Microstocks : choisir le bon
Un “microstock” est une banque en ligne d’images.
Ou une banque d’images en ligne, c’est pareil : c’est tout en ligne, la banque et les images.
On peut s’y approvisionner en photos ou y déposer ses productions pour les vendre, ou les deux.
Ce n’est pas cher, c’est même parfois gratuit, en corollaire ça rapporte peu mais c’est tellement, tellemeeeent “Web 2.0″ ma chère.
On n’y résiste pas.
Et comme au casino ou dans la finance, la banque gagne toujours.
Il y a beaucoup de microstocks.
Je me suis interrogée : si j’en faisais un, quel serait le cahier des charges que je m’imposerais ?
Chez moi, c’est une interrogation qui date de plusieurs années ![]()
Et comme l’équation me paraissait insoluble, j’ai renoncé (mais j’ai aidé, et j’aide encore).
Doncques, comme l’actualité des blogs s’y prête, je peux ressortir mes réflexions du tiroir et vous en faire part.
En principe, un microstock n’est pas un dépotoir pour les milliards de piètres photos réalisées par les centaines de millions de pseudos-photographes révélés par le numérique.
En pratique, le réalisme dicte ses lois :
- le pire des amateurs finira par produire au moins une photo qui pourra intéresser quelqu’un;
- même la plus minable des photos peut trouver acquéreur;
- le client est roi.
En principe toujours, chaque image destinée à être microstockée fait l’objet d’une évaluation au niveau de la qualité technique mais aussi au niveau du caractère licite du sujet.
Pas de sigles ni de marques, pas de visages, pas de modèles identifiables, rien qui puisse attenter à la vie privée ni entraîner un trouble d’usage chez le propriétaire de l’objet montré, …
Et pas de copie, évidemment.
Le croiriez-vous ?
Des innocents uploadent des images qu’ils ont récupérées au hasard du Web et il arrive qu’ils les vendent.
C’est carrément “Web 2.01″
Un bon microstock opère un filtrage des images qui lui sont soumises.
Le filtrage des photos éligibles à la mise en stock est un travail qui nécessite des connaissances techniques et une excellente culture de l’image.
Tous les microstocks ne peuvent se payer le personnel qualifié pour ce travail.
Mais ce n’est pas tout.
Un bon microstock ne se contentera pas de filtrer les images au préalable.
En effet, peu importe la qualité du filtre, des images illicites peuvent passer.
Le bon microstock offre au visiteur la possibilité de signaler facilement un problème de licéité.
Un bouton de signalement accompagne chaque image pour ouvrir un formulaire où l’internaute pourra préciser ses observations.
Un microstock qui filtre mal et/ou qui ne permet pas de signaler une image volée ou qui pose problème n’est pas un bon microstock.
Pas de bouton de signalement ?
On pourrait en déduire que le microstock affirme par là qu’il est certain de la qualité de son filtre, qu’il garantit la licéité des images qu’il propose et qu’il assume la responsabilité d’une erreur.
La lecture des conditions générales d’utilisation permettra d’infirmer ou de confirmer la pertinence de cette déduction.
Vous êtes client d’images en microstock
Ces images dites libres de droits ne sont pas libres de tout droit.
Notamment, les droits moraux restent acquis à l’auteur.
Ces droits n’existent pas aux USA, le copyright concernant uniquement les droits patrimoniaux.
Les microstocks ont donc tendance à ignorer les droits moraux.
Quand vous négociez directement avec un photographe qui n’est pas votre employé, la transaction porte sur la reproduction de telle photo sur tel support en tel nombre d’exemplaires pour telle durée dans telle aire géographique.
A quoi on peut ajouter une exclusivité plus ou moins grande.
En microstock, vous pouvez acquérir un droit de reproduction illimité : telle photo sur tout support en quantité illimitée pour l’éternité et partout.
L’exclusivité peut elle aussi être négociée.
La mode est à l’illimité ![]()
Sauf en ce qui concerne la responsabilité des microstocks.
Ce qu’il faut savoir, c’est que la responsabilité du microstock est extrêmement limitée, par contrat, relativement à la licéité des images.
Si une image s’avère illicite pour une raison quelconque, la responsabilité en incombera d’abord à l’utilisateur.
Payer ne vous dédouane pas de l’obligation d’assumer l’éventuelle illégalité d’une image que vous utilisez.
Si vous achetez en toute bonne foi une image volée, c’est vous qui serez concerné en première ligne, et ensuite seulement vous pourrez vous retourner sur le microstock.
Le bon microstock assume ses responsabilités.
Il assume d’avoir mis en circulation une photo illicite.
Et ensuite il s’arrange avec le photographe qui a fourni l’image litigieuse.
S’il le connaît. S’il ne le connaît pas, le microstock assume seul.
Mais le client n’est pas concerné, il doit seulement cesser l’exploitation abusive de l’image et se faire rembourser.
Le bon microstock assume ses responsabilités.
L’identité du fournisseur
Vous avez acheté le droit d’exploiter une image.
Qui vous facture ?
Le photographe ou bien le microstock ?
