Dites et redites en SEO

Au moment où je comptais sincèrement abandonner mon discours chaotique sur la SEO pour ouvrir un blog polémique plus généraliste, je me suis rappelée pourquoi j’avais commencé à traiter du référencement.

Clairement, c’est par agacement que j’ai commencé.
Un agacement précis, celui de lire le qualificatif sémantique généreusement accolé au Web.

Le Web était badigeonné de sémantique, ça lui donnait l’air d’une actrice venant, sur le retour, de rencontrer la philosophie.

Les webmasters s’étaient-ils mis massivement à la lecture de Ferdinand de Saussure ou bien s’agissait-il simplement d’usurper des lettres de noblesse pour donner un brin d’honorabilité à cette benne à ordures nommée Web public ?

Comment les théories du langage avaient-elles pu déborder des laboratoires pour se retrouver dans le quotidien vulgaire du Web ?

Concernant les utilisateurs humains, et malgré les protestations des non-initiés, on savait depuis longtemps qu’il n’y avait guère de différence avec le texte sur papier, juste des adaptations ergonomiques au vecteur.
Les principes en étaient connus qui découlaient de la pratique de l’abstract dans les publications scientifiques, notamment titre, chapeau et lien (cf Ecrit à l’écran par David Cohen, 1997 et Abaque du référencement).

Mais comment pouvait-on tenter de signifier quoi que ce soit aux moteurs qui se nourrissent seulement de signifiant, d’apparence ?
Un moteur pouvait-il être doté d’une intelligence rudimentaire suffisante pour livrer une réponse pertinente à une requête donnée ?

Je subodorais une arnaque.
Ce genre d’arnaque, précisément : adapter la formulation de la requête au niveau de compétences du moteur et donc conditionner l’internaute à poser les bonnes questions.
Ce n’était pas bien grave : n’importe quel logiciel exige une méthode d’exploitation et dans le domaine de la recherche non scientifique, avec des internautes peu exigeants, il était facile d’étonner :

Oh merveille ! Je tape n’importe quoi et il (le moteur) me donne exactement ça : n’importe quoi.

Le signifiant porté à la connaissance des moteurs : le titre de la page, la structure de la page (Hn), la structure du site (liens internes), l’emphase (em) et l’insistance (strong), un brin de texte alternatif pour les images …
Très léger, tout ça.
Mais aussi du plus lourd : la redondance des mots (et de leurs synonymes, antonymes et autres -ymes) et la multiplication des mots appartenant à une thématique précise pour déterminer le thème de la page.
Tout cela quantifiable dans des tableaux multidimensionnels.

Pour un peu, j’aurais été convaincue.
Point besoin de signifié, le signifiant suffisait !
Le moteur n’avait pas besoin de comprendre pour évaluer, il lui suffisait de mesurer.

Mais il y avait un corollaire : le moteur pouvait être grugé.
Sans compter les meilleures manières de tricher qui ne concernent pas le contenu mais la mécanique du Web.

Et grugé il le fut et il l’est encore.
Mais il ne le sera pas toujours, il développe des anticorps de plus en plus efficaces contre les infections parasitaires.

Il est donc permis de se concentrer sur le contenu.
C’est même l’essentiel à faire puisque c’est de ce contenu, et de lui seul, que finira par venir le succès.

Tricher, c’est perdre son temps. Même l’optimisation est une perte de temps. Un contenu intéressant et correctement structuré suffit.

Comme d’autres l’avaient déjà fait depuis dix ans, je m’inscrirais dans une tradition de bonne parole.
Mais la hache à la main, l’évangélisation des territoires barbares prend un intérêt ludique :)
L’effort ne serait pas inutile : chaque génération mérite d’être éduquée, les bonnes pratiques acquises ne passent pas dans le patrimoine génétique (l’école) et tout est à dire et à redire sans cesse.

Notamment qu’il est interdit de copier.

Photo :

L’internet n’est pas propice à la protection des droits d’auteurs.
L’usage veut qu’un texte puisse être réutilisé par une autre source avec l’autorisation de l’auteur, la mention de son nom et la création d’un lien vers le site d’origine. La plupart du temps, ces précautions ne sont pas prises. Ainsi, en faisant quelques recherches sur le web, vous aurez la surprise de voir que des articles et illustrations originales de L’Agitateur ont été reprises par d’autres sites.
Parfois, ces sites ne mentionnent même pas l’auteur ni l’origine de l’article.
D’autres fois, des mentions du type « publié avec l’autorisation de son auteur » avec un lien vers le site d’origine, est inscrit… alors qu’aucune demande (et donc aucune autorisation), n’a été formulée !

Tout le monde est d’accord : c’est comme ça que ça se passe pour de vrai.
Ce qui peut étonner, c’est que ce texte, extrait d’un article de Jean-Marie Pinon dans l’Agitateur sous le titre Quel avenir pour la presse en ligne ?, que ce texte donc date du 5 novembre 2001 !

Les moeurs n’ont pas changé.
Tout est écrit depuis le début.
On pourrait même dire que les progrès techniques, la popularisation de l’édition (on fait son premier blog à l’âge de dix ans) et la monétisation à outrance ont amplifié les mauvaises pratiques.

Le Web, écuries d’Augias de l’ère médiatique, peut être nettoyé de deux manières.

Soit par l’auto-régulation.
Et là, il faudrait écouter les éducateurs, mais ils n’ont pas la cote, ils sont considérés comme des précheurs moralistes utopistes rêveurs légalistes emmerdeurs.

Soit par la pénalisation, tendance lourde des moteurs et des procès.
C’est bien plus efficace, il faut le reconnaître.

Tu gueules un bon coup et les chiens se couchent.

Ce qui manque, et c’est la responsabilité des moteurs, c’est une carotte, la démonstration que l’attitude correcte est récompensée.

S’il pouvait être démontré que les bonnes pratiques sont gratifiantes dans un délai raisonnable, nul doute que le Web se pacifierait de lui-même.

Tout cela étant réglé, restera l’énigme de l’intérêt du grand public pour la qualité objectivement médiocre de ce qu’il peut généralement trouver sur le Web.
Ce qui m’amènera à plancher sur la nécessité de voir se professionnaliser le simili ou pseudo journalisme du Web.

Restera aussi à examiner l’impact de la publicité contextuelle sur le contenu : l’oeuf ou la poule ?

Et je devrai aussi examiner le Web du côté de la sélection naturelle.
Un site plus beau et plus gros attire-t-il plus facilement l’internaute qu’un petit moche ?
Comme dans la nature, quoi.
Et comme dans la nature, le plus attrayant pour la reproduction n’est-il pas en même temps la cible privilégiée des prédateurs ?

Plus généralement : le site serait-il mâle et l’internaute, femelle par essence sinon par genre ?
L’internaute : volage et à séduire, et souvent putain.
Pardon : éclectique :)

Avec d’aussi goûteux sujets d’investigation et de réflexion, je vais rempiler pour un certain temps.

2 réponses à “Dites et redites en SEO”

  1. julien dit :

    Moi un blog qui ne parle pas de SEO (l’info étant abondante et se retrouvant partout) mais qui parle des manies des gens de la SEO industry, ça me va :-D

    Je me rends compte que c’est d’ailleurs ce que je fais majoritairement chez moi quand je parle de réf.

  2. chiendent dit :

    Comment les théories du langage avaient-elles pu déborder des laboratoires pour se retrouver dans le quotidien vulgaire du Web ?

    Mystères de la vulgarisation…

Laisser un commentaire

Vous devez être connecté pour laisser un commentaire.