Les clochards du Web

D’instinct, on se dit qu’en vérité, il n’y a pas de vrai clochard sur le Web puisque le terme désigne un sans-logis, un SDF, et que les maisons d’accueil numérique sont vastes et accueillantes et qu’on peut y développer des activités rémunératrices.

Il y a là (et ailleurs pour quelques cents) toute une économie parallèle qui échappe à la fiscalité et dont l’impact n’a pas encore été mesuré.
Combien sont-ils ?
Quel chiffre d’affaires ramènent-ils du fond des poubelles qu’ils fouillent du bout de leurs crochets ?
Je n’ai trouvé aucune étude à ce sujet.

Les clochards servent de repoussoir, on n’aime pas savoir qu’ils existent et on n’en parle pas.
Même la Wikipedia, cette intarissable bavarde, n’en dit rien sauf sous la formule édulcorée et politiquement correcte de Sans domicile fixe, trouvant clochard péjoratif et réducteur.

Mais ce n’est pas ça, un clochard.
Passée celle du domicile, l’autre caractéristique du tramp est qu’il vit de mendicité, de récupération et parfois de rapines.

Mendicité de clics, récupération de mots-clés, rapines de contenus … le parallèle est évident.

Ces gueux, ces misérables, ces vagabonds du Web, ce n’est pas un Hugo qu’il faut pour faire comprendre ce qu’ils sont.
A la vision romantique du clochard, on préfère celle d’un Patrick Gaboriau.

Le clochard, contrairement à ce que l’on peut penser, travaille.
La mendicité est une activité vue comme un travail, avec une clientèle (les donateurs), des revenus, des horaires même, des collègues.

Reconnaissez-vous à présent celui qui vit dans votre miroir ?
Pas encore ? Lisez encore un peu, ça va venir.

Beaucoup de webmasters refusent de reconnaître leur état réel de clochardise.
De domicile fixe (un dédié, une IP fixe, une baie dont ils sont propriétaires), ils n’en ont pourtant pas souvent.

Ils déménagent le caddie de leurs NDDs de solution gratuite ou à peu près à une autre tout aussi précaire : ils changent de boîte en carton.
Ils y collent des stickers cliquables, c’est l’ère du clochard-sandwiche, un truc que personne n’avait osé imaginer avant le Web.

Très peu d’entre eux font ça par choix (mais il reste des seigneurs), ils parlent de nécessité et revoilà le clochard dont un des synonymes (abusif) est bien nécessiteux.

La plupart de mes relations du Web public sont de ces clochards, ou bien ils l’ont été et, pour ceux qui ont réussi, ils n’ont pas peur de dire leur origine.
Ils ont construit le Web, ils sont le sel de la terre, leur modèle économique fonctionne contre vents et marées pour leur permettre de survivre (et parfois de payer le carburant de l’avion privé) et l’establishment a bien compris que sans eux il serait lui-même bien terne et inintéressant.

Même les entreprises cotées en bourse mendient (l’actionnariat) et vivent à la cloche (on délocalise).
Le montant financier des enjeux ne change rien au principe.
Aujourd’hui, à quelques rares exceptions près, tout le monde sur le Web est SDF et mendie.

Tous clochards, donc ?
Je vous laisse le soin d’en juger.

2 réponses à “Les clochards du Web”

  1. julien dit :

    Deuxième clin d’oeil à ton blog, décidément j’aime vraiment ce que tu écris (et pas mal non plus le parallèle avec la médecine, je ne sais pas où tu vas chercher tout ça mais si tu foires ta carrière dans la SEO tu pourras toujours écrire pour Agoravox -bien que tu ne sois pas assez pédante ^^)

    http://julien.bagein.free.fr/dotclear/index.php/post/2007/09/07/Le-E-Marketing-explique-en-poster-2

  2. Le E-Marketing expliqué en poster 2 | Marketing, pensées et autres tergiversations dit :

    […] Les Gourous et autres clochards du web (clin d’oeil Szarah ) […]

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