Grillade de SEO à l’huile de Presse (première pression à froid)

C’est samedi, il fait beau, le grill d’extérieur frétille d’impatience, les entrecôtes se parent d’épices rustiques, les bouteilles sont au frais.

C’est un jour idéal pour s’adonner à la philosophie sur pelouse, un sport qui s’apparente au badmington : on lance une idée ronde qui a une petite jupe en plastique et quelqu’un d’autre essaie de vous la renvoyer.

Ça vous tente ?
(Note : Et oui, ce billet concerne hier mais j’avais autre chose à faire que le mettre en ligne).

Parmi les invités de ma mère qui portent l’obligatoire chapeau de paille, il se trouve cette fois un journaliste.
Un vrai, sa carte il ne l’a pas trouvée dans un paquet de lessive 2.0.
Il est à moitié jeune dirai-je poliment, il a beaucoup bossé et pour le moment il dirige la rédaction d’un organe de presse bien connu.
Rajouter “dans son pays” me souffle l’oreillette et c’est vrai que hors de France, nope, nada à part quelques branchés.

Moi, les journalistes déplumés, ce n’est pas ma tasse de thé.
Surtout quand on me demande de répondre à cette épineuse question :

Quel avenir pour les médias en ligne ?

C’est marrant cette interrogation.
Mes invités me fichent la paix, en général.
Par exemple, en août, au moment des pluies d’astéroïdes, mes astronomes ne me demandent pas ce qu’ils vont devenir quand Google aura répertorié chaque molécule de l’univers entier.
Ils savent que je n’ai pas la réponse mais surtout ils n’ont pas de souci alimentaire, voilà ce qu’il y a.

Le journaliste, oui.
L’angoisse du frigo vide, du réservoir de voiture qui sonne creux, de la tirelire éventrée …
Dumas a vécu ça, ça le stimulait de voir les huissiers à sa porte.
D’accord, c’est d’un réconfort tout relatif de le savoir :)

Et en plus ce journaliste s’imagine que j’aurai une réponse, c’est assez dire qu’il se sent désorienté.
Parce que bon, il pourrait poser la question à son boulanger, la valeur de l’expertise serait la même.
Mais peut-être qu’il l’a fait et qu’il a besoin d’un second avis de quelqu’un qui n’y connaît rien ?

Par pure politesse, je vais répondre à cette question existentielle mais comme d’habitude il va falloir supporter mes digressions.

Digression une

Mes billets ne sont pas pertinents, ils ne se limitent pas à un sujet précis et ils sont trop longs.
Exemple d’un billet pertinent :

Sombre avenir pour les médias sur le Web ?
(C’est le titre).

Le billet :

“Selon Raoul Dugranchieng porte-parole de BoarfPress qui signe un article C’est fichu, quittons ce rafiot pourri [URL], le compte à rebours serait enclenché pour l’anéantissement de la presse traditionnelle.
L’article de Michael Roensdorf (US MaidyaPets) confirme la tendance léthale Mayday ! Our wings are broken [URL].

Szarah, l’anarchiste de salon des berSZerkers, signale cependant que la crise de la presse ne date pas de l’ère Internet et que des aides publiques étaient déjà réclamées il y a plus de vingt ans [URL].
A cette époque, la menace venait de la publicité à la télévision et à la radio.

La presse entretiendrait-elle une geignardise lancinante pour obtenir des subsides ?
Les grands groupes privés qui la détiennent voudraient-ils de l’argent public au titre de la nécessaire survivance d’une pluralité dont la réalité devient de plus en plus douteuse ?
Ou faudrait-il voir dans l’interminable déclin de la presse une inadaptation chronique aux progrès de la communication ?

[URL]
(Fin du billet).

Bon, ça vaut ce que ça vaut mais c’est “bon” : peu de mots, un sujet précis et des références.
Exactement ce que je suis incapable de faire :)

Digression deux et réponse à la question

Ces derniers temps, disons depuis deux ans, je lis une immense confusion sur l’avenir du Web.
Pour vulgariser, on pourrait résumer assez clairement les obédiences.

Les hégémoniaques
Oui, c’est “hégémonistes” mais je préfère le “-niaques” comme dans “maniaques”, c’est un choix politique.
DONC : il y a ceux qui rêvent de transformer chaque PC en terminal de leur système tentaculaire.
Dans ce système, chaque contenu doit être unique.
Notez bien : chaque contenu doit être unique.
Si un site disparaît, son contenu disparaît aussi, il est perdu pour l’ensemble de la communauté.
Vous connaissez bien les tenants de cette option.

