Bonnes pages pour un crowdsourcing de plage
Via JM Le Ray de AdScriptor, qui aurait bien plus de BL si les URL de ses pages étaient directement lisibles dans la barre d’adresse et voilà que je digresse d’entrée de jeu, stop je reprends.
Grâce au trépidant Jean-Marie donc, je suis un jour arrivée sur le site Novovision de Narvic, l’intelligence du propos était au rendez-vous et j’ai bookmarqué.
C’est la magie du Web : de lien en lien, on finit par découvrir des auteurs qui plaisent.
AdScriptor constitue un centre de dispatching essentiel, le site foisonne de sources, chaque article est une mine de liens à donner le tournis, pour un peu on se croirait sur la Wikipedia mais c’est bien, tout est sourcé et l’opinion du chroniqueur est étayée par quantité de références justificatives ou explicatives.
Pas étonnant qu’il soit influent, ce blog.
C’est la juste punition pour un travail bien fait.
Bref.
Ce matin, j’ouvre donc AdScriptor pour lire Le crowdsourcing, ou la contribution communautaire.
Crowdsourcing dis donc, voilà le nouveau mot que je vais pouvoir placer dans la conversation.
Pour monsieur Le Ray, et je suis d’accord, il s’agit d’une
(…) “contribution communautaire”, vue comme apport de contenu volontaire, plus ou moins gratuit ou intéressé (…)
La question reste de savoir comment utiliser le mot.
Tu en es où de ton crowdsourcing ?
Tu pratiques le crowdsourcing combien de fois par semaine ?
T’as vu comme il crowdsource des biceps, celui-là ?
On voit bien que c’est inapproprié.
Joli mot difficile à utiliser hors contexte, comme tous les jargons et là, c’est même un slang infâme venu d’ailleurs.
Mais il y a moyen d’en tirer profit, certainement.
Ce site fonctionne uniquement par crowdsourcing
Déjà mieux.
Il faut mettre le paquet sur le crowdsourcing
Nickel !
Enfin-bon, dans l’article de AdScriptor je trouve un renvoi vers l’analyse que Narvic a faite d’une traduction d’un gourou américain de l’économie du Web : La sagesse des foules.
D’ordinaire, j’aime bien les analyses de Narvic.
Et me voilà ennuyée parce que je réagirais volontiers en commentaire sur les deux sites, AdScriptor (qui continue à me cacher le captcha de validation sous IE) comme sur Novovision mais ce serait pour y exprimer exactement la même chose.
Mais il est mal élevé d’aller chez les gens pour dire qu’on n’est pas d’accord avec eux.
L’analyse du bréviaire de Surowiecki par Narvic a tout pour passionner et un de ses mérites est de rendre inutile la lecture de l’ouvrage.
Je le lirai pourtant, parce que j’ai été élevée dans la ferme croyance qu’il ne faut pas balayer d’un revers de main les croyances des autres même celle qui prétend que la réussite d’un seul individu finit par profiter à la communauté (s’il ne passe pas ses liens en nofollow) et que Narvic semble considérer cela comme une mystification.
Je cite Narvic :
Cette nouvelle version de la défense du capitalisme le plus débridé, censé assurer le bonheur social par l’épanouissement sans contrainte des égoïsmes individuels, frise bel et bien… la mystification.
C’est possible, c’est vrai que c’est déplaisant comme c’est présenté là, j’y reviendrai quand j’aurai lu.
La question est cependant moins de constater l’émergence d’une simili “intelligence collective” que de trouver les moyens de l’exploiter à chaque étape de son évolution.
C’est le cœur du problème : comment récupérer la production du troupeau ?
Comment orienter cette production ?
Comment rentabiliser le mouvement brownien de chaque individu dans le fluide du Web 2.0 ?
Rentabiliser le flux lui-même, c’est fait : Google y a réussi magistralement.
Reste à “rentabiliser” l’ensemble pour chaque molécule, à donner à chacune des fourmis un peu de quelque chose qui s’apparente à la sécurité et au plaisir (n’allons pas jusqu’au bonheur, c’est passé de mode).
Ces questions intéressent les économistes, les politiques, les sociologues, les philosophes.
Mais la foule n’est pas dans l’attente du résultat des travaux de ces spécialistes à la vision biseautée qui cherchent des explications et des méthodes d’exploitation.
Elle bosse, la foule, et elle y trouve son compte (sauf les râleurs).
La foule est déjà à l’œuvre, songez à la Wikipedia : 350.000 contributeurs et entre 8 et 10 % du trafic mondial de l’Internet (source Alexa).
Ce serait une erreur d’y voir une manifestation d’une facette collaborative qui serait opposée à la facette agrégative.
Parce que cette foule ne crée rien, elle ne fait rien de plus qu’amasser des savoirs.
Et elle amasse par collaboration.
