Un Web-opéra pour duellistes

Parfois, trop rarement, il se produit des événements intéressants sur la scène du Web.
On est alors récompensé de l’attente interminable au milieu de bavardages trop souvent vides de sens.

Le brigadier frappe les trois coups, la salle étouffe ses murmures et le rideau se lève.

Pour avoir déjà parcouru le livret, on connaît l’intrigue, plus ou moins vaguement.
On ne comprend pas tout et même le sous-titrage prodigué par l’afficheur qui fait défiler le texte n’est que d’un piètre secours.

Mais l’essentiel n’est pas là.
Ce qui va compter, c’est l’interprétation.

On va à l’Opéra pour admirer le jeu des artistes, pas pour les décors.
Et le sujet, hé bien c’est un sujet, rien de plus.

Sur AdScriptor, Jean-Marie Le Ray, par un article Eolas et la Secte du Kiosque à Journaux répond à l’article que Maître Eolas a publié dans son Journal d’un avocat : Affaires Fuzz, Dicodunet, lespipoles et autres : et si le juge avait raison ?.

Quelqu’un me demandait :

Lequel des deux a raison ?

Dans une joute verbale ou littéraire, l’essentiel n’est pas d’avoir raison, la raison est trop souvent affaire de circonstances, de lieu et de moment.

Bien sûr, on ne saurait rester sans prendre parti puisqu’aujourd’hui la compétition règne dans tous les domaines et qu’il faut, absolument, choisir un vainqueur.
On se la joue Highlander, bien à tort.

En l’occurence, l’exercice d’élimination paraît d’autant plus vain que les champions en présence manient trop bien la plume pour qu’on puisse les départager sur base de la qualité de l’écriture.
La forme ne déçoit pas, c’est même un régal pour fins gourmets.

Quant au sujet de la discussion virtuelle, il importe peu.
Pour des duellistes, la forme compte plus que le fond, et tant pis pour l’enjeu.
Le sujet n’est qu’un prétexte, mais tant mieux s’il a d’assez beaux yeux pour intéresser le public.

Ce qui compte, c’est la qualité de l’échange, la passion et l’enthousiasme qu’il peut déchaîner chez les spectateurs.
Mais pas seulement la passion, le goût pour la réflexion argumentée peut aussi venir de cette joute et s’il est une denrée rare sur le Web c’est bien celle-là .

Il est à espérer que l’échange ne s’arrêtera pas abruptement par forfait : nous, le petit peuple en manque de débats intelligents, nous serions déçus.

Pour ma part, j’observe et j’admire : je consomme le spectacle et je sais que quoi qu’il arrive aucun des bretteurs ne sera mis à mort.

Tous deux sortiront grandis de l’affrontement et le Web aura gagné des voix qui portent juste et, on l’espère, aussi loin qu’aux oreilles des Autorités Compétentes qui sont gratifiées, par ce débat improvisé, d’un audit d’excellente qualité.

Dans la tradition française, les opéras ont souvent été écrits pour deux voix de ténors.
C’est qu’il n’en fallait pas plus mais que ces voix étaient toutes deux nécessaires.

Deux voix de sopranos s’y joignaient, mais je ne postule pas :)
Pour les Choeurs, je fais confiance au bruit blanc des commentaires !

5 réponses à “Un Web-opéra pour duellistes”

  1. jmleray dit :

    Salut Szarah,

    Une chose sur laquelle je ne suis pas d’accord ;)

    Quand tu dis : “Quant au sujet de la discussion virtuelle, il importe peu.
    Pour des duellistes, la forme compte plus que le fond, et tant pis pour l’enjeu.
    Le sujet n’est qu’un prétexte, mais tant mieux s’il a d’assez beaux yeux pour intéresser le public.”

    personnellement dans tous mes billets, la règle serait plutôt le contraire : le fond compte plus que la forme. Donc l’enjeu est primordial, et le sujet n’est pas un prétexte.

    Je n’aurais jamais écrit un billet aussi long juste pour le plaisir de manier la forme ! D’autant plus que, tu me croiras si tu veux, je ne soigne pas particulièrement la forme dans mes billets.

    Je suis bien obligé de les écrire rapidement, déjà qu’ils me prennent trop de temps pour rassembler toute la doc nécessaire, si en plus je devais ciseler, je ne m’en sortirais plus.

