Une excursion chez AdScriptor
Monsieur Jean-Marie Le Ray m’ayant fait l’honneur de me citer dans son billet Aux critiques ronchons du Web 2.0, j’ai longuement hésité.
Car voilà que je me découvre Critique ronchonne du Web 2.0.
Désolée, mais ma carte de visite est déjà saturée, je dois décliner cet honneur.
Pour Critique ronchonne tout court, c’est possible.
Mais “du Web 2.0″, pas question !
On est sensible de la particule, dans ma tribu.
Il fallait donc que j’y aille d’un commentaire.
Pas nécessairement cinglant.
Mais Grouchy Szarah, ça va pas, rapport à Waterloo.
Fallait-il que je réponde par un commentaire sur le blog AdScriptor ou valait-il mieux que je m’exprime ici ?
Ma réponse sera lue ici par mes fidèles lecteurs (vous êtes passés de trois à cinq, les gars !) dont deux au moins iront lire le billet de monsieur Le Ray.
Une partie de mon lectorat sera donc envoyé chez AdScriptor et le mettra en “favoris” : c’est une adresse parmi les meilleures qui soient.
Ce sera un raid des Technos et des Artistes chez le Philosophe.
Cassez rien là-bas, surtout ! C’est un de mes blogs préférés.
Une prochaine fois, je vous convierai à une excursion autre part, il faut savoir sortir du référencement.
Voyons donc cette réponse.
1. . Le nivellement par le bas
Pour ma part, je n’ai pas écrit “par le bas”.
J’ai écrit
Le web 2.0 ne détruit pas la culture, il la nivelle au niveau mondial.
Niveler (j’y ai mis deux “l” chez AdScriptor pour prendre de l’altitude), c’est mettre à niveau, c’est un boulot pour les pelleteuses et les autres engins de chantier.
Mais on peut choisir de niveler plus haut que le point le plus bas ou que l’altitude moyenne.
Dans ce cas, il faut ajouter de la matière. Quand on nivele par le bas, il faut en évacuer.
Et il se trouve que le Web communautaire tend à niveler par le haut.
Pas tellement dans les sujets qu’il traite mais certainement par le moyen qu’il privilégie : le texte.
L’un des impacts les plus remarquables à mettre à l’actif du Web 2.0 est d’avoir incité à l’écriture et à la lecture un nombre incalculable d’internautes.
Nous savons que le texte est un moyen extraordinaire pour structurer la pensée et pour communiquer le savoir comme les idées.
Logiquement, l’internaute devrait finalement devenir plus conscient, plus éveillé que le citoyen d’avant l’Internet.
C’est une question de temps mais le monde devrait s’en porter mieux.
Le Web communautaire est donc civilisateur.
Je rôde depuis assez longtemps sur le Web pour pouvoir affirmer qu’il engendre des progrès rapides dans les compétences d’expression … de ceux qui sont doués et qui s’accrochent comme de ceux qui sont moins doués mais qui acceptent les critiques et qui veulent bien transpirer.
Nivellement par le bas dans l’expression ? Certainement pas !
Et concernant les contenus ?
Mes lecteurs sont principalement des Technos.
Ils savent que leurs contenus doivent être à la fois pertinents et structurés.
Même les contenus futiles, ils les organisent de manière à les rendre intéressants.
Leur succès en dépend.
En conséquence, les Technos s’informent, se documentent, enrichissent sans cesse leurs pages.
C’est un nivellement par le haut.barre
2. “Le Web, c’est l’Encyclopédie à l’énième puissance presque trois siècles plus tard … “
C’est bien ce qui m’inquiète.
Il s’est trouvé que l’Encyclopédie était porteuse de valeurs humanistes et que ça tombait bien : nous en avions besoin pour justifier les fastes des Lumières (un immense marché économique).
Le Web peut-il ouvrir vers des Lumières universelles ?
J’en doute : auparavant et comme condition sine qua non, il faudrait une rinascità (une Renaissance) et tout indique qu’il n’y en a pas.
Question : Quelles valeurs porte le Web ?
3. Les services offerts gratuitement par GG (longue liste) et le profilage.
Ces services vous transforment en satellite de la machine, ni plus ni moins.
Vous lui livrez tout : votre identité, vos habitudes de consommation, vos projets …
Les banques pouvaient déjà vous profiler, vous pister pas à pas depuis la grande surface jusqu’au point de ravitaillement de votre véhicule et à la destination de vos vacances (entre autres).
Ici, la Machine va plus loin, elle vous profile même hors votre CB.
Monsieur Le Ray dit que ça ne le dérange pas.
Et il a raison : vous connaissant mieux, la machine peut vous servir mieux.
La gratuité ?
Toute assuétude programmée passe par la gratuité, garante de succès (Pedro, de Bogota).
On n’attrape pas les mouches avec du vinaigre et tout ce genre de choses.
On l’a dit cent fois déjà : un bon majordome vous évite les dépenses inutiles et les pertes de temps, il sait mieux que vous ce qui vous convient.
La Machine promet de faire de chacun un gentilhomme délivré des astreintes du quotidien.
Question : Etes-vous certain qu’à terme la Machine ne sera pas capable, en vous envoyant des stimuli précis, de vous télécommander ?