Les libertaires
Il y a ceux qui veulent que chaque PC devienne un serveur.
Dans ce système, chaque “contenu” peut exister en de très nombreux exemplaires.
Si une des sources disparaît, le “contenu” reste disponible pour l’ensemble de la communauté.
Personne n’a de bouton on/off à pousser, il n’y a pas de Maître du Contenu.
C’est hachement emmiellant pour les hégémoniaques :)

Corollaire : la propriété d’un contenu devient difficile à gérer.

Mémoire volatile et fragile d’un côté, et de l’autre … quoi ?
Une inaltérable mémoire collective.

Les voilà, les deux perspectives du Web de demain.

Ceci posé, est-il possible de conjuguer les deux systèmes ?
En réalité, c’est en route.

Beaucoup de sites gagnent de l’argent en répercutant l’actualité brute : faits, dates, chiffres.
On se retrouve ainsi avec des milliers de communiqués rémunérateurs basés sur une même actualité.
Le décès d’un animateur, le rachat d’une entreprise par une autre, un grand procès …
Répéter l’actualité, ça rapporte.

Tout le monde y pense, les hommes, les anges les vautours …
C’est du Cabrel mais à propos de l’amour, rien à voir. direz-vous.
Pas certaine que la chanson ne soit pas exactement adaptée au billet retour que chacun attend.
Relisez le poème !

Les sites d’actualités générales foisonnent et la concurrence est forte.
Des portails sélectionnent les sources qui leur paraissent les meilleures : ils trient les sources et ce faisant ils gagnent de l’argent.
Mais la structure s’arrête là : il n’y a pas de portail renvoyant à des portails.
Cette tâche est dévolue aux moteurs de recherche.

L’info, on la consomme autrement.
Avant, on portait son Marianne sous le bras, on dépliait son Monde Diplomatique ou son Figaro … on savait quel organe on lisait.
Aujourd’hui, on passe sur GG-News et on pioche selon les titres qui accrochent.
Entre parenthèses, j’ai observé qu’un même article à peine modifié pouvait dans l’espace de la même journée changer de titre : bingo pour l’audience.

Mais le résultat de l’utilisation des portails, c’est que le média n’est plus identifié.
On lit une revue de presse et c’est tout.
Les médias y perdent leur personnalité.
Et nous voilà à ma réponse au pote journaliste ami-de-ma-mère.

L’urgente nécessité d’une spécialisation thématique commence (depuis deux ans) à affleurer le cortex de la presse.
Il faut dire que la presse est dure à la détente parce qu’il y a bien plus longtemps qu’en SEO on conseille aux sites de se spécialiser.
Les médias généralistes vont devoir se moléculariser en médias spécialisés qui donneront plus et mieux que les données brutes : de l’analyse basée sur de la documentation, sur de la culture et sur de l’intelligence.
Sur de l’humain, pas sur des automatismes mécaniques.

Môdieu ! Serait-ce le retour du vrai journalisme ?
On peut l’espérer puisque la survie financière des organes de presse en dépend.

Vous aurez remarqué que dans analyse et documentation il n’est pas question d’opinions.
Les opinions, on peut continuer à les demander aux lecteurs via les gadgets du Web 2.0.

On peut même envisager le retour en force du journalisme d’opinion et de la presse politiquement sexuée.
Il en reste encore assez sur le marché pour ensemencer l’avenir.

Dans ces conditions, chaque source sera à nouveau unique, même si elle traite d’une actualité largement connue.

Le destin de la presse étant ainsi déterminé, revenons à mes moutons : la structure même du Web.

Digression trois

Sur ma clé USB de 8 GO (payée 29 €), j’ai quantité d’applications portables.

Ces applications fonctionnent en autosuffisance, elles n’ont nul besoin de fichiers disséminés sur le PC, .dll ou autres librairies qui, absentes, les empêcheraient de fonctionner.

Je trouve un PC quelconque, j’y branche ma clé et sans rien à devoir installer l’ensemble devient provisoirement mon système.
C’est ma clé-à-outils.

Depuis plus de deux ans, sur la même clé si je veux, je peux embarquer un système qui transforme n’importe quel hôte en serveur.

Un jour, bientôt, grâce à Java, on ira encore plus loin : la clé contiendra un OS (un OS en Java, oui) et la machine d’accueil ne sera plus qu’un périphérique de mon système.
Peu importera la plateforme-hôte.

Je ne vous cite aucune référence : tout cela évolue tellement vite que les noms importent peu, ce sont les principes qui comptent.
Et peut-être ceci : c’est gratuit.

