Netiquette : le clic de politesse
Au dernier congrès de l’Union des Moralisateurs pontifiants auquel, déguisée en groupie moniale, j’assistais sans y avoir été invitée, il était question de revoir la Netiquette.
Il y avait deux points légers à l’ordre du jour, ensuite on pourrait passer à table.
Et l’après-midi serait consacré aux joies du golf.
Doncques, le Congrès débuta par un long rappel des origines de la Netiquette et de son évolution.
L’orateur était l’honorable Oah Ten Zaiza de l’Université de Jiangxi ou des environs proches.
Dommage que l’interprète prévu aît été retenu par la police pour une sombre histoire d’excès de vitesse (220 mots à la minute d’après le sono-radar).
Mais comme tous les participants connaissaient le document fondateur et ses annexes ultérieures, ce fut juste un long et horrible moment à passer.
Ensuite, il fut question de la traduction des principes de la Netiquette en bas-groudavien et de la nécessite d’une appellation Netiquette 3.0.
Ces deux ambitieux projets furent rejetés en moins de deux heures d’âpres discussions, je vous en livre en primeur les résultats :
1. Les groudaviens du bas seront équipés en Netiquette quand ils auront accès à l’Internet et comme ils ont pris un abonnement chez FT-international, ce n’est pas demain la veille que le problème se posera.
2. La version 1.0 de la Netiquette n’est pas encore stable dans la tête de tous les internautes, la version 2 est en béta-test à l’Elysée et montre beaucoup de bugs, pas question d’avancer plus avant pour l’instant.
Ensuite, un consensus parut s’établir autour d’une idée-force :
Tout cela est très bien, continuons de ne rien changer et entamons l’apéro.
Mais alors que certains se levaient déjà pour partir (au bar c’est premier arrivé, premier servi, c’est .com ça),
on vit un Jeunot de France prendre la parole pour demander que la Netiquette soit mise à jour en fonction de cette question
qui fit se rasseoir tout le monde :
Est-il poli de quitter un site sans avoir cliqué sur une annonce ?
Un extrait de la présentation du projet par Jeunot :
Tout le monde est bien d’accord : le Web fonctionnerait mieux sans les internautes, exactement pour la même raison qu’un hopital fonctionne mieux sans patients et que l’Education sans étudiants serait une mécanique parfaite.
On serait bien mieux si on restait entre organisateurs et praticiens.
C’est l’utilisateur, la chienlit.
La seule justification pour que nous tolérions des internautes sur le Web, c’est qu’ils rapportent de l’argent.
Or, le clic sur une annonce rapporte au gestionnaire du site.
Ma question est recevable puisque la Netiquette est une sorte d’espèce de manière de charte de bonne conduite des acteurs de l’Internet.
Et que parmi ces acteurs, il serait malvenu de négliger les internautes, ces êtres délicats à l’index sensible.
Il fallut expliquer aux Anciens que beaucoup de sites affichent aujourd’hui des annonces et que cliquer sur une annonce est un acte qui participe à l’économie du Web : quelqu’un paie et quelqu’un gagne de l’argent.
Oh bin alors s’il s’agit de sous on est d’accord dirent les Anciens.
C’est où, pour cliquer ?
Jeunot développa ses arguments.
On peut distinguer différentes catégories de clics, entre autres :
- le clic de fuite précipitée : quand le site est tellement moche qu’il faut le quitter au plus vite et qu’une annonce est plus proche que le bouton Previous du navigateur;
- le clic de miséricorde : le contenu est navrant, on plaint le webmaster et on lui fait l’aumône d’un clic;
- le clic de méprise : quand l’annonce est tellement bien intégrée au contenu qu’on la clique en croyant aller autre part sur le même site;
- le clic accidentel : quand les annonces sont nombreuses au point que le cliqueur compulsif a statistiquement plus de chances de cliquer sur une annonce que n’importe où ailleurs;
- le clic intéressé : quand l’annonce attire l’attention de l’internaute par sa qualité et son click-appeal;
- le clic de complémentarité : quand le site ne propose pas assez d’informations, qu’il faut aller voir ailleurs et que l’annonce suggère une destination;
- le clic d’errance : quand l’internaute a épuisé l’intérêt du site, qu’il ne sait plus trop où aller et qu’il a la flemme de réouvrir une page de moteur.On le voit : les sites complets, intéressants et présentant un nombre suffisant de liens naturels de complémentarité n’ont guère de chances de gagner de l’argent.
