Haro sur l’acteur !
Le lecteur connaît les protagonistes de cette pièce qui se joue depuis quelques jours boulevard du Web : d’un côté un acteur, de l’autre quelques sites peut-être imprudents.
Tout se joue côté cour (de justice) et il y a du monde aux balcons et même les pigeonniers sont pleins : la télévision en a parlé.
L’acteur veut être dédommagé pour des écrits qui l’auraient blessé.
Les défendeurs attendent que leur irresponsabilité soit validée par la justice.
Sur ce coup-là, la blogosphère a clairement pété les plombs.
Dans son enthousiasme à défendre les blogs et les sites attaqués par l’acteur, la blogosphère a dérapé sur des considérations totalement hors-sujet, comme la qualité des prestations artistiques du plaignant.
Enthousiasme d’une corporation informelle qui se sent menacée, certainement, mais aussi déchaînement défoulatoire, et exutoire devant une peur confuse.
Rien qui manifeste une quelconque maturité.
Parce que, enfin quoi ?, les choses sont simples.
Des propos blessants ont été tenus et relayés.
Il est inutile de plancher sur l’objectivité de la blessure : chacun a sa propre sensibilité et la question n’est pas là.
La question est : la propagation de ces propos est-elle punissable ?
Tant que les propos se cantonnent au comptoir du bar du coin ou sur les messengers, il n’y a guère de souci à se faire : c’est bénin comme une conversation privée, c’est du bouche à oreille.
Mais dès que le texte est publié, il en va tout autrement.
Une page Web est une publication.
Le gestionnaire du site est responsable de l’intégralité du contenu qu’il affiche, que ce contenu soit de sa propre plume ou pas.
Les sites participatifs échapperaient-ils à cette règle ?
Faudrait-il les considérer comme des hébergeurs et ne pas les poursuivre avant de leur avoir donné l’occasion d’effacer les propos malséants ?
Les liens des agrégateurs, le libellé et le texte d’introduction de ces liens devraient-ils être considérés comme des commentaires de forum ou de blog : à modérer à posteriori ?
C’est la tendance qui se dégage des clameurs de la blogosphère.
Vu de loin, c’est une conception raisonnable.
En même temps, c’est la porte ouverte pour quantité de publications diffamatoires ou illégales d’une autre manière.
Le problème est loin de se cantonner au buzz-people : par exemple, quid des publications racistes via les flux ?
Là, il paraît évident que pour ne pas être soupçonnés de supporter l’information les agrégateurs opèrent bel et bien un filtre a priori.
On pourrait en déduire que si le lien concernant l’acteur est passé sans être filtré, c’est de volonté délibérée.
Ou par légéreté.
On ne savait pas que ce lien pouvait blesser quelqu’un.
Mais peut-être que surtout, on ignorait que ce quelqu’un pouvait se rebiffer pour si peu.
Si peu … une rumeur concernant un people.
Après tout, il traîne de ces rumeurs partout dans la presse spécialisée.
Mais voilà : les synergies consensuelles ou subies entre les people et la presse font partie d’un métier dont la blogosphère ignore tout.
La presse-people a les moyens de payer ses excès.
Le web-people est fauché.
Mais on peut douter que l’insolvabilité soit recevable comme justification d’irresponsabilité.
Il ne m’étonnerait pas que les défendeurs soient condamnés, certes à la mesure de leurs moyens, soit un Euro, mais condamnés tout de même.
Ce serait un signal fort pour l’avenir, le montant symbolique de la réparation valant pour avertissement et ne constituant pas le tarif standard.
La blogosphère ayant rameuté tout le monde, et plus encore avec ce buzz dédié au plaignant, des condamnations ultérieures pourraient se voir accompagnées de dommages bien plus lourds.
Plus personne ne pourra dire Je ne savais pas.
Il faut cesser de faire du buzz sur les people, ou alors il faut en assumer le risque comme le fait la presse en papier.
D’un autre côté, il est possible que ceci passe très bien :
C’est pas moi, c’est un gusse qui a écrit sur mon dazibao.
Et si ça vous déplaît, il suffit de le dire et je l’efface.
C’est exactement la même mentalité que celle des sites qui pillent les contenus d’images et qui mettent un simili-disclaimer :
Si vous prouvez que vous êtes propriétaire d’une des images affichées ici et que ça vous dérange de la voir là, dites-le et nous la retirerons.
