Les mégaphones chauves

Sur le Novovision de Narvic (toujours chez Free, c’est une migration lente ou alors il y a renoncé), j’ai atterri sur ce billet : Des journalistes en réseau, pour contrer Digg et Google qui parle de ce que son titre annonce.

C’est souvent le cas sur les blogs qui cartonnent et bon sang mais c’est bien sûr : il faut adapter le titre au contenu !

Mince, je viens d’apprendre quelque chose.
L’inverse fonctionne aussi : créer un texte puis lui donner le titre qui le décrit le mieux.

Mes titres à moi sont moins conventionnels mais ils répondent tout de même à une logique.
Là par exemple, il faut traduire “mégaphones” par “journalistes”, donc passer de l’objet inanimé (la chose) à l’être pensant (quoique … non, je n’ai rien dit) et comprendre que c’est judicieux puisqu’un journaliste est un porte-voix n’est-ce pas ?

Quant à “chauve”, il faut le traduire par “nu” : un journaliste, c’est d’abord une tête, d’accord ?
Et je n’en connais pas (de journalistes) qui soient encore chevelus (ou alors des planqués, ça ne compte pas).
En plus, “chauve” est plus un état d’esprit qu’une réalité capillaire.
Et le singe de Morris, il était comment ? “Nu”, parfaitement.
Et c’était l’Humain.
En fait, mon titre est un hommage à la gent journaliste.
Je compatis avec ces humains qui se font des cheveux.

Je n’attends pas que GG comprenne, c’est le genre d’ambition à laquelle j’ai renoncé depuis longtemps.
Et lui aussi.

Bon, fin du délire, retournons chez Narvic.

Comme j’ai un avis à donner sur absolument tout (c’est le privilège des chipies que s’en faire une gloire, les pédants ordinaires n’osent pas) et que le sujet est d’importance, me voilà obligée de rebondir (je ferai du trampoline sur blog une discipline olympique, c’est mon objectif secret).

A la lecture de cet article et de ses commentaires, et après consultation attentive de tous les liens référents (37 minutes de ma vie), une âme aussi naïve et sincère que la mienne se défait difficilement de l’impression que les journalistes patentés voudraient bien monter dans le train de la distribution massive de l’information.

On sait bien que l’argent est là : dans la distribution.
Et c’est bien d’argent dont il est question, sinon pourquoi ne pas rejoindre Wikinews ?
Hé ! C’était de l’humour, ok ?

Tous principes et élans humanistes étant gentiment anesthésiés au marteau de même qu’étant dissipé au lance-flammes le brouillard déformant de la Mission Sacrée de l’Information Plurielle, il s’agit bien d’opérer une sélection “monétisable” à l’attention du plus grand nombre possible de lecteurs.

C’est ça ou alors je me trompe.
L’article de Narvic livre une belle explication des expériences en cours et pour un peu je me laisserais séduire par ces nouveaux concepts.

Mais vous me connaissez : j’ai l’enthousiasme tracassier, l’engouement fugace, le scepticisme en fenêtre modale, le doute normand et la confiance rare.
Je ne comprends pas tout, non plus.

Si le seul problème réside dans le choix des trieurs de l’information à répercuter (humains ou robots, humains spécialisés ou moins spécialisés, et pourquoi cet ostracisme à l’égard des analphabètes ?), le débat n’a pas lieu d’être, ou plus précisément il se trompe d’objet.

Parce que ceux qui distribuent les distributeurs, c’est GG et ses deux ou trois confrères (j’oublie toujours leurs noms).

Il y a de grosses miettes bien juteuses à ramasser sous leur table, il ne faut pas décourager les initiatives qui tendent à glaner à la main (ce qui équivaut aujourd’hui à cinquante personnes et autant de serveurs, avec moins tu vas te rhabiller) ce que les moissonneuses ont (provisoirement) dédaigné.

Il y a peut-être là de quoi nourrir un certain nombre de personnes pendant un certain temps.

[ Et c’est bizarre, je viens de voir passer une image mentale des champs de poubelles de Rio, rien à voir évidemment. ]

Mais c’est pire que ça : comme si certains journalistes voulaient à la fois élargir leurs rangs et étendre leur champ d’action.
Tous journalistes et distributeurs ?
Le beurre et l’argent du beurre ?
Ce sera difficile ! Le communautaire qui marche est massivement bénévole.
Je dis ça, je dis rien.

