Complot 2.0

“Sauvons le Web 2.0″, “Sauvons le Web 2.0 francophone”, ça vous dit quelque chose ?

Attention Netizens !
Il y aurait un complot.
Pas un complot classique du genre L’Oeil-du-billet-vert ou néo-marxiste-tendance-Groucho, ni un complot des toges, non, quelque chose de plus particulier.

Disons un Complot 2.0.

Le but serait d’anéantir le Web 2.0, au moins le francophone.

Je l’ai lu, ça, ne me demandez pas où, je scotomise les références qui m’agacent et je ne voudrais pas leur faire de la publicité.

Ce Complot 2.0 serait le fait de personnes mal informées quant à la réalité actuelle du Web.
Le fait de rétrogrades réactionnaires, piliers de l’establishment qui entendraient conserver leur emprise sur la gentille population.
Et qui supporteraient mal la liberté induite par les possibilités du Web 2.0.

Il y aurait donc des ignares anti-modernité et méchants de surcroît.
Ils oeuvreraient dans l’ombre pour cadenasser la liberté d’expression.

La liberté d’expression dis donc, ’sont pas gonflés !
“Aux armes, citoyens !” et tout ce genre de choses.

Bon, ça se tient. C’est plausible.
C’est surtout complètement paranoïaque.

Parce que le Web se porte bien, 2.0 ou pas, francophone ou pas, il se porte même de mieux en mieux.

Et des entreprises “Web 2.0″ florissantes, j’en connais plus que quelques-unes : dix, vingt, cent !

Il existe en effet des entrepreneurs consciencieux qui développent leurs projets avec rigueur et qui réussissent.
Et qui sont là pour longtemps, sans tapage, sans buzz, calmement.

Il existe un Web 2.0 qui n’a pas d’ennuis avec la justice, parce qu’il connaît les règles et qu’il les applique.
Ce Web-là est porteur d’avenir, à n’en pas douter.
Il génère de l’emploi et des richesses.
Il n’a aucun besoin d’être “sauvé”.

L’autre Web 2.0, celui qu’il s’agirait de sauver, est un nid de frelons : c’est normal qu’il buzze.
On y trouve aussi bien de purs escrocs que des maladroits et des aventuriers mal préparés.
Un jour ou l’autre, à force de frôler les limites, certains mettent le pied du mauvais côté de la ligne blanche et ils se retrouvent en première page.
Cloués au pilori.
Certains laissent passer l’orage, enregistrent la leçon et poursuivent, désormais mieux informés.

D’autres s’agitent, se débattent, remuent de l’air, crient au complot.
Comme le pilori n’existe plus, il faut le dresser soi-même, s’y attacher soi-même et alerter la foule, soi-même encore.
Venez voir comment ils me traitent !

C’est fou comme le monde a changé :)

Cloués au pilori, c’est une image, personne n’a jamais été véritablement cloué à ce poteau d’infamie, seulement attaché.
Parfois, le poteau était mobile, il pouvait pivoter sur son axe vertical, ça permettait de se montrer de face à toute l’assistance, et aussi, accessoirement, de bronzer de tous les côtés.

Sur le même principe d’offrir le condamné aux regards du peuple, il y avait aussi le carcan, une structure génératrice de crampes et de torticolis.
Le carcan offrait l’avantage de pouvoir être déplacé avec le condamné ou d’être posé sur un socle (exposition itinérante ou statique, c’était dans le cahier des charges) tandis que le pilori était fixe
Le souci de la mobilité ne date pas d’aujourd’hui, on le voit.

Pilori ou carcan, c’était une sorte d’affichage de la condamnation qui servait à édifier la population quant au sort réservé aux meuchants.
La véritable sanction pouvait suivre, ou même un autre jugement.

Normalement, quand tu es au pilori, le peuple peut venir te lancer à la tête des salades avariées et des morceaux de vieille pizza, enfin vous voyez bien ce que je veux dire : de l’alimentaire qui a largement dépassé la date extrême de consommation.

Aujourd’hui, la foule domine ces bas instincts de vindicte, ou bien elle est blasée, ou encore elle manque de temps ou d’énergie pour trier dans sa poubelle ce qui pourrait servir.

Bref, on ne conspue plus le condamné, c’est passé de mode.

[ Dans l’oreillette, on me dit que ça conspue encore dans certaines émissions de télévision et aussi à l’Assemblée. ]

On attend une Conspuation 2.0, le retour avec un grand intérêt mais ce sera difficile vu la dégradation de l’enthousiasme pour ces loisirs bon-enfant.

Tu as beau t’attacher toi-même au poteau, c’est à peine si ça intéresse mille badauds et vingt bourgeois, et tu devrais payer pour qu’on te crache dessus : tout le monde s’en fiche, en gros.

D’un côté, c’est bien.
En même temps, ça permet plus facilement au condamné de se faire passer pour une victime.