Cela signifie que la révolution cognitive attendue du Web nécessite un bouleversement de la structure disons synaptique du réseau.
La “vieille” structure défendue par ses gestionnaires se contente d’offrir aux internautes des lieux de rassemblement.

Tout cela, nos politiques n’en ont pas la moindre connaissance.
Et un certain nombre de chroniqueurs non plus.

Et voilà (détail de l’actualité) que les autorités songent à pénaliser les copilleurs par la fermeture de leur accès à l’Internet.
Qu’on me comprenne bien : j’approuve que les copilleurs (je définirai ce néologisme quand j’aurai le temps) soient punis puisqu’ils enfreignent la loi.
Mais l’arsenal répressif me paraît suffisant.
Ce serait un précédent très grave qu’une loi autorise la coupure d’un service devenu aussi indispensable que l’eau, le gaz, l’électricité ou le téléphone pour autre chose que le défaut de paiement.
Parce que le lendemain, vous pourriez bien vous retrouver privé d’Internet pour quantité d’autres motifs.

Et transformer les providers en kapos, c’est une régression aussi.

La technique est déjà prête et opérationnelle pour qu’on puisse se passer d’une connexion personnelle.
Autrement dit : le système de répression envisagé est déjà dépassé.

Cela, c’est du côté des nantis qui songent à protéger leurs privilèges.
De l’autre côté, il y a les philosophes du Web qui ne savent pas encore trop bien quel système défendre parmi les deux exposés plus haut.
Ils se tâtent, ils ergotent, ils réfléchissent mais surtout ils refusent de voir où conduit leur passion de liberté.

Ceux qui s’imaginent que le Web va s’auto-réguler ne sont pas les mêmes qui ont cru à une auto-régulation de l’économie.

Ce sont des gentils, ils veulent simplement, sans même le réaliser, que la même liberté s’applique aux internautes que celle qui a présidé à la faillite des banques (qui doivent être nationalisées un peu partout, sous couvert d’astuces pour ne pas le dire).
L’irresponsabilité générale, voilà ce qu’ils veulent.
Pas seulement pour le capital mais pour eux aussi.
Ils ne se l’avouent même pas.

Ça se défend, pourtant.
Mais ils feraient bien de ne pas se cacher derrière des utopies et de grandes théories.
Ni derrière des noms pompeux venus d’ailleurs : cloud-computing, mesh-networking, dispersed-storage … qui ne font rien de plus que décrire un Web molécularisé.

Qu’ils disent donc franchement, qu’ils sont ultra-libéraux :

“On veut spolier les auteurs et avoir toute liberté en toute irresponsabilité”.

En fait, leur “alternative” n’est qu’une généralisation des moeurs qu’ils critiquent par ailleurs.

En France les choses ont le mérite d’être claires : on s’auto-flagelle.
On dit que les politiques n’ont rien compris, que les juges non plus, que ceux qui sont clairvoyants parmi les capitaines d’industrie sont bridés.
On s’imagine encore que l’avenir est aux réseaux sociaux alors que ces plateformes sont en train de s’effondrer sous le poids de l’ennui.
Et aussi parce que le modèle de profilage de la population de ces lieux ressemble trop au système de gouvernance des Etats.

Il y a un créneau pour un billet Lessivez votre identité numérique :)

C’est vieux, tout ça.
Pas post-hype du tout : carrément ringard à l’ancienne.

Qu’ils commencent donc chaque explication de leurs alternatives avec une réponse claire à la question :

Comment rétribuer les auteurs ?

Jusque là, je ne lis qu’une seule réponse : mendicité par “donate” et partage des revenus publicitaires des plateformes communautaires.

C’est se moquer des artistes comme des auteurs de contenus en général.

Tant que cette question n’aura pas été résolue par les alternatifs, le système traditionnel restera légitimement en place.

Nous pouvons faire autant d’outils merveilleux que nous le voulons, ils ne sont rien sans contenu à traiter.
Le bavardage des internautes est considéré comme un contenu.
L’opinion publique est rentabilisée, c’est magique :)

Ce contenu créé par la collectivité est exploité par ceux qui gèrent l’outil.
La collectivité est d’accord et ne se sent pas exploitée : heu-reu-se.

Les bavardages des forums et des plateformes communautaires ne suffiront pas éternellement, comme “contenu”.
Il faut autre chose : du texte, des images, des vidéos, de la musique, des logiciels.
Et il faut financer cette production.
Les internautes, avides de s’exhiber et d’obtenir un billet retour de reconnaissance, partagent volontiers leurs oeuvres.

