Tous journalistes, tous photographes … tous tout
Ainsi donc, à lire Narvic, nous serions tous, nous les gentils blogueurs, des journalistes, au moins en puissance.
Et avec JM Le Ray, nous voilà tous photographes.
Depuis longtemps, nous étions déjà tous artistes, tous webmasters, tous influenceurs, tous cuisiniers, tous zen …
Tous jeunes, beaux, intelligents et en bonne santé physique et mentale, et tous heureux (cherchez l’erreur).
Il n’y a pas lieu de s’étriper entre journalistes patentés et blogueurs, entre photographes professionnels et amateurs, car ce n’est qu’un début.
Dans beaucoup moins d’années qu’on pourrait le penser, il n’y aura plus besoin d’intervention humaine pour capturer en continu les images de n’importe quoi, n’importe où, sous tous les angles.
L’information sacro-sainte sera elle aussi captée en permanence, automatiquement, et répercutée de même, déclinée dans toutes les variantes et tendances imaginables.
Les sites pros passeront à la trappe comme les autres, au profit d’une hypergigapedia universelle qui se confondra avec le Web.
Et qui se construira automatiquement.
C’est de la SF ?
En fait, la plupart des citoyens ont une vision minimaliste de l’avenir.
Ils en sont encore à chercher des projets de société en envisageant les vecteurs de communication auxquels ils sont habitués.
Et surtout, ils s’imaginent qu’ils sont des influenceurs en puissance.
En background, la technologie évolue qui se passe de toute consultation populaire quant à ses finalités et à ses possibles conséquences.
Le progrès libère.
Il tend à réduire le labeur humain, à nourrir tout le monde et à offrir à tous des loisirs perpétuels.
Des loisirs qu’on pourra utiliser comme on l’entend, y compris en simulant une activité laborieuse ou une production intellectuelle ou artistique.
Voilà pour les activités.
On pourra aussi se contenter de regarder, à plein temps ou à temps partiel.
A partir de 2050, la population mondiale va se stabiliser (j’ai la flemme de retrouver les sources, je suis de ces blogueurs qui par paresse ne se justifient pas et perdent ainsi en crédibilité mais qui s’en fichent).
La croissance élémentaire est donc limitée, finie, et la consommation aussi.
Le profit se trouve dans la distribution, c’est un truisme.
La nature de ce qui est distribué importe peu et reste à la discrétion des créateurs, personne n’envisage de limiter la pluralité, de niveler l’expression, ce sont des jeux pour les politiciens à courte vue et à clientèle égoïste, rien à voir avec l’avenir de la communauté-humanité.
Voilà pour la réalité des sources du profit.
Les créatifs, il y en a plein les rues.
C’est là que les ramassent les médias depuis longtemps.
Et la rue, aujourd’hui, c’est le Web.
Pour exploiter ce ‘chi, tout est bon, depuis les annuaires jusqu’aux agrégateurs.
C’est pour les petits joueurs : le Grand Oeuvre est réservé aux visionnaires qui ont un projet global.
Voilà pour l’identité de ceux pour qui le progrès se conjugue avec le profit.
L’avenir s’annonce radieux pour les gentils auteurs de tout poil qui, c’est assuré, certain, inéluctable, seront libérés des contraintes.
Tous journalistes, tous photographes, la dilution des compétences, ça devrait finalement montrer que la quantité engendre la qualité, ce qui est une réelle hypothèse de travail.
En attendant que ça se produise, il y a des ajustements, des frottements, des fractures dans la tectonique sociale.
Des rôles qui se dévalorisent, des conflits d’intérêts, des initiés qui se tirent avec la caisse pour préparer l’avenir de leurs descendance, … péripéties anecdotiques que tout cela.
Mais the beat goes on, ça avance.
Google, le Grand Distributeur, se prépare à libérer les journalistes des contraintes matérielles les plus coûteuses et les moins intéressantes : Google est le seul avenir du journalisme (par Narvic sur Novovision).
Cette annonce devrait permettre à chacun de percevoir (enfin ?) le courant de fond : le Google Stream.
Quant aux danses de guerre entre nombrils, aux douloureuses parades nuptiales entre grandes sociétés et aux soubresauts corporatistes … ah la la, quelle perte de temps !
Mais c’est amusant, comme une boîte de Pétri observée au microscope : si ça remue, c’est que c’est vivant ![]()
Et tant qu’il y a de la vie …
Bon dimanche à vous !
