Le Web commence à sentir un peu fort

On l’a vu naître et grandir, se parer de couleurs aguicheuses, il chantait gaiement et parfois bien, pas toujours juste cependant, mais on l’aimait bien.
Ensuite il a montré les fesses des people, il a flatté les besoins du cerveau reptilien des internautes, il est devenu une vitrine devant laquelle s’agglutinaient les voyeurs.

Et puis voilà qu’il se ratatine, qu’il se fripe, qu’il devient tout moche, qu’il pose plus de problèmes qu’il n’apporte de joie.
C’est qu’on se lasse, aussi.

Le Web 2.0 finira-t-il attaché à un arbre bien avant le début des grandes vacances ?

Le Web 2.0, j’ai très vite compris en quoi ça consistait.
Il s’agissait de faire bosser l’internaute pour remplir les sites.
Sans le payer, bien sûr.

C’est venu quand il est apparu que la quantité et la qualité du contenu, ça pouvait rapporter des sous.
Avant, on faisait de son mieux sans penser exploitation.
Et on se contentait du bonheur de recevoir beaucoup de visiteurs.

Ensuite, on a commencé à monétiser et on a choisi d’exploiter l’internaute.
Il fallait d’autres tournures pour exprimer cette exploitation.
Par exemple : Confier à l’internaute le soin de remplir les sites.
Mieux : Permettre à l’internaute de participer au contenu des sites.

Mieux encore Ouvrir des espaces d’expression pour l’internaute.

Exprimé ainsi, ça devenait vendable aux cohortes de ceux qui découvraient le Web :)
Avides de donner leur opinion sur tout et sur rien, les commentateurs allaient renforcer les contenus et les pluraliser : que dire d’un aussi bon plan sinon Waw ! ?

Et de fait, ça wawa un temps, aussi bien qu’une pédale du même nom.
Forums, blogs, centres communautaires … les dazibaos monétisables se sont multipliés et ont été déclinés selon différents vecteurs y compris la vidéo.

Pour la plus grande gloire de la publicité et pour la fortune des malins qui avaient compris que causer un peu pour faire beaucoup causer les autres, ça rapporte.
On pouvait faire mieux.
Certains comprirent très vite que causer très peu en affichant le contenu des autres, c’est le top du nec plus ultra.

Tout le monde peut comprendre qu’il faut monétiser un site, pas vrai ?
Pas vous ? Ah bon ? Vous faites des sites pour le plaisir ?
Vous avez la fibre participative, l’âme communautaire, l’idéal de la fourmillière ?
Vous voulez aider ? Pour rien ??!!

Vous vous rendez compte que c’est à la limite de l’incivilité économique, ça ?
Parce que bon, pendant qu’un internaute lit votre contenu qui ne rapporte rien à personne, il ne consomme pas autre part.
C’est de la création de richesses qui se perd :)

Salauds de désintéressés !
Elle a bon dos, l’idée de construction commune d’une humanité meilleure, mieux informée, consciente et responsable.
Pas de meilleur prétexte pour freiner la légitime avidité des braves néo-libéraux.

Il s’agissait de récupérer ces insoumis.
Sont donc venus les agrégateurs et, rapidement, leur exploitation industrielle devrait suivre.
Là, il ne s’agira plus seulement de faire bosser l’internaute mais carrément de récupérer le travail des blogueurs.
Je ne dis pas que tous les agrégateurs le font, ni même que certains le font, ni même qu’un seul le fait mais j’imagine qu’il se pourrait bien qu’un jour, peut-être, on finisse par trouver au moins un agrégateur qui sera assez culotté pour embedder des sites entiers dans un iframe.
Dans un futur indéterminé que je ne souhaite pas voir arriver, il se pourrait même qu’un moteur prenne cette voie.

Toute cette prospective de web-fiction est amusante mais à force, on s’en fatigue.
Cette lutte continuelle pour le respect de la Netiquette, à la longue on s’en lasse.
C’est de l’acharnement thérapeutique, la défense de la Netiquette.
Mais bon, il reste des romantiques.

Des blogueurs commencent à renoncer à certains agrégateurs.
Des blogueurs commencent à refuser les commentaires et transforment leur blog en simple agenda.
Des blogs ferment.
Des plateformes communautaires voient chuter leur audience.
De tous côtés il faut juguler les excès et les dérives.
Il y a même des procès, qui eût cru qu’on en arriverait là ?

Et tout ça pour quoi, finalement ?
Pour l’information ?
Si l’on met de côté l’information récupérée aux médias traditionnels et servilement recopiée, et les activités ludiques, il faut bien reconnaître que le Web informe surtout au sujet du Web :)

Le Web est narcissique, il parle surtout de lui-même.
De ses technologies, de son évolution, de ses problèmes judiciaires, de ses dérives.
Et il y a les gens comme moi, qui parlent surtout d’eux-mêmes, qui sont en quête d’une reconnaissance, qui veulent de l’amour pour eux et pour leur chien, et pas demain ni ‘taleur mais tout de suite (Aaaah Charlebois, tu me manques).

Pour la liberté d’expression ?
Cette liberté est une tolérance des puissants, elle est d’autant plus grande qu’elle n’a aucune importance.

Ne cherchez pas la réponse : c’est pour les sous :)
Et la fin de l’éon est dans la réponse.
Quand il n’y aura plus de sous, le Web se nettoiera comme par pyrolyse : même les beaux gros papillons n’y résisteront pas.

