Trolls, snerts et autres morveux

Le trolling, partie intégrante du Web participatif, semble avoir fait des dégâts en mon absence.
C’est marrant ça : je n’étais même pas là pour sévir et certains ont craqué :)

Bientôt sur les plateformes de blogs :

L’abus de commentaires peut nuire à votre santé.

C’est seulement la rançon du succès : un blog mimi ne risque rien, il n’est pas intéressant de troller si personne n’en sait rien.

Certains semblent l’avoir compris et réduisent drastiquement les commentaires, ce qui devrait entraîner une chute d’audience.

Pour un troll, un blog qui coupe ses commentaires = une victoire.

Des writers ont effectivement résolu ces problèmes d’excès en supprimant la possibilité de commenter.
C’est ce qui arrive quand on tente d’escalader le Web 2.0 sans chaussures à crampons :)

[ J’en ai soupé de la distinction entre blogueur, journaliste, pisse-copie … je dirai writers. ]

D’autres, plus rares, ont fermé leur propre organe de diffusion et se contentent d’aller publier ou commenter autre part.
C’est une solution confortable qui sacre la victoire des trolls.

Les manchots aussi se rassemblent pour lutter contre les prédateurs et contre les éléments.
Ce n’est pas une espèce conquérante, c’est du gibier.

Ce n’est pas une question de taille : songez aux bisons, rois des prairies.
Les cornes, la masse : ça a du répondant, le buffalo.

Liquidés grâce au train qui a facilité le massacre dans le plus grand confort !
Encore une victoire colatérale du progrès :)

[ Voici le “l” qui manque si vous considérez qu’il en faut trois à “colatéral”. ]

Et notez que le bison n’a pas muté : il ne lui est pas poussé des mitrailleuses :)
Le writer atteint s’imagine qu’il trouvera des parades.

Alors là, question solutions, j’ai tout lu, depuis les gadgets techniques (j’aime bien “gadgets techniques”, c’est mon pléonasme à moi que je préfère le mieux) jusqu’à l’éducation des masses par l’inoculation de la Netiquette (il en reste des souches en labo).
En passant par la modération communautaire globale participative (tu parles d’un vieux concept pour qui connaît les forums et les BBS).

On a connu bien pire, les gentils writers des blogs, des forums et de la web-presse ignorent totalement ce que live signifie.
Ils s’imaginent qu’ils dialoguent en direct avec leurs lecteurs, haha la bonne blague :)

La vérité est qu’il existe deux solutions : le suicide par retrait du Web 2.0 et la censure.

Ceux qui ne sont pas assez burnés pour tenir en solitaire un blog sur la durée d’une transatlantique à la rame peuvent toujours prendre un charter : ils y mangeront du pas-bon, regarderont un nanar et cotoieront n’importe qui.

Je constate du repli partout face à l’offensive des trolls, Maître Eolas a pris des mesures, le Pacha de Secret défense a supprimé les commentaires sur son blog …

Narvic a ouvert un sujet bien documenté : Y a un problème avec les commentaires.

J’y suis allée de mon commentaire mais j’ai renoncé : j’aurais fini par troller :)

Le problème, c’est que la lutte contre les trolls ne s’arrête pas aux propos injurieux ou autrement illégaux.
Ce serait trop facile.
Certains tiennent à conserver à leurs blogs un esprit, une tenue qui leur convient.
Ils veulent maintenir une subtile harmonie entre l’article et les commentaires qui lui sont apportés.

C’est légitime mais il me semble qu’il faut savoir dissocier le motif - le billet d’origine - et ses commentaires.
Une révolution nordiste a démarré sur la représentation de la Muette de Portici.
Personne n’a dit “Hors sujet !”, ok ?

Vous trouverez d’autres exemples : modérer à son aune personnelle de Boss de blog, c’est légitime mais c’est figer, c’est stériliser.

Avec les milieux nombrilistes, n’importe qui de parfaitement honorable et qui écrit pourtant correctement et poliment peut devenir un troll.
Un intrus, un emmerdeur, un empêcheur de parader en rond.

Rien n’est plus frustrant que se faire jeter d’un cercle qui paraissait ouvert.
Les cénacles, clubs et autres bulles de nombrilisme, j’ai ça en horreur.

Ce que je sais d’expérience, c’est que la ligne, la couleur d’un organe ne peut pas longtemps être dictée par ses rédacteurs.
C’est le public qui, consommant, donne le ton.
Et si le public est nul, le machin devient nul.
Et si ça ne plaît pas à son responsable, bin il n’a qu’à fermer.
Ou alors censurer, limiter, contraindre.

Vouloir filtrer le public qui a le droit de commenter, c’est se vouer à une audience particulière.
S’admirer dans un miroir.

Et si cette audience se révèle nombreuse, on peut sérieusement se poser la question de la valeur réelle du discours :)

Se replier, couper ou modérer les réactions, c’est accepter de limiter son audience.

Ce qui est marrant, c’est de voir que certains en arrivent là, à la censure, sous le prétexte qu’ils se font troller.
Alors qu’en réalité, ils veulent rester avec leur gentille petite cour.
C’est leur droit mais ils ne se l’avoueront jamais :)

C’est ainsi que la blogobulle va crever.
Pas à cause des trolls, à cause de la prise de conscience des writers du fait qu’ils n’aiment pas ça, la participation :)
Que ça les dépasse, que ça leur prend trop de temps, qu’au final c’était un mauvais plan.

