Soldes et bonnes affaires
On l’ignore souvent chez les dilettantes de la publicité : faire de la réclame est un art délicat qui tient plus de la séduction que de l’assaut à la hussarde.
Le chaland adore se faire draguer, il apprécie les discours charmeurs, les clins d’oeil, les déhanchements à la Aldo Maccione, la parade préliminaire à l’acte désiré (c’est de vente dont il est question, coquinous).
Le prospect n’est pas dupe de la manoeuvre, il joue le jeu, c’est un ballet, un jeu d’appels et de réponds.
Mais si le vendeur le harcèle, le client potentiel rompra le contact et là, sur l’Internet, rien n’est plus facile : un clic et c’est fini-terminé.
Et si on prend le client pour une truffe, il s’en rend compte bien plus aujourd’hui que hier.
Allez hop, une anecdote.
Pas plus tard que vendredi, j’ai rencontré un vendeur qui crèverait rapidement de faim s’il sévissait sur l’Internet.
Alors voilà : j’avais besoin d’un nouveau G et j’avais remarqué une annonce pour un modèle nordique à 59 Euros.
Un téléphone simple comme je les aime, pas un couteau suisse qui fait alarme-incendie, bouée de sauvetage, piolet d’escalade et gyrophare en plus.
C’est juste pour téléphoner.
L’annonce disait, en gros 20 Euros de rab si vous rapportez votre vieux G pourri.
Des vieux G pourris, j’en ai plein mes tiroirs, des meilleures marques, et 20 Euros c’est un argument.
Donc je me pointe à la boutique en question.
Il s’agit d’une enseigne en franchise, grande marque, vitrine immense entièrement dédiée à cette promotion.
J’entre.
Vendeuse et vendeur jeunes, toutes les dents dehors, c’est le mâle qui me prend en charge - manque de feeling et première erreur ![]()
J’expose mon cas en deux mots : Moi vouloir G de l’annonce. Voici l’épave. et je montre mon ex-favori, un allemand qui m’a fait onze mois de bons, loyaux et vigoureux services.
Ah mais là ça coince direct.
Je m’entends dire que tous les G ne sont pas repris, qu’il faut que le modèle soit dans une liste, on ne peut pas tout recycler et justement mon vieux tacot n’y est pas, sur la liste.
Bref, mon vieux G pourri (pas si vieux, en parfait état de marche et d’une marque européenne bien connue) n’a pas les caractéristiques de la bonne pourriture noble.
Je dis que l’annonce aurait pu le préciser.
En face, on prend un air désolé et on attend.
On attend quoi ?
Que je dise Ah bin tant pis pour la reprise, donnez-moi votre produit.
J’ai dit Ah bin tant pis. Bon après-midi.
Et je suis partie.
Sur le même trottoir, cent cinquante mètres plus loin, chez un photographe old fashion qui fait aussi le numérique, j’ai trouvé le même modèle, proposé sans échange-arnaque et je l’ai payé le prix fort : 59 Euros.
Sans l’ombre d’un regret.
La plupart des pigeons n’auraient pas fait ça : ils auraient craqué sur place et on le sait bien qu’il y a seulement 5% de rétifs.
Mais pas sur l’Internet.
Sur l’Internet, si le client sent que ça coince, il clique et il va ailleurs.
Il n’a pas besoin de se sentir coupable, de s’excuser ![]()
Il n’est pas coincé.
La mentalité Internet va de plus en plus déborder sur les traditions du trottoir.
Et de fait, on observe que le client potentiel contrôle de mieux en mieux le processus qui va de l’annonce au dégaînage de la carte de banque.
Le consommateur influence ce processus comme jamais encore.
Et ça, c’est un des bénéfices de l’Internet.
Les vrais pros ont déjà pris le bon virage, celui du respect.
Mais il reste les glandeurs et les dilettantes, encore trop nombreux sur la toile comme dans la vraie vie.
Le prospect joue le jeu disais-je, il est de bonne composition.
Sauf si la proposition lui est faite de manière inopportune.
Il faut choisir l’endroit.
Comme le rappelait le Time à propos de MySpace, certains endroits communautaires sont devenus invivables en raison du nombre de mendiants et de vendeurs à la sauvette ou maladroits qui les hantent.
La mobilité de l’internaute est telle et l’offre si grande que la publicité aura de moins en moins droit à l’erreur.
Pas de harcèlement, pas d’omniprésence, des discours justes et respectueux, un processus d’achat sans surprise et sans piège.
Il reste du boulot, mais on y arrivera !
Et virer les commerçants-hussards du Web fait partie de la solution.
Ils nuisent à la réputation du secteur et les régies devraient en prendre conscience avant que l’internaute commence à se lasser et que se généralise l’usage des logiciels bloqueurs de publicité.
Il faut chasser les (mauvais) commerçants du Temple !
17 juillet 2007 à 9:46
Les marques blanches… en liste noire!
Les marques blanches… en liste noire!
Les marques blanches… en liste noire!
:)
17 juillet 2007 à 14:37
Magnifique. Même les plus nuls en “Web” sentent quand on leur manque de respect.
4 août 2007 à 11:22
Je pense aussi que des gros site de vente en ligne commencent à se faire connaitre tel une grande marque, pourtant les plus gros d’entre eux ne sont pas forcément les meilleurs et ils vendent de plus en plus. “Mais, c’est de la marque donc la qualité est la…”, je ne pense pas que la vente en ligne soit si différente d’un commerce traditionnel.
Mais la DGCCRF met sont nez dans ses sites et commencent à sanctionner.