    J’ai la chance d’écrire facilement, mais c’est également le fruit d’un très long travail, voici près de 30 ans que j’écris tous les jours, et surtout les 25 dernières années j’ai vraiment beaucoup écrit. Et beaucoup traduit. En gros, cinquante mille pages traduites à moi tout seul, sans compter celles que j’ai supervisées. Donc crois-moi, quand je soigne la forme, le résultat va bien au-delà de ce que j’écris dans mes billets.

    Je n’en citerais qu’un pour exemple : http://adscriptum.blogspot.com/2006/10/les-intemporels-de-google.html

    Celui-là, oui, la forme est particulièrement soignée. Mais sans oublier le fond, bien sûr. Il faut dire en revanche que ce texte n’est pas né comme un billet, mais comme une postface destinée à la publication. D’où une écriture soignée.

    Je ne veux pas dire par là que mes billets ne sont pas soignés, mais je te confirme qu’ils sont écrits à la va-vite, et que si vraiment je m’appliquais sur la forme, le rendu final serait beaucoup plus peaufiné.

    Jean-Marie

  2. SZarah dit :

    Je comprends que dans une discussion l’on puisse s’attacher véritablement au fond, c’est sans doute ainsi qu’on présente le mieux ses arguments.
    En même temps, dans ce cas précis, l’enjeu me paraît trop anodin pour mériter autant de soin.
    Vous écrivez sans effort et ceci peut expliquer cela mais mon sentiment qu’il s’agit d’un jeu s’en trouve renforcé.
    Sauf, bien sûr, si le sujet revêt une importance qui m’aurait échappé, mais c’est sans importance.

    Peut-être accepterez-vous de considérer que de cette affaire d’hébergeur affublé de force d’un manteau d’éditeur et jeté malgré lui dans le commerce des T-shirts, il serait intéressant de tirer autre chose qu’une froide décision judiciaire.

    Ce qui m’intéresse et même me passionne, ce sont les échanges entre deux plumes habiles, le Web permet de ne pas attendre la publication sur papier de cette correspondance.
    Cette classique littérature épistolaire adaptée au Web offre un intérêt tout nouveau du fait qu’elle n’est pas privée mais publique et qu’il est possible de la suivre au jour le jour, et aussi d’intervenir.

    C’est un nouveau créneau pour l’expression, je pense, il suffit de découvrir les duellistes distingués et d’attendre que la bonne fortune leur offre l’occasion de croiser le fer.
    Quand un homme seul joue les deux rôles principaux, la pièce est plaisante mais incomplète : vous devez être deux.

    L’intérêt s’accroît encore quand il ne s’agit pas de confrères mais que tout porte à croire que les protagonistes luttent à armes égales.
    Les commentaires des lecteurs introduisent des éléments perturbateurs et enrichissants, on peut parler, peut-être pour la première fois, de littérature interactive.

    C’est exactement ce que j’espère encore du cas des kiosquiers, et je suis certaine de ne pas être seule à attendre :)

  3. jmleray dit :

    SZarah,

    Non, je me répète, pour moi l’enjeu est crucial dans cette affaire. Et encore, je suis en dessous de la vérité en disant cela.
    En tout cas, il vient de me répondre, et il a pas l’air content. Dommage pour le dialogue ;-)
    Quant à ma réplique, je n’ai pas la moindre idée du temps qu’il me faudra pour essayer de répondre de façon sensée, au gré de l’inspiration…

    Jean-Marie

  4. Leonick dit :

    J’aime bien le “Qu’il suffise de se rappeler que le droit s’apprend à l’université, et le bon sens, au bistro.” dans la réponse de Eolas ;-)

  5. SZarah dit :

    Ah la puissance castratrice des formules lapidaires, ces ping auxquels ne saurait répliquer aucun pong !
    Un ami de ma mère qui fut magistrat avant d’être sage les notait, il en a de pleins recueils. En anglais, malheureusement.
    Pour ma part j’ai apprécié “scories atrabilaires”, très évocateur d’un principe à la fois alchimique et digestif, mais surtout que réponse il y eut, et pas de simple courtoisie.
    Je n’ai rien lu cette année qui fut aussi intéressant que cet échange.

    @ jmleray
    Au-delà des cas particuliers, il me semble qu’il est impératif de dominer les inclinations des moteurs et des grandes entreprises du Web dit “2.0″ à se servir sans demander au préalable. Cela ne pourra se faire sans l’aide de lois à portée internationale et jusqu’à leur avénement, il y aura encore bien des pleurs et des grincements de dents.
    En attendant, il nous faut nous soumettre à l’existant, qu’il soit interprété selon nos souhaits ou pas. Et c’est vrai que c’est important, comme toute résignation.

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