La fin de l’état de grâce ?
Depuis que GG s’est installé près de chez nous, la communication s’est améliorée, le dialogue est plus facile, l’entreprise a pris un visage plus humain, moins lointain, moins hautain, moins arrogant.
En même temps, la magie y a perdu.
S’expatrier aux USA ou en Irlande pour travailler chez GG, ce n’est pas la même chose, dans l’imaginaire collectif qui fait l’aura des salariés et de l’entreprise, que prendre le métro pour rejoindre ses bureaux.
On a beau se dire cartésien, le charisme et la sympathie comptent aussi et cela tient à des petits détails qui mettent en oeuvre la subjectivité.
Quand les yeux se decillent et que l’objectivité et l’esprit critique prennent le pas sur le rêve, c’est qu’on a grandi.
En 2007, GG n’a pas coupé à ce changement du regard porté sur lui.
Côté cadeaux, une mémoire de 2Gb c’est gentil mais ça n’a plus rien de très original à l’heure où les catalogues automobiles parviennent aux journalistes par clé USB aux couleurs des marques.
Du côté des succès fracassants dont on était coutumiers, l’implication dans les réseaux sociaux n’a pas donné les résultats escomptés.
Pourtant, on sait que sur les sites communautaires, par exemple sur les forums, les clics sont plus rares que sur d’autres pages et on a l’impression que le calcul n’a pas été optimisé entre le devoir de rétribuer le réseau quoi qu’il arrive et sa rentabilité.
C’est étonnant et décevant à la fois : GG n’est-il pas le champion des statistiques sur le Web ?
En principe, c’est lui qui connaît le mieux le comportement des internautes.
Et si GG lui-même n’atteint pas les objectifs espérés, n’est-ce pas l’indication que le système tout entier connaît un problème ?
Côté recherche, GG reste le maître incontesté.
Certes, les internautes qui savent comment construire une requête précise seront tout aussi satisfaits avec Yahoo! qu’avec GG.
Mais le gros des recherches est le fait d’internautes peu compétents et leur compétence ne s’améliore pas si l’on en croit le rapport de la British Library sur la google génération (pdf).
Livrer des résultats pertinents aux internautes incompétents, voilà qui sert certainement les affaires, mais cela laisse les internautes dans leur incompétence, cela les y conforte et au final oui, ils sont plus satisfaits des recherches par Google.
Moteur populaire donc, sans conteste efficace mais où reste donc ce petit grain d’émancipation intellectuelle qu’on espérait d’un géant pour ses utilisateurs ?
Peut-être attendait-on trop, et trop vite.
Et cet espoir déçu n’avait pas été promis, c’était un rêve implicite.
Ceux qui ont rêvé ça ne doivent s’en prendre qu’à eux-mêmes.
[ En l’état, il m’est difficile de penser autrement que ceci : si une population qui a le choix est satisfaite d’un moteur au point de l’utiliser pour 90% de ses recherches, c’est qu’elle est à la fois paresseuse et conformiste et qu’elle a oublié les vertus de la concurrence. ]
Côté publicité, et pour parler vu de France, la manne largement dispensée jusqu’aux plus petits sites persos a contribué à l’élan de sympathie inconditionnelle des webmasters de base pour GG.
Depuis la mi-2006, ces mêmes webmasters s’aperçoivent qu’ils doivent déclarer ces revenus aux impôts.
La manne en devient moins fabuleuse, elle vire parfois au cauchemar des complications administratives et même si GG n’est en rien responsable de cet état de choses (insistons-y), c’est encore un peu de merveilleux qui s’en va.
Côté Bourse, l’action subit les effets dévastateurs de la crise et il ne semble pas que GG se distingue par une pugnacité qu’on espérait pourtant confusément.
GG est aussi exposé que les autres, aussi fort et aussi fragile, ni plus ni moins : c’est une entreprise.
GG n’est plus la starteupe qui exaltait l’imagination des jeunes toujours séduits par l’émergence conquérante d’un challenger particulièrement doué.
Les jeunes ont vieilli et Google est devenu une entreprise comme les autres.
Certes, GG a vaincu Yahoo! … mais l’impression reste que cette victoire va servir à MS.
Avec sa proposition de rapprochement avec Yahoo!, Microsoft met la pression : GG ne devrait-il pas faire une meilleure offre ?
Ce serait un rebondissement excitant mais c’est peu probable : son monopole en deviendrait vraisemblablement insupportable au regard de la législation.
Ce constat ne doit décevoir personne : ainsi va la vie des entreprises qui atteignent la maturité.
A présent, on attend GG sur le terrain de la recherche, qui est son premier métier.
On attend encore plus de pertinence, encore moins de spam.
Du côté de la publicité, on attend toujours plus de rentabilité.
On attend tout cela froidement : l’heure de grâce est passée.
A lire en marge :
- Google rame avec les réseaux sociaux, ZDNet.fr, 01/02/2008.
- Microsoft veut s’offrir Yahoo! pour contrer Google, Le Monde, 02/02/2008.
- Pioneering research shows ‘Google Generation’ is a myth, The British Library, 16/01/2008.