SEO-punk : le blues du cyberpunk

Il y a eu la cyberculture, il y a eu le punk, il y a eu le cyberpunk.
L’establishment a tout bien digéré, la révolte a été intégrée, elle est devenue bien lisse, les cris ont été codifiés, tu ne punkes plus comme tu veux mais selon des règles.
On a l’habitude de ces récupérations depuis que le flower power a été transformé en commerce de chemises à fleurs :)

C’est ça, l’establishment : un organisme qui au lieu de créer des anti-corps contre les agressions s’arrange pour récupérer les agresseurs et pour les faire bosser à son profit.

Quand tu es conscient de la beauté de ce mécanisme, tu n’hésites plus à dévier : la déviance finira par te profiter et par profiter à la société.

Bon, le temps a passé, une nouvelle génération est arrivée et on peut lui refourguer les vieux oripeaux.
Pas besoin de créer, il suffit de déverrouiller les tiroirs du temps passé.
Le cyberpunk peut revenir à présent que le black-hatisme est devenu ringard (on le ressortira avec nostalgie dans cinq ou dix ans, certains croiront alors l’inventer).

C’est le bon moment, parceque le côté punk ne saurait se justifier sans une forte composante no future.

Or, cette perspective d’horizon bouché sans espoir d’embellie est de plus en plus visible dans le brouillard des prévisions, tous azimuts confondus et quel que soit l’angle envisagé (les connaisseurs des Motards de Charles Degotte apprécieront ce pléonasme, ici on fait de la full-culture sans sous-titres, si tu ne comprends pas tu dégages).

L’économie s’achemine vers le collapsus, les médias ressassent jusqu’à la nausée les vieux airs des générations périmées, le rap est devenu l’affaire des friqués fils de et, pour parler sub-local, le dernier vrai Président est mort depuis longtemps, la Nation est orpheline et il n’y a personne pour l’adopter (c’est normal, c’est une ch*euse et ça se sait).
La civilisation a déjà comme une odeur de hérisson mort et les asticots numériques qui y grouillent n’en peuvent plus masquer le puissant fumet.

Le gentil Techno diplômé a de moins en moins l’espoir de réaliser une quelconque success story personnelle.
Il lorgne vers les usines de type GG, MS ou IBM (ce qu’on finira par appeller Administration 2.0) ou, à défaut, vers l’une des grosses boîtes de référencement, celles qui priment sur cette requête.
En sachant bien qu’il n’y aura pas d’emploi pour tout le monde.
Et qu’il sera poussé dehors dans dix ans tout au plus, remplacé par de plus jeunes plus motivés, plus intelligents et plus en prise avec l’actualité.
Et que ses rêves resteront sur le carreau.

Même l’Open s’institionnalise !

No future !

Il est donc temps que surgisse le SEO-punk.
Le côté sombre de la googlitude, en quelque sorte :)

La crête de coq rose n’est pas nécessaire, être SEO-punk est une question d’attitude plus que de look.
Mais il faut choquer et obtenir des résultats en donnant l’ilmpression de ne pas du tout maîtriser la musique (important, ça).
Contre le ronron de la SEO institutionnelle désormais balisée par la sévérité des moteurs, il est temps que se dressent des chenapans iconoclastes.

Leur scène, ce sera les ruches communautaires où s’entassent les brebis et les veaux, ils y feront des merveilles de provocation, démolissant sans méchanceté mais l’air narquois les savants montages des marketers.
Ils auront leurs blogs de buzz et de contre-buzz (à vrai dire, certains les ont déjà).
Personne n’y verra rien : c’est insidieusement que la contre-culture viendra à bout des misérables clowneries des séides irresponsables de l’establishment - wahé, cette fin de phrase, on dirait du Lautréamont dévoyé, oubliez-la :)

Imparables ils seront parceque désintéressés, et on le sait bien que personne n’a sa chance contre quelqu’un dont l’ambition est de ne rien gagner :)

Pour les desesperados, pas d’autre solution qu’investir dans la contre-culture (qui paiera plus tard, c’est inéluctable) puisque la culture tout court ne promet plus rien.
Et attention à ne pas se tromper : il ne s’agit pas de faire rire, on a déjà trop vu que l’homme qui rit baisse ses défenses, les synapses inondés d’endomorphine auto-produite sur commande par les marionnettistes des médias, l’homme-qui-rit-bêtement, l’homme-qui-n’est-pas-dupe se laisse empapaouter - si bien que certains Guignols peuvent être tenus pour objectivement complices de la montée de la sarkoze mais c’est de l’anecdote : le SEO-punk ne fait pas de politique.