Pour votre bien, évidemment, ne voyons pas le mal partout.
Il existe un risque réel de manipulation du libre arbitre (déjà très relatif) pour faire de chacun un consommateur idéal et heureux.
4. L’action concertée de certains blogueurs.
Un des problèmes que le blogueur rencontre, c’est de se faire rapidement et abusivement cataloguer.
Les électrons libres dérangent, on préfère les rassembler sous des étiquettes rassurantes.
Si c’est classé, c’est contrôlé
.
Il n’y a rien d’étonnant à ce que des blogueurs de même niveau d’éveil traitent les mêmes sujets en même temps.
Cela n’implique pas la concertation.
Perso, je n’ai besoin d’aucune influence pour mettre le feu aux idées reçues et aux comportements moutonniers.
Mais il m’arrive parfois de rebondir, comme ici, sur l’article d’un blogueur.
Et j’évite soigneusement tout buzz concernant les personnes.
5. L’exploitation des communautés Web 2.0 par les gestionnaires.
Ouaip ! C’est scandaleux !
Mais j’ai déjà donné dans ce billet :
Un jour, bientôt sans doute, on parlera des maquereaux du Web.
En même temps, peut-être que je dis ça parce que je suis jalouse de ne pas avoir réalisé une plateforme massivement rémunératrice.
Quoique …
6. Le modèle économique.
Une partie du Web 2.0 fonctionne au nitrométhane virtuel : la publicité.
C’est un Web qui n’existerait pas sans financement.
Il est possible qu’une récession vienne tarir ses sources financières.
C’est peu probable.
L’inertie aidant de même que le réflexe d’investir plus quand ça va mal, rien ne devrait casser avant deux ans (et oui, c’est une conjecture de ma boule de cristal 2.0).
Et d’ici là les indicateurs économiques peuvent se redresser (j’ai mis un cierge perpétuel à Sainte Rita, pour ça).
Mais même si ce Web 2.0 devait disparaître, il resterait l’autre, le gratuit.
Celui des passionnés, celui de la Wikipedia (comment ça “Argl” ?), il resterait les blogs qui aujourd’hui n’ont pas besoin d’être monétisés.
Le Web 2.0 ne s’arrêterait pas faute de finances.
C’est optimiste de dire ça, non ? ![]()
Et justement, monsieur Le Ray fustige le pessimisme de certains blogueurs.
7. Le pessimisme et l’amertume.
On a le choix : admirer béatement et se complaire dans la consommation, ou bien exercer son esprit critique.
La critique sert objectivement à renforcer la Machine.
Les critiques sont donc indispensables pour le progrès.
La critique est un acte positif pour lequel nous ne sommes pas assez payés
Le pessimisme …
Admirer le démarrage d’une belle voiture est une chose.
Constater qu’elle n’a ni direction ni freins et qu’il y a un mur en face, et le dire, est-ce du pessimisme ?
Question : Les critiques les plus pessimistes font-elles un contrepoids suffisant à l’enthousiasme servile de la foule ?
Quant à l’amertume …
Je n’ai pas ça en stock.
Du cynisme, du sarcasme, de l’humour rose et noir, sinon rien.
Tout de même oui, un peu.
Le Web pouvait prendre d’autres directions que l’autoroute vers l’enfer de la publicité.
Les montants gaspillés pour seulement faire de l’argent auraient pu être investis autrement.
Le Web retombera sur ses pieds, pas de souci, mais nous aurons perdu dix années à faire fonctionner les machines à sous.
Et dix ans, c’est une génération sacrifiée.
8. Ronchonne, moi ?
Bougonne, grincheuse, grognonne, râleuse, ronchonneuse, rouspéteuse ?
Seulement entre 8:00 et 8:10, le temps de lire AdScriptor !
13 mai 2008 à 20:02
Salut Sarah,
Il faut noter que le nivellement par le haut peut aussi être l’occasion d’une fracture, car il faut rappeler que seul 1% des internautes sont considérés comme actifs dans le Web 2.0. Que font les autres ?
14 mai 2008 à 9:06
C’est intéressant comme information Par “actifs” tu entends ceux qui gèrent et ceux qui postent ou seulement ceux qui gèrent (”webmasters, modos, …”, en gros) ?
14 mai 2008 à 11:57
Tout ça pour me faire regarder la question quand du l ou du deux l dans les diverses formes de nivellement.
Je nivelle,…, nous nivelons, vous nivelez… Je sais ma mère disais “ça s’entend à l’oreille” eh oui, on nivelait par le haut dans les écoles autrefois. Quand au web, 2.0 ou pas, il nivelle l’orthographe par le bas ou par le haut, je n’en sais rien ? SZarah, tu es optimiste ! Il y a plein de forums et de blogs où l’orthographe et l’expression des interventions restent déplorables et je ne me sens pas toute blanche à ce sujet.
Le nivellement par le haut ou par le bas dépend du choix de ses lectures et de ses “activités” car n’oublions pas l’internaute “actif” fait quand même un choix que diantre!
17 mai 2008 à 0:27
“modos en gros”
“grosso-modo”
Mais que sont-ce que ces préjugés que l’on lit de partout sur les modérateurs ?