Et le volume des sous, ça dépend de l’intérêt porté au Web par les internautes.
Le grand public est volage et exigeant.
Heureusement, il est grégaire, il va là où il y a le plus de lumière.
C’est pour ça qu’on a organisé des classements, des hit-parades, des compétitions.
Mesurer l’audience, la quantifier, la qualifier pour que chacun trouve facilement son bonheur moutonnier.
Thématiser, segmenter, cataloguer pour que chacun entende ce qu’il a envie d’entendre et consomme ce qui lui convient.

Mais attention ! Tout cela dans le respect le plus pur de l’internaute-client !
On n’est pas des bêtes !

Mais n’aurait-on pas oublié le besoin de surprise ?
Combien de temps peut-on maintenir l’intérêt du public ?
Combien de fois peut-on renouveler une mode ?
Combien de fois peut-on étonner ?

En background, en underground même, les communautés traditionnelles, celles qui existaient bien avant le triomphe de la publicité sur le Web, continuent à vivre : communautés de développeurs surtout, ceux qui font le Web et que l’excitation superficielle de la bulle amuse.

Le déclin du Web-two a-t-il commencé ?
C’est fort possible, et son agonie pourrait être d’autant plus rapide que son nerf unique, la publicité, semble indiquer une lassitude des internautes.
Ils cliquent moins, ces andouilles !
On a beau leur expliquer que sans la publicité et sans une totale liberté de faire n’importe quoi le Web mourrait, ils font comme s’ils ne le croyaient pas !
C’est comme ça, quand on les laisse penser par eux-mêmes.

Certains tenteront de transformer l’échec annoncé par une mutation vers une plateforme de vente.
Bon, c’est classique : fuite en avant.
Mais c’est aussi un changement de registre.
Quand le maître-mot sera devenu concurrence alors que l’esprit de départ était complémentarité et synergies, la faillite du système ne sera pas loin.

Qu’en restera-t-il, du chatoyant tissu communautaire ?

Resteront les purs blogueurs par vocation, ceux qui vivent pour bloguer et non l’inverse.
Resteront les sites des passionnés.
Resteront les plateformes d’entr’aide sur dix milliards de thèmes utiles ou futiles.
Tout cela lié à l’ancienne et non pas touillé dans un agrégat.
Restera tout ce qui n’a pas besoin de monétisation pour exister.

L’essentiel restera ! :)


Note : L’essentiel ET la Wikipedia :)

8 réponses à “Le Web commence à sentir un peu fort”

  1. Vince dit :

    Cet article aurait pu s’appeler “Autopsie du web 2.0″ ;-)
    La 2ème bulle du web éclate en effet. (après le temps des startups)
    A quand la 3ème ?

  2. chiendent dit :

    On commence à voir des plaintes du genre: le web ne me rapporte rien…..
    bien sûr il s’agit de sous! Il faut peut-être leur expliquer ce que le web peut leur rapporter…en dehors des sous, mais je n’ai pas osé!

  3. julien dit :

    Eh oui le réveil est douloureux.

    Et bien tant mieux, qu’il s’enfonce et que tous ces services “web 2.0 j’ai 23 ans et je suis un entrepreneur millionnaire dans le vent qui roule en Q7″ disparaissent, ils ont compris comment être fashion mais pas comment apporter réellement quelque chose. Ces sites qui ont déjà le business plan de monétisation avant d’apporter le contenu et le service ne servent à rien.

    J’ai encore assisté hier à une conférence sur “comment augmenter la popularité de son entreprise grâce à facebook” j’ai failli étouffer de rire.

    Par contre je ne suis pas d’accord, tu fréquentes beaucoup de communautés de webmaster ok, mais ce ne sont pas les seuls qui resteront après Armageddon, perso je suis actif dans plusieurs communautés de musiques électroniques (sorties de disques, festivals, soirées…) et de manga, et c’est pas demain la veille qu’elles s’écrouleront! (juste un exemple perso _ en clair tous les passionnés, comme tu le soulignes)

    Le web old school à la forum/portail a toujours de beaux jours devant lui car il apporte réellement quelque chose de concret à l’internaute. Pas de l’information spectacle type buzz du dimanche (ou JT) tout juste bonne à placer des pubs à la “Entrevue” et des publi reportages.

    Facebook, c’est mort et enterré dans même pas un an, quand les gens auront compris qu’à part pour discuter avec des débiles, son réseau on l’entretient bien mieux avec MSN. Pareil pour les digg like, quand les bloggeurs auront compris le peu d’impact sur leur référencement et le peu de trafic qualifié qui en découle, ça tombera dans l’oubli.

  4. julien dit :

    correctif: qu’ils s’enfoncent… au pluriel (les services webdeupointzero)

  5. SZarah dit :

    A h mais je me suis mal exprimée, Julien : la phase 2.0 n’a en rien empêché de Web de se développer autour de sites indispensables et qui ne seront évidemment pas touchés. C’est l’exploitation des sites par les sites et les redondances inutiles d’informations qui posent problème.
    Et ton commentaire … Merci pour sa qualité !

  6. Quand le Web 2.0 régresse | Marketing, pensées et autres tergiversations dit :

    […] Même Szarah déprime! Fichtre. […]

  7. alex dit :

    Hé, Julien tu t’es fait payer pour ce gros commentaire au moins ? Je suis sûr que non, sale idéaliste :D

    Sarah, pour moi cela sera 1€ :D

  8. julien dit :

    Ouais je suis un salaud de rêveur, ce commentaire était gratuit et pseudo-engagé :-D

    Szarah, n’essaie pas de me faire revenir en me flattant bassement sur mes commentaires, à côté des tiens j’ai toujours l’impression de passer pour un collégien :-D

    Alex, je te parlerai quand tu daigneras répondre quand on te sollicite… Non mais! (tu ne l’as pas volée celle là ;-) )

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