Le SEO-punk sera grave et il fera peur.
On ne l’aimera pas et, d’avance, il s’en fiche.
Individualiste, il sera cependant capable de chasser en bande.
Insoumis, sans Dieu ni maître, et sans drapeau (même le noir est une caricature), sans objectif pour figer quoi que ce soit en un système.

Le Chaos ? Oui, mais attention : un autre chaos que celui d’aujourd’hui, qui a atteint les limites du supportable :)
Regardez les winners de hier : voulez-vous ressembler un jour à ça ?
Qu’ils soient stars des médias, qu’ils soient riches, peu importe : ça se voit bien qu’ils sont lessivés, perdus, assujettis aux monstres qu’ils ont créés et qu’ils ont imposés au monde.
Difficile de faire pire, quoi qu’on fasse ce sera mieux :)

Des héros de légende à imiter ? Non, sauf peut-être le super-plombier campé par de Niro dans Brazil ! L’archétype du hacker.

Tout le reste, il faut l’inventer.

Pas de slogans, non plus. Pas d’uniforme. Pas de leaders. Pas de langage spécifique. Pas de réseau.
Vous ne les reconnaîtrez pas, vous ne les verrez pas venir.
Plus fort encore : le SEO-punk ne l’est pas à plein temps !

Regardez par-dessus votre épaule : le SEO-punk est déjà là.

Bien sûr, il se trouvera bien un intello ou l’autre pour rédiger un manifeste du SEO-punk, histoire de préparer la récupération.
Et un autre pour proposer un Club de la SEO-punk, une autre (pas moi) pour décrire la SEO-punk-attitude, ce genre de choses.

Vous ne vous y laisserez pas prendre et pour commencer à penser par vous-mêmes, oubliez ce billet : le SEO-punk n’a pas plus de mémoire que d’avenir :)

5 réponses à “SEO-punk : le blues du cyberpunk”

  1. post punk dit :

    Je ne suis pas d’accord avec ce no future réducteur. Ce qui subsiste aujourd’hui du mouvement punk, c’est plus l’esprit “do it yourself” que les crachats et les provocations. Les punks faisaient leurs propres fringues, pochettes de disques, fanzines et montaient sur scène en connaissant deux accords ou moins. Ils ont influencé des milliers d’artistes avec ces nouvelles méthodes de travail originales et ont été à l’origine de la création des maisons de disques.

    Donc un SEO-punk est-il envisageable ? Des gens qui généreraient du trafic sans travailler le ou ses backlinks ? J’ai du mal à y croire mais dans les années 70, personne ne pensait qu’on pouvait vendre des disques sans l’aide d’une major, donc sait-on jamais !

  2. julien dit :

    AntiSEOcial, tu perds ton sang froid…
    Repense a toutes ces annees de service.
    AntiSEOcial, bientot les annees de sevices,
    Enfin le temps perdu qu’on ne rattrape plus.

    :-D

  3. SZarah dit :

    De post punk

    Je ne suis pas d’accord (…)

    C’est l’essentiel : merci :)

  4. 5047 dit :

    Article hautement interessant que j’ai dévoré du début à la fin …

    tu lances quelques dignes d’intéret (futur du SEO, récupération des contre-cultures)

    J’ai adoré ta vision de la récupération du mouvement hippie (commerce de chemises à fleurs mouarf !)
    A mon sens, ce mouvement qui pronait l’amour de son prochain et la paix engendre aujourd’hui cette fuite vers une société du profit de plus en plus indivdualiste. Y’a qu’a voir la crise des subprimes aux etats unis, où les banques appatées par le gain, ont vendu du reve à de pauvres gens qui n’avaient pas les moyens de se le payer : ethiquement lamentable…
    voir aussi coment les boites de services informatiques t’essorent avant de te jeter quand tu n’as plus de jus, etc etc.

  5. chiendent dit :

    Oh, S047, n’accusons pas les flowers kids de tous les maux que l’on a maintenant.
    Pardonnez moi mais c’était ma jeunesse et je la revendique.
    C’est l’appât du gain et du pouvoir qui est la source de nos maux pas les hippies. Ne pas se tromper de coupable s.v.p.

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