13 juillet 2008 à 12:24
Mouais. On m’a déjà demandé si je suis photographe (rien qu’hier soir d’ailleurs. Mais vu la taille de mon boitier + grip + objectif, c’est peu étonnant).
Jamais si je suis journaliste. A la première question, je me plais à répondre oui. Je ne le ferais pas pour la seconde.
13 juillet 2008 à 12:55
A chaque fois qu’il sort de chez Google une nouvelle bombe de ce type, je suis toujours estomaqué par le caractère visionnaire de la réflexion qui est menée là-bas. Et toujours avec dix longueurs d’avance sur les autres !
Alors que les autres s’acharnent dans des contractions de court ou de moyen terme, Google sort de son chapeau une proposition géniale qui remet subitement toutes les pendules à l’heure…
Mais Google ne répond jamais vraiment à la question de fond : ce monopole, dont l’extension ne cesse de tendre vers l’infini est-il dangereux ? “Faites-moi confiance, car je suis gentil…”
13 juillet 2008 à 17:14
Merci pour votre commentaire.
Nous adorons vivre sous la menace, on va de désastre imminent en catastrophe annoncée, et ce depuis des siècles.
Et bizarrement l’humanité survit, un peu comme si son destin était de résister aux catastrophes qu’elle provoque
GG n’est pas une menace, c’est seulement un riche moteur de recherches.
Il est géré par des vraies personnes en viande de chez nous, ce n’est pas de l’envahisseur alien.
Même si parfois on se prend à en douter
La presse a un problème ? GG peut l’aider à survivre, ce faisant il s’aidera lui-même à progresser.
C’est intéressé
C’est un investissement dans la pluralité des analyses et des opinions, cette pluralité qui fait tellement plaisir au public (qui est pourtant prompt à sacrer “le meilleur” en toutes choses et à scotomiser jusqu’au nom des autres à partir du second inclus).
C’est un investissement dans le contenu de qualité.
Avez-vous songé que cette proposition pourrait arracher certains organes de presse des mains des groupes qui les dirigent/orientent, en créer de nouveaux ?
Je ne vois pas où est le problème : la presse-papier est distribuée par combien d’entreprises différentes ?
Une ? Deux ? (En fait, je l’ignore mais j’imagine qu’il y en a peu).
Et le temps où chaque journal disposait de sa propre imprimerie dédiée est révolu lui aussi, enfin il me semble.
Que GG devienne hébergeur et distributeur de la presse du Web ne devrait ennuyer personne.
C’est pas cher, c’est fiable (GG construit ses propres serveurs), la contrepartie est insignifiante (s’il y en a une, on verra bien).
Devant le phénomène Google, il s’agit, je pense, d’éviter à la fois l’idolâtrie et la paranoïa.
Google est une entreprise commerciale qui réussit mais seulement dans les zones du monde où règne un certain mode de consommation.
Pour croître encore, il serait utile que la planète entière succombe à ce modèle et c’est loin d’être le cas.
Regardez bien : GG est le roi d’une civilisation qui se meurt.
Aider cette civilisation à redresser la tête, optimiser ses performances et élargir ses horizons peut effectivement servir le commerce de GG.
Et GG n’a pas de monopole dans son domaine, pas plus que MS dans le sien.
GG a grandi en monétisant avec un talent certain les services gratuits que d’autres offraient bien avant avant lui : recherche, mailing, …
A part le PR et la publicité contextuelle, il n’a pas inventé grand chose sinon un style de développement d’allure décontractée, en rupture avec le col-cravate et le formalisme trop apparent.
Mais il a su rentabiliser et faire plaisir, multiplier les gadgets qui font papillonner les yeux … des générations nouvellement nées au Web (et au monde de la création et de la gestion en général).
GG s’est inscrit avec élégance dans son temps, que ce temps soit celui des incompétents et ignares en presque tout est juste une opportunité qu’il a su exploiter (c’est pas sa faute, les gens étaient comme ça avant qu’il arrive).
Il faut reconnaître que sans GG pour animer le Web, la décadence serait plus triste.
GG offre des perspectives pour espérer : réussite personnelle, intelligence collective (ou “sottise universelle” si on retourne les jumelles), partage et convivialité, gratuité généralisée …
C’est du collatéral, tout ça.
Son intérêt “personnel” (celui de ses actionnaires, en fait) est clairement de pacifier le Web et d’accélérer la construction d’une structure globale optimisée pour la rentabilité.
