parvient et la Wikipedia est seulement un projet d’encyclopédie), la Wikipedia peut être une source de distraction.
Rien que les pages d’arbitrage, par exemple celle-ci, pourraient donner matière à une moderne anthologie des procédures bureaucrates.
Rien de nouveau sous le soleil,
Courteline doit se marrer, où qu’il soit.
On reste dans la grande tradition administrative.

Ce qui est tout de même sympa, c’est le côté public et démocratique.
Quelqu’un peut être démocratiquement humilié en public, quoi …

Quant à l’organisation interne …
Le moins qu’on puisse dire c’est qu’il y a suspicion de main-mise sur le système par des petits chefs.
C’est en tout cas ce que pourrait donner à penser ce cri bien circonstancié publié en externe : L’affaire Bogdanov.

L’anonymat des rédacteurs est clairement en cause dans ce dernier cas.
Sans anonymat, le souci n’existait pas et on faisait l’économie d’une situation ridicule et d’exclusions.
Un système qui exclut n’est pas un bon système.

Moi, j’aime bien la hiérarchie et la discipline mais à condition de connaître l’identité des intervenants.
Même sous le pire des régimes, seul le bourreau était masqué, les juges ne l’étaient pas !

Tout cela est bien décevant et pourrait faire réfléchir les candidats-éditeurs.

Ce serait dommage, parceque le projet reste porteur et enthousiasmant.

L’alternative, ce serait un autre projet d’encyclopédie communautaire, qui rectifierait les deux tares de la Wikipedia qui sont le refus de l’expertise et l’anonymat des contributeurs, tares dénoncées dès 2004 par l’un des fondateurs, Larry Sanger.

Un tel projet existe, c’est le Citizendium.
C’est la Wikipedia sans les arêtes.

Le Citizendium reprend le flambeau de la Nupedia éclipsée quelques années par la Wikipedia.
Expertise, indication de l’état stable d’un article et identification des auteurs.
Un jour, ce sera en français sur vos écrans.

Ce n’est pas difficile : il faut reprendre la production de la Wiki et la purifier au filtre de spécialistes. Avec son système, la Wiki aura gagné le droit de déblayer le terrain et de continuer. Ce n’est pas médiocre : des soutiers, il en faut pour toutes les soutes, y compris pour celles de la connaissance.

A voir sur … sur quoi ? Sur Wikipedia, évidemment, avec le reste de la saga des projets d’encyclopédie.


Note : j’écris ce billet en marge d’un sujet qui vient d’être traité sur les forums WebRankInfo sous le titre Wikipedia est-elle favorisée par Google ?, discussion dans laquelle le lecteur trouvera des liens utiles et des points de vue tranchés (Berk la Wiki, Vive la Wiki !) et des tentatives d’analyse raisonnée.

Une réponse à “Citizendium : nihil obstat”

  1. SZarah dit :

    Addendum
    Larry Sanger a déjà répondu aux principales interrogations et critiques quant aux chances de réussite du Citizendium et à ses principes :
    http://www.citizendium.org/whyczwillsucceed.html

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