C’est de l’agrégation collaborative
Un petit nombre (350.000 individus sur les 6 milliards que compte la planète, ça doit faire dans les 0,0058 % de la population) construit pour le bien de tous ![]()
Et en s’appropriant les savoirs, faut-il rappeler la carence de références et les liens qui sortent en nofollow ?
Un seul (statistiquement, on peut le dire) réussit (8 à 10 % de l’audience mondiale du Web) au bénéfice de tous.
Il est donc d’ores et déjà vérifié qu’un égoïsme collectif (notion inconnue des penseurs, analystes et exégètes du Web) peut profiter à l’ensemble (en 171 langues).
La cause est donc entendue.
Reste à savoir, juste par curiosité,
Et là, vous allez bondir
Elle amasse pour une seule raison : la raison qu’un outil existe qui rend la chose possible.
Il n’y a là ni intelligence collective ni somme des égoïsmes particuliers transcendés en construction bénéfique.
C’est seulement une conséquence somme toute banale et inévitable de l’existence d’un outil : le Wiki.
Vous êtes tous dans l’erreur, les ptiloups ![]()
(Je peux y aller gaiement, d’abord personne ne me prend assez au sérieux pour me répondre et ensuite c’est dimanche : Trève de Dieu !)
Fournissez l’outil, quelque chose se passera.
La création est là et seulement là : dans l’outil.
Le reste, ce qui s’ensuit, est une question d’orientation, de manipulation et de récupération : du banal, de l’ordinaire, du déjà vu bien maîtrisé.
Et la sagesse des foules n’existe pas plus que leur intelligence, cette sagesse n’est qu’un consensus mou fondé sur le plus petit dénominateur commun supportable.
On constate cette sagesse, on la mesure, on la critique mais on ne la construit pas.
La sagesse est un résultat, pas un objectif.
Je sais bien que c’est difficile à comprendre : aujourd’hui encore, certains bossent leur référencement pour augmenter leur PR ![]()
C’est pareil.
Nous sommes ce que les outils nous permettent d’être.
L’égrégore qu’est la foule ressemble aux outils qui lui permettent d’exister.
Il va là où les outils le conduisent, il n’a pas le choix.
Il va pour quoi faire ?
Pour amasser, d’une manière ou d’une autre, et peu importe que ce soit pour l’humanité ou pour un intérêt personnel.
La foule fait des tas, voilà le résultat de toute sa sagesse et de toute son intelligence supposées.
Contrôler l’outil permet de contrôler la foule.
Mais il n’a pas été possible jusqu’à présent de trouver une solution qui permette à la foule de s’auto-contrôler.
Le dernier test, qui termine péniblement sa mondialisation, c’est la démocratie.
Si le Web peut améliorer cet outil, tant mieux.
Placer les outils sous le contrôle de la foule, comme le fait l’Open, se solde toujours par un retour à la manifestation de l’instinct d’amasser.
Et la différence est purement rhétorique qui distingue l’intérêt personnel de l’intérêt général.
C’est une question de nature humaine, tout simplement.
Si on tient à jouer dans le registre de l’économie et du sociétal, autant aller directement au rayon des qualités supérieures et relire Marcuse avant de se pencher sur les vrais problèmes, par exemple en lisant Capitalisme cognitif et fin de l’économie politique.
Et la relecture de Spinoza me paraît plus judicieuse que la lecture des gourous du Web.
Même comme lecture de plage, il n’y a pas à hésiter.
Il est inutile de rétorquer que l’outil est multi-fonctions et que comme l’énergie atomique il peut servir de différentes manières.
Parce que dans les faits, c’est Hiroshima ou Three Mile island (ou Tchernobyl) autant que la médecine nucléaire.
Ce n’est pas ceci OU cela : il faut s’accommoder des deux, sans choix exclusif possible même pour l’individu.
Il faut agréger (puisque c’est notre nature) par collaboration (puisque les outils sont là pour le permettre et que ça démultiplie nos efforts).
29 juin 2008 à 15:14
Bonjour Szarah,
Désolé pour les liens dans la barre d’adresse et le captcha, mais cela dépend de Blogger dont j’ignore encore tous les secrets !
Par exemple, j’ai paramétré le mode de visualisation des flux en “full” pour qu’on ait tout le billet dans un lecteur, or il continue de ne proposer que les premières lignes. Mystère, mystère…
Pour ce qui est de Narvic, excellent auteur, bien que nos avis divergent souvent. Mais n’est-ce pas là ce qui fait la diversité et la richesse du Web ?
Sur le fond, votre billet susciterait nombre de remarques, mais pour l’instant j’y renonce, pour un excellent motif : ça va être l’heure de la plage, petit Paul trépide d’impatience, et je crois bien que toute lecture me sera strictement interdite
Jean-Marie
29 juin 2008 à 17:08
J’apprécie aussi les analyses et la plume de Narvic, autrement je ne le citerais pas, même pour le critiquer
Mais quel travail abattu pour traiter un livre sans doute partisan ! Cela méritait un envoi de visites, si peu que ce soit.