Quand une corporation en est réduite à fuir en avant, c’est que le bout du chemin n’est pas très loin.
Disons que ça arrive quand le processus vital est engagé.
Les lemmings accélèrent quand ils approchent du bord de la falaise, vous le saviez, ça ?

En fait …
Allez, je me lance (je suis un lemming croisé avec un écureuil volant et qui sait nager, la falaise je peux m’en balancer au propre comme au figuré).

Vers le bout du chemin surgissent toujours les rebouteux qui promettent une solution, une possibilité d’issue heureuse, ou au moins ils promettent d’essayer de la trouver, et ils le font pour de vrai (essayer).

Je ne dis PAS que ce sont des charognards avides d’exploiter une population en plein désarroi et anxieuse pour son avenir.
Parfois, ça marche.
Les miracles, ça existe.

Je dis qu’il faut tenter ces expériences ET faire un pèlerinage à Lourdes (sourire).

Il reste des aventures fantastiques à vivre sur le Web, celle-ci, celle d’une Webpresse participative, a bien l’air d’en être une.
Et s’il y a de l’argent à gagner dans l’affaire et bien … euuuuh … tant pis ! :)


(Prochain séminaire : “Apprenez à voler à votre lemming”).

10 réponses à “Les mégaphones chauves”

  1. SZarah dit :

    Addendum.

    Human do it better, c’est vrai la plupart du temps.
    Mais il y a plus d’humain qu’on le croit dans les moteurs.
    Il serait incorrect de donner à croire que ceux qui organisent le tri de l’information sur les moteurs (ceux qui orientent l’Algo) sont des analphabètes aculturés et incompétents.

    Une autre chose importante à réaliser, c’est que le distributeur (sur le Web : les moteurs, et plus précisément GG) connaît parfaitement le consommateur.
    En conséquence, en tant que maître en profilage, il est le plus apte à discerner les besoins et à y répondre.

    Le but ultime des moteurs, c’est “un classement par internaute”.
    Et l’axiome de base, c’est que l’analyse de la quantité produit la qualité.

    Face à ce projet global, il est facile de craindre pour le libre arbitre mais c’est occulter le fait que ça n’existe pas autrement qu’à l’état de chimère.
    Ce que les humains font mieux que les robots, c’est manipuler l’opinion.
    Qu’ils tiennent à conserver le monopole de cette activité est en quelque sorte légitime.
    Mais qu’ils endossent les oripeaux de l’objectivité, ça fait sourire : l’objectivité, c’est la livraison d’un fait brut dépourvu de toute analyse, de toute critique, de tout commentaire (hé oui : réfléchissez-y).

    Il n’y a pas de journalisme objectif possible, ni même de photographie innocente.

    Dire, montrer, c’est intervenir.
    Investiguer, c’est intervenir.
    Des truismes à rappeler …

    L’avenir du journalisme, c’est la multiplication des points de vue et des prises de position.
    Faire passer cet avenir par des agglomérats prétendûment sélectifs, c’est singer les moteurs, les affronter sur leur terrain.
    Et c’est perdu d’avance s’il y a la moindre obligation de rentabilité : question d’échelle.
    La seule vraie question :
    Que puis-je faire qu’un moteur ne peut pas ?

    “Prendre position” est la réponse.

  2. chiendent dit :

    Les gens (hum, je ne suis pas les gens comment puis-je parler en leur nom :lol: ?) en ont assez de l’information prédigérée, interprétée, soumise aux contraintes journalistique des publications et de l’argent. On veut du ressenti, de l’original, du vécu, de l’intelligent, du libre, du pensé, du faux, du vrai, des nuances, du beau, du laid, parfois de la bêtise ou de la méchanceté, bref de la vie …. J’ai peur qu’aucune organisation journalistique ne puisse être vraiment libre : une organisation restreint toujours la liberté de ses membres. Je suis d’accord, il n’y a pas de journalisme objectif. Pouvoir choisir, décider : la multiplicité du web le permet. Malheureusement un moteur peut aussi filtrer et censurer, mais le foisonnement et l’accessibilité à une certaine multiplicité tout de même devrait laisser une certaine place à la liberté de choix.