C’est important : en cas de litige, c’est celui qui aura délivré la facture qui sera impliqué.
En principe.
Le microstock connaît-il les photographes qui déposent chez lui ?
Passez sur l’interface du candidat au dépôt d’une image.
Les conditions lui demandent-elles d’affirmer que son image constitue une oeuvre originale pour laquelle il dispose de tous les droits ?
Lui est-il demandé une identification civile ?
Si ces conditions existent, cela signifie que le microstock est couvert.
En cas de litige, le microstock pourra assumer puis se retourner contre son fournisseur.
Si le microstock ne connaît pas son fournisseur, il aura tendance à refuser d’assumer, ce qui sera indiqué dans le contrat.
Quant à la légalité de ce contrat déclinant toute responsabilité … ce sera à un tribunal d’en décider.
Le bon microstock connaît l’identité civile de tous ses fournisseurs.
L’identité du client
Vous êtes photographe.
Voilà que vous découvrez une de vos images utilisée sans votre accord.
Renseignements pris, cette image provient d’un microstock.
Le microstock a peut-être vendu plusieurs fois votre photo.
Il est important pour vous de localiser les éventuels autres abus.
Un bon microstock connaît l’identité civile de ses clients.
Sinon, comment compte-t-il faire retirer les images illicites qu’il aura vendues ?
Passez dans l’interface de l’acheteur.
Est-il possible d’acheter anonymement ?
Dans l’affirmative, comment ferez-vous pour situer les autres utilisations de cette photo volée et disséminée par le microstock ?
Un bon microstock vend pour une utilisation localisée avec précision.
Inutile de poursuivre : selon mes critères, il n’y a pas de bon microstock, il y en a seulement de moins pires.
L’intérêt des microstocks
Les microstocks sont un avatar du Web participatif : de la même manière que les commentaires enrichissent un forum, les photos enrichissent le microstock.
La différence est que les auteurs des commentaires sont rarement rétribués alors que pour les auteurs qui déposent des photos en microstock il s’agit d’une motivation.
Mais le principe de base est le même : les rus forment les grandes rivières monétisables.
Créer un microstock coûte cher.
Il y a l’investissement matériel et logiciel mais aussi humain.
La rentabilité d’un microstock peut venir des ventes mais surtout de la revente globale du système.
Il est donc essentiel que l’importance du stock ne dépende que très peu du bon vouloir de ceux qui y déposent leurs oeuvres.
En conséquence, dans le contrat, on trouvera souvent en standard des mentions réservant l’exclusivité des photos au microstock et l’interdiction de retirer les photos.
Bien sûr, il sera possible pour l’auteur de retirer une photo, souvent d’un simple clic, mais il s’agira d’une faveur non écrite et qui pourra être rendue impossible à n’importe quel moment.
Cela va à l’encontre du droit de repentir et de retrait de l’auteur (un droit moral) mais en même temps ce droit entraîne le revers d’un devoir d’indemnisation du microstock.
A ma connaissance, aucun microstock ne précise dans son contrat les modalités précises et tarifées du retrait d’une photo par son auteur.
Vous fournissez un microstock
Comme tout le monde, vous avez un appareil photo-numérique et vous mitraillez à tout va.
Les microstocks vous offrent la possibilité d’afficher vos photos dans une galerie qui vous sera personnelle.
Et en plus, vous pourrez vendre vos photos.
Rien n’est plus facile et il arrive que certains réussissent à monétiser leurs oeuvres d’une manière inespérée.
Il arrivera même forcément que des noms émergent de la foule et que des carrières prennent leur envol au départ d’un microstock.
Cet espoir ne doit pas vous faire considérer le contrat comme une formalité.
Au contraire, dirais-je.
Lisez-le avec attention pour voir s’il vous convient, s’il vous paraît équitable dans toutes les situations.
Posez-vous ces quelques questions :
- Pouvez-vous exposer dans ce seul microstock ou dans plusieurs ?
- Pouvez-vous vraiment retirer vos photos ?
- Pouvez-vous encore vendre vos photos autre part que sur ce microstock ?
- Votre part sur une vente est-elle raisonnable ?
- N’abandonnez-vous pas gratuitement vos droits à l’exclusivité ?
- Devez-vous déclarer qu’une photo déposée au microstock fait partie d’une série non déposée et conservez-vous la liberté d’exploiter librement cette série ?
- Qui est le vendeur de votre image, vous ou bien le microstock ?
- Quels sont vos moyens pour vérifier le nombre des ventes ?
- Devez-vous livrer au microstock le fichier original (RAW avec EXIFs) qui est votre seule preuve de paternité ?
- Connaissez-vous la destination précise des photos vendues (utile pour votre press-book) ?
- Si vous pouvez déposer en anonyme, comment comptez-vous faire valoir vos droits ?
- Pouvez-vous résilier votre contrat avec le microstock ?
Dans l’enthousiasme de pouvoir gratuitement afficher vos photos, ne vous livrez-vous pas pieds et poings liés au microstock ?
La fronde des photographes
D’une manière générale, les photographes professionnels n’aiment guère les microstocks.
Un exemple ?