Ne vous inquiétez pas pour le captcha qui devient invisible sous IE, il y a de fortes chances pour que le souci vienne de ma configuration (et c’est sans souci avec FireFox).
Merci pour votre visite, et bonne plage !
29 juin 2008 à 21:50
Bonjour
Sur “La sagesse des foules”, j’avoue que cette note de lecture-là relève finalement plus du billet d’humeur, que de la présentation plus… distanciée que je fais habituellement des livres que je lis.
Ce qui m’a choqué, c’est le décalage entre la réputation du livre et de sa thèse dans le monde du Web 2.0, et ce qu’il s’avère être réellement : une défense très idéologique du capitalisme ultra-libéral, par un chroniqueur économique d’un grand média américain (un genre de Jean-Marc Sylvestre local…), nullement centrée sur le web, mais y piochant quelques exemples qui vont bien à l’appui de sa thèse… On m’avait vendu un livre de réflexion, je me suis retrouvé avec un livre de propagande dans les mains. D’où mon irritation…
J’ai trouvé depuis, dans le livre de Francis Pisani et Dominique Piotet (”Comment le web change le monde”) une réflexion d’une tenue nettement plus puissante et argumentée, qui, après étude approfondie, décide de renvoyer dos à dos les deux concepts de “sagesse des foules” et d’”intelligence collective”, excessivement polémiques et tous deux insuffisants, au profit d’un troisième concept qu’ils proposent : celui d’”alchimie des multitudes”.
Cet ouvrage-là est remarquable de finesse d’analyse et de limpidité dans la présentation de question parfois difficiles. Je n’ai pas encore trouvé les quelques heures (!) que me demande la rédaction de sa note de lecture. Mais c’est promis, c’est en tête de ma to-do list…
30 juin 2008 à 9:33
@ Narvic
Une réflexion qui laisse sa juste place au culturel sera certainement la bienvenue. L’ouvrage de Pisani et Piotet est peut-être le chaînon manquant entre la froide rigueur de l’analyse économique et la réalité telle qu’elle est perçue et vécue par les internautes.
En même temps, si la connotation alchimique peut séduire d’un point de vue intellectuel, c’est tout de même un registre qui promet la réussite aux seuls initiés … donc je crains la tentation élitiste (mais je vais lire “Comment le Web change le monde”, on verra bien).
Votre analyse est attendue avec intérêt (je rappelle votre site Novovision).
Merci pour votre intervention.
1 juillet 2008 à 8:43
Juste une petite remarque, tu as l’air de considérer qu’une somme de savoir ne reste qu’une simple addition … mais si c’était cette somme de savoir qui créait de nouvelles fonctions à ce que tu nommes l’outil. En bref je crois que le mot foule que tu utilises (c’est pas la première fois) rend les collectifs singuliers trop prévisibles et les maitres du web 2.0 trop maître du jeu.
Et si tu remplaçais le mot foule par le mot groupes, beaucoup plus neutre sémantiquement, la suite de ton argumentation ne serait-elle pas moins orientée vers la même réponse inéluctable ?
Mais bon, en lisant et en répondant à ton billet j’ai compris pourquoi je ne transformerais pas mon site en un site web 2.0. C’est parce que je veux qu’il reste ma chose, mon bébé. Je ne veux surtout pas qu’il devienne la création d’un collectif informel. Donc merci.
même si je ne suis pas certain que ma façon de répondre sur ton blog te convienne particulièrement.
1 juillet 2008 à 10:44
La foule se distingue du groupe, notamment par l’instinct de mimétisme, une nature primaire et des effets non concertés (adoration, panique, …).
Substituer “groupe” à “foule”, ce serait parler d’autre chose.
(Et tes interventions me conviennent parfaitement)
1 juillet 2008 à 14:47
http://www.psychologie-sociale.com/index.php?option=com_content&task=view&id=128&Itemid=28
1 juillet 2008 à 22:24
Oui, cette théorie de 1952 confond encore “groupe” et plus précisément “grand groupe” et “foule”. On a investigué plus avant depuis.
3 juillet 2008 à 12:14
Oui et pas toujours dans ton sens,
sauf si depuis que je suis allez à l’université les psycho-sociologues ce sont tous mis d’accord sur le fait que le mot foule est vraiment top, top branché !
sinon si mes souvenirs de cours ne datent pas trop, les doutes concernant les relations entre les petits groupes et les groupes plus importants, ne datent pas d’après les années 50 mais de la naissance de la psycho-sociologie (les années trente, un peu avant la guerre qui leur à donné un terrain d’exploration innespérée) … Enfin mes souvenirs datent quand même des années 1990 … chouette époque où on y acceptait même les dyspraxiques avec une orthographe détestable, sans croire que cela les empéchait de lire … Mais bon cela date du siècle dernier quand même, donc ca aussi cela doit être obsolète …