Et pour peu que tu aies été condamné pour un délit commis par excès d’ignorance, disons fortuitement, tu peux facilement te prévaloir de ta bonne foi, crier à l’injustice ou à l’erreur judiciaire (l’essentiel étant de crier) et rallier à ta cause tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, n’aiment pas l’autorité.
Ça fait du monde, mine de rien.
Les compatissants, les aigris, les rebelles, les sots, les toujours-prêts-à-manifester … et quelques idéalistes.

Quasiment les mêmes qui autrefois t’auraient jeté des tomates :)

Comme ta cause, ça fait un peu égoïste, il s’agit de la généraliser.
Si tu n’y penses pas de toi-même, quelqu’un t’y incitera, les conseilleurs ne manquent pas.

[ Penser à rééditer mon Manuel de la victimisation 2.0 ]

Toi, volontairement ou pas, tu devras assumer d’être le vivant symbole d’une cause plus vaste que la tienne.
C’est cheguévaresque, comme rôle, quasiment christique.
Très tentant.

Et c’est à ce stade que dans certains cas on voit apparaître Sauvons le Web 2.0 !.

Un Web 2.0 qui entend ce slogan et qui dresse l’oreille, tout étonné d’apprendre que quelqu’un lui veut du mal.

Un Web 2.0 qui pourrait bien finir par souffrir de la mauvaise réputation faite à sa frange turbulente par le battage médiatique.

Le Complot 2.0 qui risque de blesser véritablement le Web 2.0, il est là : dans les slogans abusivement brandis par ceux qui persévèrent dans l’irresponsabilité.
Et qui risquent de nuire, une fois de plus par inadvertance.

Il faut éviter d’endosser des slogans trop grands pour soi.
Il faut éviter de se laisser pousser à les endosser par ceux qui, dans l’ombre de l’anonymat, ne paieront pas les pots cassés.

Sinon, tout va bien sur la Toile, peace and love, je vous souhaite une joyeuse fin de jeudi :)

5 réponses à “Complot 2.0”

  1. julien dit :

    Personnellement j’ai toujours pensé dès le départ que le débat ne se situait pas là. “Sauver le Web 2.0″ ou sauver la sacro-sainte “liberté d’expression” ou de la presse… Tout ça c’est du vent.

    Le peuple s’en balance les gnocchis du Web 2.0. Ce que le peuple n’a par contre pas loupé, c’est qu’un mec joue les effarouchés pour une rumeur à 2 balles (et il y a pire, convenons en) et n’a pas assouvi la soif de peoplisation de ce peuple.

    Le peuple n’a pas aimé David contre Goliath avec avocats stars qui pointent leur blase quand les caméras tournent (pareil pour ces faux derches tous écolo ou pour la défense des sans papiers quand un gratte-feuille-de-chou se trouve dans le coin), et ces “acteurs” (puisqu’il faut bien leur trouver un qualificatif) qui jouissent des bénéfices du système mais en rejettent les inconvénients.

    Bref, c’est bien pour ça que je trouve ce slogan inapproprié, le débat n’est pas là. Il n’y a que les blogueurs qui ont mariné un peu trop longtemps dans leur bubulle (appelée “blogosphère” ) pour nous pondre un combat aussi ridicule.

  2. SZarah dit :

    Même “David contre Goliath” est une image très exagérée :)
    Ce qui m’a amusée, c’est l’outrecuidance de l’entreprise des Davids qui accepte de toucher le bénéfice des informations répercutées … tout en refusant toute responsabilité.
    Et toi, tu dis que ce sont les Goliaths qui “jouissent des bénéfices du système mais en rejettent les inconvénients”.
    J’espère que tu vois la similarité des attitudes :)
    C’est David qui se prend pour Goliath, l’histoire.
    Jean de la Fontaine aurait aimé.

  3. julien dit :

    Ah mais on est d’accord, Eric qui joue la victime aussi, avec ses tee-shirts là, j’ai arrêté de suivre parce là ça commence à devenir du merchandising de bas étage.

    En me relisant je vois où tu veux en venir et effectivement les attitudes sont les même. Mais l’intermittent du spectacle m’a été désagréable dès que j’ai appris les circonstances de la mise au procès (sans l’avoir prévenu au préalable ni cherché l’accord). Qu’on ne me raconte pas de salades, c’était un coup de pub foireux, très “buzz” (j’avais dit que je me mettais un coup de fouet chaque fois que j’employais ce terme) avec toutes les connotations négatives que cela entraîne.

    Après le citron pressé a retourné la situation à son avantage pour y aller itou de son “buzz” (chtachhhh, aïe), la boucle est bouclé, tout le monde passe pour de vils récupérateurs, personne n’a fait preuve de maturié, un partout… Le procès, c’est juste pour le fun, pour la jouer “à l’ameuwiquène”.

  4. Leonick dit :

    Ah, il y a la suite…
    les risques avec la publicité contextuelle (adsense), comme ça, ça va élargir le nombre de webmaster qui pourraient se sentir en danger et pas juste ceux qui confondent web 2.0 avec les internautes font le travail et moi je mets les pubs ;-)

  5. st-antigone dit :

    Bonjour David !

    t’en as pas marre de toujours gagner à la fin ?

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