Contre la web-presse-people

Quelqu’un me faisait remarquer que j’avais donné l’impression, ces dernières semaines, de me réjouir des ennuis de la web-presse-people.

Et l’impression de vouloir danser sur la tombe annoncée d’une partie du Web 2.0.
Mais ce n’est pas ça, je m’en fiche bien du Web 2.0 et de ses gadgets simili-communautaires.
Et s’il s’agissait seulement pour la web-presse-people de gagner de l’argent en amusant le peuple, je n’y trouverais rien à redire.

Mais c’est bien pire : la web-presse-people - essentiellement les blogs - participe activement à l’intoxication politique des internautes.
Et ça ne me plaît pas, la politique qui se déguise en fête foraine.

Pas forcément parce que l’orientation politique ainsi renforcée ne serait pas la mienne (elle n’est pas représentée par un parti, mon orientation politique, je crois même être la seule à la partager).

Je n’aime pas parce qu’il s’agit d’intoxication et que je trouve que c’est une méthode mesquine et indigne que de considérer les internautes comme des immatures.
Comme des enfants turbulents qu’il s’agit d’amuser pour qu’ils se tiennent tranquilles.

Le Web mérite mieux que ça.
Ou bien pas ?

J’ai lâche le mot : politique.
Un mot à éviter absolument dans le commerce des salades de la blogosphère.
Mais vous allez voir : ce n’est pas moi qui en fait, de la politique, c’est la web-presse-people.
A la Jourdain : sans le savoir !

En gros : l’économie va mal, les dirigeants sont impuissants et/ou pensent surtout à remplir leurs poches et celles de leurs amis.
En bas : le peuple, qui se rend de plus en plus compte que quelque chose sent bizarre dans le Système et que c’est lui qui va payer.
En bref : le travail n’est plus une force capable de contrebalancer celle du capital.
En solution : il faut amuser le peuple.

Le distraire et lui donner des exemples de réussites fascinantes.
Lui montrer qu’il est possible de réussir.
Agiter sous son nez les breloques du succès.

Vieille recette des tyrans qui finissent parfois par fiche le feu à la baraque.

Les stars ont leur rôle à jouer : elles incarnent les aspirations de la population la plus démunie.
Que ces aspirations soient futiles importe peu, on n’en est plus à tenter d’éduquer qui que ce soit, on se contente d’amuser.

Alors on parle des stars, on raconte leur vie jusque dans les moindres détails, on crée des tensions pour la plus grande joie des Netizens réduits au rôle de consommateurs.
Pendant qu’il s’interroge sur la possibilité que Jarenda aît vraiment trompé Alexandre avec Roniro, le gueux évite le vrai quotidien.
Il virtualise ses propres problèmes.
Il rêve la vie artificielle de marionnettes créées non pour son élévation mais pour le distraire.

Les politiques font partie des stars et eux aussi participent au jeu, parfois même ils l’organisent.
Ce sont les pires, parce qu’ils ont les moyens de contrôler les médias.
Pas tous les médias, certes.
Il existe des rebelles qui se croient critiques.
Mais le plus fou, c’est que même cette presse indépendante soit tombée dans le panneau, aussi longtemps et avec tant d’énergie à dénicher les scandales de la vie privée des vedettes politiques.
Complice, cette vieille presse, qu’elle soit de gauche ou de droite n’y change rien : ils ont tous mordu à l’hameçon.

Le peuple des Netizens ainsi intoxiqué rit bêtement aux farces des guignols et il perd son temps mais attention : Nous ne sommes pas dupes aime-t-il à dire.
Dupe ou pas, le résultat est le même : démobilisé par le show des stars, distrait de la réalité, il en oublie de penser à ce qui le concerne vraiment.

Restait la presse du Web, multiforme et incontrôlable, dont il était permis d’espérer un peu d’esprit critique.
Malheureusement, cette presse s’aligne sans qu’il soit même besoin de l’acheter : elle monétise son brossage du poil des penchants de l’internaute avec la publicité.

En relayant les sottises vraies ou fausses concernant les amuseurs que sont les stars, la web-presse-people intoxique les internautes.
Elle renforce le conditionnement.

C’est cette presse qui fait de la politique, pas moi !

On me permettra donc de me réjouir quand ça lui retombe sur le nez.

Gniark ! dirai-je sobrement.

Et qu’on se rassure : j’en ai autant contre le reste de la presse traditionnelle et de la presse Web.

Tous couchés !
Aux ordres formels et informels de la distraction unique !
Même sans s’en rendre compte, pour beaucoup !

Je l’fais bien, râleuse, non ?
Appelez-moi chipie si vous voulez et n’oubliez pas que le printemps arrive pour de vrai : pensez à traiter les meubles de jardin.