Et moi et ce petit blog ? Limiter, c’est exactement ce que je fais ici, depuis le début.
Mais moi, c’est délibéré, pas le résultat d’une réaction.
Nuance !

La solution de la censure est fractale, elle vaut pour le gentil petit blog comme pour le média international.
Seuls les moyens techniques et humains changent.
Chercher une solution qui serait à la fois sécuritaire et qui prétendrait au respect de la liberté totale est une hypocrisie.

Moi, je censure sans état d’âme … et je sais ce que j’y perds :)


Snert : Snot-Nosed Egotistical (egocentrical ?) Rude Teenager, adolescent fruste et égocentrique au nez qui coule, autrement dit “morveux”, “snottneus” en néerlandais.

Le snert est l’aboutissement ultime du troll.
Il n’a pas d’âge : l’adolescence c’est comme la connerie, ça peut durer.
Le snert n’a pas encore débarqué sur le Web 2.0, qui n’est pas encore assez live.
Mais on le connaît depuis longtemps sur les tchattes.

C’est l’avenir du troll :)

9 réponses à “Trolls, snerts et autres morveux”

  1. st-antigone dit :

    J’avoue que j’avais pas l’impression de bien te suivre dans ton intro,
    un peu plus dans le ventre de ton billet,
    et être plutôt d’accord avec sa fin enfin si je passe le snert que je ne connais pas.

    Mais c’est quoi en fait un troll ?
    Un type qui n’a rien à faire là où il poste ou tchatte ?

    Perso vu de l’extérieur j’ai vraiment l’impression que le blogger
    apprend (que) le monde autour de lui ( n’a pas sa finesse et sa culture ).

    Bons apprentissages aux bloggers. :-)

  2. Arsène dit :

    Un troll c’est par exemple : “Windows, c’est de la [EDIT crotte]”. :)

  3. SZarah dit :

    Si c’est dans le sujet et si c’est argumenté, c’est acceptable quoique peu élégant.
    Si ce blog prétendait avoir de la tenue, le commentaire serait censuré :)
    Je vais me contenter d’éditer le mot-clé qu’il ne me plairait pas de voir associé ici.

  4. Arsène dit :

    Et un snert c’est celui qui dit ceci, par exemple “Sarah, ASV ?” (ASV : âge, sexe, ville) ;)

  5. st-antigone dit :

    Coup de bol que tu ne m’ais pas donné la definition de l’expression second degré ! :

    Merci quand même … :-)

  6. SZarah dit :

    @ st-antigone
    Le troll classique est relativement bien expliqué par la Wikipedia dans sa page Troll (Internet et Usenet).

    Ce que j’ai tenté d’exprimer ici, c’est que pour de très nombreux writers, tout intervenant qui ne suit pas la ligne espérée par l’auteur est un troll, peu importe la qualité de son discours.
    On a donc un grand nombre de petits dictateurs qui pérorent devant un auditoire d’afficionados qui font taire immédiatemrnt tout commentaire déviant en traitant son auteur de troll. C’est de cette façon qu’une partie de l’opinion est muselée … et c’est totalement calqué sur le modèle gouvernement/presse actuel et aussi sur celui de nombreux grands sites communautaires et participatifs.

    @ Tous :)
    Puisque j’ai parlé ici de la Wikipedia, je ne saurais faire autrement que vous conseiller la lecture des quatre excellentes pages que je lui ai consacrées dans le numéro courant de “Internet pratique”.

  7. st-antigone dit :

    J’avoue que je suis un gnome,
    vous êtes trop fort pour moi !

  8. st-antigone dit :

    :-)

    [EDIT SZarah : ce bref commentaire, tel une onomatopée sympathique, n’est pas un troll mais il n’apporte pas grand’chose à l’absence de discussion.]

  9. st-antigone dit :

    Je suis bien d’accord,
    mais je croyais que c’était une marque obligatoire de sympathie et comme je l’avais oubliée … :-) ))

    Et puis si les modérateurs et les censeurs n’ont plus rien à faire,
    comment ils vont faire exister leur humanisme et leur intelligence ?

    Donc c’est bien grace à moi et les autres trolls que le bien existe.

    Sinon merci, comme cela je serais la prochaine fois que pour être sociable je n’ai pas besoin d’etre vide … je stresse tellement après qu’un de mes liens se fasse volatiliser, tu comprends. :-)

    Non pas besoin de me remercier pour avoir montré que tu étais subtile dans ton rapport au problème de la modération. Nous les handicapés sociaux et comportementaux, sommes nous pas fait pour cela …

    Edit : je me demande comment je vais me faire bouffer sur ce coup là… mais bon la résistance c’est tellement plus beau quand on la vie que quand on la moralise !

    Edit-2 : tu peux effacer ce message (si tu le trouves trop impertinant) … je l’ai déjà copier-coller pour utilisation ultérieur sur une grande poésie pour faire comprendre la desespérance des handicapés mentaux et comportementaux.

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