C’est la mentalité :
Je prends tous les droits et si ça ne vous plaît pas, contestez, on verra alors.
Il n’y a pas si longtemps, et l’affaire n’est pas terminée, on a vu un moteur appliquer ce principe à la presse écrite.
On se sert d’autorité et si quelqu’un rouspète, on avise.
Valider cette mentalité par décision de justice constituerait un fâcheux précédent.
Mais le plus vraisemblable reste que rien ne sera décidé en référé (il n’y a plus d’urgence), à charge pour le plaignant d’ester devant une autre juridiction s’il entend poursuivre plus avant.
Et dans ce cas, le temps passant, l’enthousiasme de la blogosphère, qui a des humeurs volatiles, risque de s’essouffler.
Enfin, quoi qu’il arrive, les défendeurs seront gagnants.
S’ils sont lavés de toute infraction ou délit, ils seront considérés comme des héros.
S’ils sont condamnés, ils seront considérés comme des martyrs.
Dans l’un et l’autre cas, ce ne sera pas mérité : ils n’ont rien fait de délibéré.
Et je compatis au stress qu’ils vivent pour l’instant.
Mais ce n’est pas un motif pour m’en prendre au plaignant : ce serait une réaction totalement inadaptée.
Je constate avec effarement que c’est pourtant la réaction d’une partie non négligeable de la blogosphère.
J’ai eu l’impression d’une chasse en meute.
Comme si un bad buzz pouvait infléchir la volonté de la partie adverse ou la décision de la justice. Rouler des mécaniques, c’est bon dans la cour de récréation ou au bal du samedi soir, je n’ai pas trouvé ça digne des blogueurs.
Ce n’est pas ça, la solidarité.
Ça, c’est comme trépigner d’impuissance.
Et marcher au pas, il faut éviter de le faire sur les ponts fragiles, ce n’est pas bon pour eux
Mais soit, chacun est libre sur son blog.
En conclusion, je dirai que les flux constituent un outil puissant et intéressant qu’il s’agit d’utiliser avec une éthique.
Il est totalement, complètement, absolument regrettable que l’éthique doive être dite par un tribunal.
23 mars 2008 à 16:17
Ouf ! J’ai eu peur que tu rejoignes les 15% de traditionnellement contre qui ont exploité le créneau de la raison … mais qui n’oublient pas de citer les mots-clés qui buzzent
Tu as su éviter la facilité et tu restes atypique, bravo. Si tu as besoin d’un coup de main …
23 mars 2008 à 18:05
Bravo, c’est tres tres vrai tout cela.
Il s’agit bien effectivement d’une chasse en meute qui est totalement injustifiée.
23 mars 2008 à 18:28
Merci à vous deux

Mais j’ai été sympa : j’aurais pu mettre l’accent sur ce paradoxe des blogueurs qui voudraient être pris au sérieux et qui en même temps revendiquent l’irresponsabilité
Menfin tu verras que ça se terminera par un
Responsables mais pas coupables.
Une spécialité locale …
24 mars 2008 à 13:51
[…] Eh bien non d’après elle, le budget des adwordeurs ainsi récolté, aurait bien plus de chance de terminer au fond de sa poche à elle et de ces mêmes people qui n’apprécient guère de voir leur vie privée servir de support publicitaire. […]
24 mars 2008 à 19:54
Quant à la responsabilité des blogs, on lira (et relira) avec intérêt l’article de maître Eolas, qui n’en finit pas de percuter avec pertinence et humour.
3 avril 2008 à 20:21
Fuzz n’est pas Digg
Eric Dupin n’est pas gigaOM
Tout au mieux il doit avoir une rentrée de l’odre d’un bon salaire de cadre sup
Pourquoi alors s’attaquer à fuzz et à la blogosphére…
est ce que cela veut dire que la blogosphére francophone commence à étre bankable…? je pense que oui vu les avocats commencent à s’intéresser à ce microcosme
@+
4 avril 2008 à 14:00
D’une manière générale, les victimes ont le droit de sélectionner ceux de leurs agresseurs dont elles veulent obtenir réparation. Selon les critères qu’elles veulent : les plus solvables, les plus en vue pour faire un exemple … leur stratégie est un droit et leurs motivations ne regardent personne, les victimes n’ont pas à se justifier (il ne manquerait plus que ça).