Lisez cette page de Cédric Girard.
Un autre exemple critique chez Elle est fraîche ma photo, elle est pas chère (chez Lumière de lune).
Le fond du problème, c’est que les microstocks prennent une part grandissante du marché.
Et que les prix qu’ils pratiquent dévalorisent de fait le métier.
C’est exactement la même problématique que celle qui oppose les blogueurs aux journalistes.
Ce sont les rares secteurs où joue réellement la loi de l’offre et de la demande.
Si la production est nombreuse, sa valeur chute.
Les peintres aussi ont ce genre de souci depuis que les retraités se sont mis en masse à la peinture et bradent les prix.
Le client est content d’avoir pour pas cher un paysage en vraie huile sur vraie toile à accrocher dans son vrai salon et de toute façon il n’aurait pu s’offrir un Vermeer.
Le vrai peintre, hé bien il rame à moins d’être bien coaché.
Les photographes professionnels doivent-ils craindre l’éviction ou la ruine ?
Clairement : non.
Pas ceux qui sont connus ou qui occupent une microniche.
Pas les artistes.
Pas les spécialistes.
Pas ceux dont le nom figure sur une liste de fournisseurs possibles d’une industrie ou l’autre.
Tous ceux-là conserveront leur art et leur maîtrise et la rentabilité qui s’ensuit.
Bien sûr, certains créneaux se réduisent, par exemple on voit depuis quelques années de plus en plus de couvertures de livres tirées de microstocks.
Chaque producteur de n’importe quoi cherche à réduire les coûts pour optimiser les profits.
Mais c’est une problématique globale et il n’y a pas de raison pour charger les microstocks de tous les péchés du monde.
Je n’imagine pas un publiciste puiser dans les microstocks pour ses affiches d’abribus.
Par contre, il pourra peut-être y découvrir une nouvelle patte, qui sait ?
Il n’y a pas seulement du médiocre, sur les microstocks.
Les microstocks existent, ils fonctionnent sans souci dans l’immense majorité des cas à la satisfaction des déposants comme des acheteurs.
Ils donnent satisfaction aux besoins les plus courants en illustration non créative et non personnalisée.
Les meilleurs font un travail qui tend à rejoindre celui d’une véritable agence, certains présentent un contenu éditorial.
Ceux-là devraient finir par s’imposer comme intermédiaires responsables et sans doute indispensables, à condition de présenter des contrats équitables.
7 mai 2008 à 21:18
[…] Chez SEO berSZerkers, Microstocks, choisir le bon […]
7 mai 2008 à 21:22
Je suis tout à fait d’accord avec toi - comme souvent - les micro-stocks ne “tuent” pas le marché de la photographie, ils le font évoluer… à partir du moment où ils restent dans le cadre légal.
En tant que photographe, je ne me sens pas menacée par eux. Je conseille même à mes clients d’y recourir pour des photos d’illustrations générales, et comme ça nous avons plus de budget pour le reste, pour ce qui reste spécifique.
8 mai 2008 à 11:42
@ Lumiere de Lune
Cette attitude positive et réaliste peut effectivement servir à la fois les intérêts du client et ceux du photographe.
Certains rétorqueront que le prix qu’ils demandent pour les images “faciles” leur permet de diminuer les tarifs du spécifique.
Au fond, c’est une question de ventilation du budget et d’emploi du temps. Un photographe préférera prendre le temps de peaufiner une image difficile plutôt que risquer de la bâcler parce qu’il en a dix autres, banales mais chronovores, à réaliser pour le même contrat.
Du coup, les photos importantes devraient être meilleures et cela grâce aux microstocks considérés comme une sous-traitance pour les images utilitaires.
Je pense sincèrement qu’il faut laisser mûrir le concept et ne pas s’affoler : l’essentiel reste de pouvoir justifier un budget.
—
Je me permets de signaler ta compilation de liens utiles pour comprendre la problématique dans sa globalité.
18 octobre 2008 à 10:45
Bonjour
Je ne suis “plus” si sûr que les microstocks ne fassent pas plus de mal à la profession, quand on voit que certains acteurs de la presse magazine utilisent désormais pour plus de moitié de leurs illustrations des “entreprises” (j’ai du mal à les qualifier ainsi…) comme Fotolia.
On n’est donc plus dans un phénomène de “niche” où seules les images de jeunes cadres dynamiques aux dents blanches sont utilisées pour alimenter les sites webs, mais bel et bien dans une nouvelle ère, celle de la grande braderie aux images !
On m’a aussi signalé qu’une très célèbre association de protection de la nature utilisait des photos issues de ce même microstock dans son dernier catalogue… alors même que des DIZAINES de photographes pros contribuent GRATUITEMENT à leur fournir des images ! J’attends d’en savoir plus pour pousser ma gueulante, étant membre actif de cette association…
Un avantage reste cependant aux agences traditionnelles et aux photographes professionnels : la QUALITÉ. Oh je ne parle pas forcément de la qualité des images, mais de la qualité de l’indexation et de la documentation de ces dernières ! Recherchez donc “rouge gorge” dans Fotolia, vous comprendrez