Alors, il y a ceci, sur le Web, qui m’a bien plu parce que ça ne me contredit pas, au moins dans ce paragraphe :

Ce que l’on appelle « politique people » est en fait le pari que l’électorat va oublier les conditions de vie de moins en moins décentes qui sont les siennes en s’abîmant dans la contemplation béate de la jet-set – classe politique comprise – grâce aux belles images et aux histoires édifiantes qu’on lui donne en pâture.

Source : L’art de faire rêver les pauvres (un article de Mona Chollet dans Le Monde diplomatique).

5 réponses à “Contre la web-presse-people

  1. julien dit :

    Un sujet qui a le don de m’énerver très vite, tout seul, sans personne avec qui crier ma détresse (tout le monde s’en contrefiche, intense blasitude oblige).

    Ça me rend dingue. Ça me rend dingue de constater cette forme de pensée unique bien droite et sans contrepoids sérieux. UMPS a bon dos, ça tire un coup à bâbord, un coup à tribord, mais dans les deux navires, même combat!

    Dans un pays dans lequel on explique quotidiennement à ses clients que notre belle nation est en droit de donner des leçons “droitsdelhommiste _berk” à la terre entière depuis un évènement sacré que l’on ne peut nous enlever (création des droits de l’homme blabla), on devrait pourtant bien balayer devant notre porte. Voire Kärcheriser…

    Une presse complètement asservie à la pensée unique, soumise et tellement droite (pas de métaphore sur ce passage pour moi la presse “se croit” profondément de gauche), une presse qui ne fait pas de vagues. Qui bouffe du Sarko mais paradoxalement en titrant 90% de ses unes sur ses rolexs et prend ça pour un acte de bravoure, de résistance citoyenne. Pouah! Ça me fait bien rire!!!

    Ça joue les vierges effarouchées de tous les côtés, “journalistes” (je n’aime pas employer ce terme parce que j’en ai jamais rencontré, paraît que dans les pays anglo saxons ça existe), people élus qui ne représentent qu’eux même, politicards qui sont encore sur la scène malgré les boulettes passées (qui pourtant à l’époque paraît il ne sont pas vraiment passées inaperçues).
    “Mais c’est que je suis quelqu’un de bien moi môôôôsieur!”
    Bien sûr comme fondamentalement nous tous, c’est juste le système qui nous pourrit hein? Allez on t’excuse connard.

    Paraît qu’on a les dirigeants que l’on mérite. Ben moi j’y crois, et je me dis que pour que les leaders soient du madame Royal, du Jack Lang, du monsieur sang contaminé ou de gogol 1er (grand orateur devant l’éternel, adore se voir briller, mais a prouvé maintes fois que le pouvoir ne l’intéressait pas, éternel opposant, à tout, c’est son moteur)… Franchement si mon cœur balançait à gôche, je ne pourrais pas la gôche caviar.
    On doit vraiment avoir fait n’importe quoi dans une autre vie pour mériter ce système (Comment, c’est ce qu’on fait les vieux? Ah ben tout s’explique…)

    Alors si on fouille encore plus à gauche avec le petit facteur révolutionnaire qui a trouvé son credo (uniquement devant les caméras) et qui frôle l’ISF il me semble, quelle bonne blague encore une fois.

    D’ailleurs ça m’a toujours fasciné. Si quelqu’un de calé en la matière peut m’expliquer comment ces gens là font pour se farcir l’ISF: Ils ne travaillent pas ! :-S

    Enfin bref, le peuple se rend bien compte de la mascarade, et se divertir, je pense que c’est tout ce qui lui reste. Ces gens (cette conspiration, cette toile, ce réseau, la conspiration judéo-maçonnique, les USA, le libéralisme, le grand capital, Dow Jones, cette force invisible, cette pression supérieure qui te laisse dans ta caste _ rayez les mentions inutiles) ont bien fait leur boulot, en rire, c’est tout ce qui nous reste. Ils ont verrouillé les portes qui mènent à leurs fonctions avec soin (l’artisan c’était un ouvrier qu’ils ont payé au SMIC), et ils ont avalé la clé.

    Espérons que quand ces séniles passeront l’arme à gauche, les jeunes auront retenu la leçon.

  2. chiendent dit :

    Tu as encore de l’espoir Julien : au moins celle de la mort des séniles!

    et malheureusement il y a des jeunes qui pensent comme des petits vieux et heureusement quelques vieux qui pensent comme des jeunes …. alors on n’a pas fini.

    Ce qui nous reste c’est de ne pas croire ce que l’on nous martèle, c’est de garder nos yeux ouverts et de regarder la beauté du monde, pas la jet-set et le bling bling.

    On peut aussi attendre qu’ils se plantent car cela arrivera …. le problème c’est quand … et que l’on ne détruise pas la terre à cette occasion.