  3. narvic dit :

    Beaucoup de pertinence dans ce billet. ;-) Dis-moi Google, sauras-tu la dénicher ? Sauras-tu envoyer vers ce billet les lecteurs intéressés par les questions qui y sont abordées ici de manière originale ? J’en doute un peu…

    Tu risques d’envoyer surtout par ici des apprentis manifestants et des hommes de la quarantaine à la recherche de solutions à leurs douloureux problème capillaires. Tiens, je vois que tu indexes de mieux en mieux les commentaires de blog, mon petit Google, alors je vais tenter d’en rajouter pour égarer un peu plus tes usagers : cheveux, coiffeur, implants, perruque, coiffure… :-)

    N’est-il pas plus sûr de se fier à d’autres méthodes : les renvois de blog à blog, les flux RSS, les sélections de liens à la delicious ? Ça, ça vise juste, vite et bien. Pas besoin de brasser des milliards de pages pour en sortir 2000, dont deux ou trois, cachées dans le foin sont réellement intéressantes et pertinentes. Quel gâchis de temps, de moyens, d’énergie…

    La voie de l’indexation massive du web traitée par des algorithmes pourrait bien se révéler un jour… une impasse… Qui sait ? Déjà que le résultat n’est si extraordinaire que ça : il manque tant de choses dans les index de Google, il a déjà tant de mal à s’y retrouver dans la toute petite partie du web qu’il est parvenu à indexer…

    Plus ça ira, plus ce sera difficile de suivre. Plus la taille du web augmentera, plus chaque effort supplémentaire d’indexation te sera coûteux et difficile… Ton projet n’est-il pas vain, mon petit Google ?

    Il est peut-être temps de s’intéresser à des méthodes alternatives ?

  4. un_blogger dit :

    Bah, des journalistes qui s’associent pour la diffusion de leurs articles, ça existait déjà quand j’étais petit, à l’époque cela s’appelait un journal.

    Ce qui me manque le plus de cette époque, ce sont les titres, de nos jours, un journal de gauche comme de droite va titrer ” Gel des salaires pour deux ans”

    A l’époque, on aurait eu droit à plus de variétés : “Victoire de la raison” “Scandale, tous des pourris”… le politiquement correct nuit gravement à la profession.

  5. narvic dit :

    @ un_blogger

    L’idée n’est pas tout à fait ça : il s’agit de diffuser des liens vers les articles des autres ;-)

    Cette idée de journalisme de liens n’a rien de nouveau sur le web, en effet ;-) , les blogueurs font ça toute la journée… En revanche, c’est nouveau pour les journalistes, qui ont quelques trains de retard, c’est vrai :-)

  6. SZarah dit :

    @ Narvic
    Merci de lire mes délires mais gardez-vous de les prendre pour seulement cela : ils contiennent de la véritable information à l’attention exclusive de mes cinq lecteurs initiés à l’ouverture des huîtres (des gourmets habiles de leurs mains).
    Le Google Project n’est pas à bout de souffle, au contraire il ne fait que commencer et si les résultats livrés déçoivent de plus en plus, ce n’est pas tant du fait du spam et du nombre croissant des éléments à indexer (documents et liens) que de l’exigence croissante des initiés. Le peuple, lui, est satisfait … sinon il changerait de moteur.

    @ Chiendent
    Moi non plus je n’aime pas le pré-mâché :)
    Et les assos … Dès qu’on est plus de trois, c’est le fork assuré, surtout si les moyens sont libres et gratuits. La difficulté est de préserver les individualités dans un but commun. A court terme, ça fonctionne.

    @ un_blogger
    Et les revues de presse ne sont pas une nouveauté non plus …

    Tu me concèderas que je fais un effort particulier sur les titres :)
    Mon souci est d’éviter les étiquettes et forcément ça nuit à mon référencement … mais j’assume.

  7. un_blogger dit :

    Je concède, je concède, contraint et forcé peut être mais je n’en déconcède pas moins. Eh justement, les titres, c’est ce qui a fait la blogosphère. L’objectivité est insipide et ne donne guère envie de consommer.

  8. un_blogger dit :

    Zut, qui fait le malin tombe dans le ravin et double négation valant affirmation, il fallait donc lire …je n’en concède donc pas moins… :)

  9. SZarah dit :

    Restez concentré, ami un_blogger :)
    Un titre sans concession, c’est comme un gentilhomme enterré en fosse commune … (tu vois que j’insiste, haha).

  10. narvic dit :

    J’aime les chippies, Szarah. Je ne vous l’avais jamais dit ?

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