En conséquence, il propose et il donne, il investit et en échange il reçoit de la sympathie qui lui permet, par exemple, de photographier le monde entier - aurions-nous autorisé un gouvernement étranger (ou une de ses agences) à le faire sans hurler ? Sans doute pas.
Mais nous gardons le contrôle.
“Nous” c’est le petit peuple vigilant, désoeuvré et désabusé, “pas dupe” mais qui élit n’importe quoi : ces crétins, c’est “nous” et j’en suis
On exige que soit flouté le regard des chevaux ? No souci, GG s’exécute.
(C’est de l’humour).
GG recule quand “nous” renâclons trop fort, par exemple sur les droits d’auteur (souvenez-vous de son souci avec la presse belge, à présent réindexée).
Et GG peut traiter seulement ce que nous lui donnons en pâture, à nous de veiller à ne dévoiler que ce qui nous convient.
Google est un outil magnifique et utile, et il n’y a pas à en avoir peur puisque ses moindres actions sont surveillées d’un regard soupçonneux et que la moindre ombre de la plus petite possibilité de dérive est montée en épingle par les challengers.
Ce dont il faut vraiment se méfier, c’est de ce qui semble fiable, établi, et qui vous trahit.
Je n’ai pas dit “les banques”, je pensais au programme de la télé qui vous annonce telle émission à telle heure alors que le machin commence dix minutes plus tôt.
GG ne fait pas ce genre de choses.
Ses valeurs sont tout simplement les nôtres et oui, peut-être que ça nous dérange de nous découvrir dans ce grand miroir.
Nous sommes tous gentils et dangereux.
14 juillet 2008 à 6:59
Cela fait déjà des années que nous sommes tous photographes. Et que beaucoup sont journalistes. La différence entre un amateur et un professionnel, ce n’est pas la qualité, c’est la capacité à produire régulièrement de la qualité constante, à la demande.
En soi, le contrat Yahoo - Flickr auquel Le Ray fait référence est moins angoissant pour le futur que les caméras automatiques mises en place par CNN pour ne pas louper l’événement.
Les métiers, que ce soit photographe ou plumitif, évoluent, s’adaptent à de nouveaux canaux de distribution, mais ne disparaissent pas.
Tous “tout” ? Pourquoi pas… cela ne fait que rejoindre l’ancien idéal du temps de la plume d’oie et de l’honnête homme, qui s’autorisait à avoir un avis éclairé sur tout. On a tendance à oublier que beaucoup des progrès faits jusqu’au début du XIX° étaient le fait d’amateurs.
Et si Google nous sortait de l’hyper spécialisation industrielle, pour nous redonner une liberté ?
14 juillet 2008 à 8:34
Merci pour cette intervention Lumière de Lune, nous sommes donc plusieurs à attendre et à espérer une restitution de notre statut légitime, celui d’individus multidoués trop longtemps cantonnés dans des rôles limités.
Cette dimension du débat échappe à la plupart des chroniqueurs, c’est un peu dommage.
30 juillet 2008 à 12:12
Allez faîtes vous un peu violence et regardez moi ça en détail:
http://forestent.free.fr/
C’est la même dizaine de groupes qui contrôlent la totalité des media français, et ils sont absolument tous aux ordres. Même ceux que l’on pensait inébranlable:
http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=41638
http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=42587
On pense que grâce à google on accèdera à de l’information libre de toute doctrine et ligne de conduite politique, mais est-ce que cela sera toujours le cas? Quand les garde fous de la bien pensance auront réussi à l’empêcher de présenter les contenus qui dérangent?
Je prédis et j’espère me tromper qu’en 2050, on sera tous beaux, tous gentils, tous propre sur nous et on abordera jamais jamais jamais les sujets qui dérangent. Tous bien dans le rang, comme il faut. Et google y contribuera comme tout media puissant, tout s’achète.
30 juillet 2008 à 13:32
@ julien
Le champ des sujets tabous s’élargit, la presse commence à avoir peur d’elle-même et quelque part c’est déplaisant. Mais ça brime seulement la forme de l’expression, pas l’expression elle-même. Peut-être faut-il apprendre à polémiquer sur base d’arguments plutôt que continuer à balancer des slogans et des raccourcis imagés qui peuvent heurter des sensibilités de plus en plus nombreuses et exacerbées ?
Il ne faut pas s’étonner qu’une production qui peut être interprétée le soit au détriment de son auteur. Ce qui se passe ces temps-ci est une incitation très nette à l’expression claire et précise, dépourvue d’ambiguîté.