  3. SZarah dit :

    Hihi Julien, quel enthousiasme, ça fait plaisir à lire :)
    Mais le splendide élan idéaliste de la jeunesse résiste mal à la prise de responsabilités : quand tu as quelque chose à défendre et à perdre (famille, boulot, enfants, maison, …), tu te résignes.
    Le monde t’apparaît comme insensé ?
    Il l’est : bingo !
    Et tu sais quoi ? Ce n’est pas grave du tout : il l’a toujours été.
    Bon, tu as la rage des jeunes, c’est très sain, ça fait des vieux moins fous :)
    L’erreur est de personnaliser, de focaliser sur un bouc émissaire, son départ ne changerait rien au Système qui distribue des rôles interchangeables - les plus enviés, les plus admirés comme les plus honnis sont les jouets du Système. Ils ont beau frimer, ce n’est pas eux qui disent aux nuages où ils doivent aller.
    La vie est bien trop courte pour perdre son temps à simplement râler.
    Et oui, je sais bien, on nous maintient sous pression avec l’annonce sans cesse renouvelée de l’Apocalypse : guerre atomique, puis terrorisme, maintenant le réchauffement climatique.
    Sans compter un beau crash financier et - horreur ! - la fin du Web 2.0 :)
    Ou pire : la droite pourrait gagner, ou la gauche !
    Ou les Verts ! Ou les Anglais dans la Coupe !
    Ou Manchester contre Arsenal !
    Et argl, 2-1, ils l’ont fait :)
    La vie est trop courte pour la passer à avoir peur.
    La solution, c’est de chercher un objectif raisonnable ET de bosser pour y parvenir.
    Sans oublier de regarder les merveilles offertes par le monde (merci Chiendent pour ce rappel).
    Il faut se donner des armes pour comprendre et pour agir, pour ne pas se retrouver sans ouvre-boîte devant une conserve.
    Franchement, sous nos latitudes on n’en manque pas, d’ouvre-boîtes.
    Moi, je me considère comme en vacances de luxe dans cette partie du monde, et si tu y réfléchis en regardant un peu autour, tu verras que tu as toutes les cartes en mains pour être heureux.

  4. julien dit :

    Ouhlà, ne t’y trompes pas, je suis tout à fait heureux (je suis partisan du “si t’es pas heureux soit tu changes de vie et t’arrêtes de te plaindre, sois tu te te tires une balle dans la tête, ça fera des vacances à tout le monde” ^^) et je suis quelqu’un de plutôt optimiste et pas fataliste pour 2 sous.

    C’est le ton de tes articles qui m’incitent à être négatif quand je poste ici, voire blasé. As tu déjà remarqué à quel point tu te plains souvent, et à quel point tu pars en croisade facilement contre l’Etablishment? :-D

    Personnellement, je ne pense pas que le gouvernement en place, ni celui passé, ni celui à venir aient un quelconque pouvoir dans la gestion de ce pays. Ils sont tout juste bons à y aller de leur petite réformette pas bien méchante qui ne changera rien mais aura le mérite de faire meugler dans les troquets.

    Les enjeux se discutent ailleurs, et c’est pas comme si UNE seule source exerçait son pouvoir sur la terre entière, non, c’est juste une SOMME de groupuscules, de lobbies, de gens de toutes sortes aux intérêts divers mais qui ont tous le même objectif: leur bien-être.

    Bref c’est le bordel quoi, le chaos, fait juste tirer son épingle du jeu. Ce que je fais du mieux que je peux (c’est pour ça que j’assume mes hémèfa par exemple, je sais que tu exècres ça mais que veux tu, d’où je viens on a l’habitude de dire qu’il n’y a pas de mal à [exploiter un exploiteur]). Ceci dit j’ai souvent de belles idées et je me projette souvent dans la peau d’un chef d’état le soir avant de m’endormir. Mais je suis bien trop humain pour exercer la fonction sans faille.

    Bref je parle pour ne rien dire (comme d’habitude ici :-D )

    Merci de souligner la fougue de MA jeunesse, justement tiens, une question me brûle les lèvres et moi qui n’était pas là le jour où ma maman enseignait de ne pas demander l’âge des dames…

    Sarah, tu as quel âge?

    (ça m’intrigue)

  5. SZarah dit :

    34 depuis huit jours :)
    Je n’ai rien contre la publicité, c’est un moyen licite pour obtenir une part du gâteau et la plupart des éditeurs en usent avec parcimonie, ce qui la rend discrète, et je n’oublie pas qu’elle peut ajouter au contenu (si elle est bien contextualisée).
    Et il reste heureusement quantité de bons journalistes, le souci étant qu’un journaliste écrit rarement pour ses lecteurs mais principalement pour son rédacteur en chef.
    Et c’est intéressant d’apprendre que je donne dans le négatif, je vais rectifier ça pas plus tard que dans mon prochain billet !
    Comme quoi ça vaut la peine de discuter un peu :)

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