Il arrivera bien un moment où ils se rendront compte qu’ils sont exploités.
Que ce qu’ils reçoivent du partage de la publicité, c’est seulement des miettes.
Qu’eux-mêmes, les internautes, constituent une sorte de matière première.

Un jour, bientôt sans doute, on parlera des maquereaux du Web.

[ Fin de la troisième digression ]

Et fin du billet.
Logiquement, les commentaires devraient concerner ce qui se trouve en bas, les maquereaux du Web.
Billet trop long, contenu trop diversifié, mauvaise pertinence !

Mais quelle intelligence !
(Merci Maman)

En fait, je voudrais une réponse rapide à la question qui suit.
Je viens de recevoir un arbrisseau (en pot), il s’agit d’un Pachira, “châtaignier de Guinée”, de la famille paraît-il des baobabs.
Je voudrais savoir si cette petite merveille peut être plantée à l’extérieur à la latitude approximative de Paris.
C’est bien un cadeau de journaliste, ça : pas de mode d’emploi !
Merci d’avance.


Allez hop, Neil Young 1993 Keep on rocking in the free world.

6 réponses à “Grillade de SEO à l’huile de Presse (première pression à froid)”

  1. SZarah dit :

    Déjà, un lecteur attentif mais qui préfère le mail me signale que le Pachira n’est pas le “châtaignier de Guinée” mais “de Guyane”.
    Peu importe : de Guinée ou de Guyane, il comprend le français.
    On progresse :)

  2. julien dit :

    Szarah elle a pas peur de demander aux journalistes de se “spécialiser”, de se “professionnaliser”. Mouarf, elle ne doute de rien la guêpe ;-)

    Non je suis méchant mais certains journalistes font encore correctement leur métier. Mais on ne leur laisse pas la parole devant la populace. Faudrait pas non plus qu’ils disent des “conneries” (comprendre: expliquent les tenants et aboutissants, la thèse et l’anti thèse, et démontrent objectivement les intérêts derrière chaque action).

    Alors ils s’exilent sur le net. Journalisme citoyen, Mediapart ou autres initiatives… mais comme tu le soulignes, survient bien au bout d’un moment d’utopie la problématique du financement.

    Nan fanchement, plus je réfléchis, plus je me dis que le Net est fait pour être gratuit. Pour tout, sans complexe. Il faudrait trouver une sorte de licence globale, un genre d’abonnement qui finance la totalité des hébergements sur la toile… et après c’est open bar.

    De toute façon je le répéterai inlassablement, quelqu’un qui télécharge (ou qui consomme du journalisme “gratuit”), est quelqu’un qui QUOI QU’IL ARRIVE, n’avait pas l’intention d’acheter à la base!

    Sinon, tu avais “sous la main” un journaliste? Mais moi je l’aurais harcelé de questions, ça aurait été bien drôle: “Sinon tes marges de manoeuvre c’est quoi?” “Ça fait quoi de faire l’opinion public?” “Comment tu vis le journalisme de faits divers?” “Pour bosser avec si peu d’éthique, c’est pas plus rentable de vendre des armes?”…

    On se marrerait bien :-D

  3. st-antigone dit :

    Désolé, j’ai pas trop le temps de tout lire en détail,
    mais il y a truc que j’ai chopé et avec lequel je suis d’accord …

    Il faudra un jour faire du contenu, allez je donne l’exemple …

    Non copier c’est vraiment plus confortable, ou critiquer les copistes … Imaginer que je tombe sur un original, l’horreur il risque de ne pas être comme moi ! l’angoisse totale !

  4. chiendent dit :

    J’attendrai bien la deuxième pression à chaud mais ce n’est pas bon pour l’huile, par analogie, je ne sais pas si c’est bon pour un article.

    Une première chose : avec le web, on partage mais ce n’est pas une raison pour voler, pour exploiter, pour censurer… L’information, l’expression artistique est fondamentalement un don aux autres. Le web permet de le faire gratuitement sans y perdre trop de plumes, si cela devait changer, adieu le web!

  5. SZarah dit :

    Ah mais puisque tu m’y incites si gentiment, Chiendent, je vais passer une nouvelle couche de droits d’auteur, pas plus tard qu’aujourd’hui.
    Il est grand temps de dévoiler ce qui se trame dans l’ombre :)

  6. SEO berSZerkers » Blog Archive » Une excursion chez AdScriptor dit :

    […] Ouaip ! C’est scandaleux ! Mais j’ai déjà donné dans ce billet : Un jour, bientôt sans doute, on parlera des maquereaux du Web. […]

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