Le clic de politesse servirait à récompenser le webmaster pour la qualité du contenu offert.
Il interviendrait dans le cas où aucun autre type de clic sur annonce n’aurait été suscité.
Ce serait clairement une prime à la qualité du contenu et à l’honnêteté du placement des annonces sans intention de tromper l’internaute ni de l’inciter à cliquer.
L’introduction du clic de politesse ne pourrait guère offusquer les annonceurs : s’ils s’offusquaient, il serait facile d’en tirer la conclusion qu’ils n’annoncent pas autre part que sur des sites médiocres.
Le clic de politesse pourrait inciter les sites de qualité à afficher des annonces.Si le clic de politesse entrait dans les moeurs, de grands sites communautaires, intéressants et nécessiteux pourraient afficher des annonces sans arrière-pensée.
Ayant dit, Jeunot laissa s’exprimer l’assemblée.
Le problème avec les gens qui s’occupent de Netiquette, c’est qu’ils sont peu intéressés par les aspects économiques.
Enfin … c’est ce qu’on croit généralement
Ce serait une incitation généralisée au clic ! dit le représentant des Annonceurs.
Une incitation à la consommation rectifia Jeunot.
C’est ce dont la société a besoin : il faut que les consommateurs consomment.
Ne me dites pas que vous placez des annonces pour qu’elles ne soient pas cliquées.
Nous voulons des clics qualifiés. QUA-LI-FIES ! s’empourpra le représentant des Annonceurs.
Si l’annonce a été judicieusement placée sur une page visitée à coup sûr par des clients potentiels de vos produits, ne me dites pas que vous ne souhaitez pas les voir débarquer tous chez vous rétorqua Jeunot.
Si vous affichez n’importe où et n’importe comment, c’est votre problème.
Et de toute façon, le problème n’est pas là, il s’agit de politesse, pareil que mettre une thune dans la sébille à la quête.
C’est sur cet axe que les discussions continuèrent.
Le représentant des Annonceurs maintint sa position : l’action de cliquer doit être motivée par l’intérêt porté au lien et uniquement par ça.
Mais le plus fort des arguments emporta finalement l’adhésion presque unanime.
C’est Soeur Marie-Agnès qui l’énonça :
On ne quitte pas l’église sans passer par le bénitier.
L’évêque opina du chef avec tant d’enthousiasme que sa mitre vacilla et il ajouta :
Et la quête est une tradition fondamentale.
On lui fit remarquer que pour la quête il y avait le bouton Donate mais cette subtilité parut lui échapper.
Il faut remercier ceux qui nous accueillent insista-t-il en martelant le parquet avec sa crosse.
Et tant mieux si ça ne nous coûte rien.
On passa au vote.
Et c’est désormais officiel :
Il est impoli de quitter un site sans avoir cliqué sur une annonce.
Voilà une décision qui fera date en ce premier avril.
(A midi, on mangera du poisson).
1 avril 2008 à 14:00
J’en ai marre de lire ce blog. Je me sens tellement ridicule au regard de ta prose.
Lâche le réf et fais dans le San Antonio, au moins tu laisseras ton empreinte à la postérité
1 avril 2008 à 16:12
Bin non, tu écris bien, et puis tu commences alors que moi j’ai des automatismes vu que j’écris depuis des années, Julien, même si je ne m’en vante pas trop : auto-pub. Et j’ai des romans sous pseudo, là j’en termine un, à sortir l’an prochain sous mon nom. Si j’arrive à le terminer
1 avril 2008 à 17:02
Ben dis donc, je suis une fois de plus impressionné… Dès que tu as finalisé un roman surtout bip moi, tu ne le sais pas mais je lis beaucoup et de tout. Enfin si tu fais du Arlequin tu m’oublies hein ^^. Mais bon ça m’étonnerait je pense.
Sinon le bridge, mais quelle drôle d’idée. B-E-L-O-T-E !
Là c’est intéressant
Ou poker à la limite, si je ne suis pas dans un black day…
1 avril 2008 à 18:04
comme julie, je dis bravo, c’est toujours un plaisir que de venir ici et lire le dernier article, ca change du web… ca change de tout le reste. Merci et bonne soiree SZarah (et julien et les autres evidement)