L’affichiste, le photographe et le jambon
Alors ça se passe dans un pays lointain d’une autre planète dans un futur tellement indéterminé que ça pourrait être le passé sans étonner personne.
(Ça, c’est le disclaimer, ça équivaut à “Toute ressemblance avec des situations et des personnes existantes serait purement fortuite”).
Dans cette virtualité imaginaire, j’ai un jeune ami qui fait de la graphie par informatique.
Spécialité : l’affiche.
Et voilà qu’il rencontre un cas de conscience.
Il vient au confessionnal, je lui sers un armagnac et il raconte.
Tout a commencé quand le boucher lui a commandé une affiche pour la promotion de la “Semaine du boudin” qu’il organise chaque année.
En fait, il n’y a pas que du boudin, dans ce coin-là on parle de “delikatessen”.
En gros : tout ce qui peut accompagner la choucroute et qui un jour fut porté par des pattes.
Le marché est d’importance : fournir le boucher c’est la porte ouverte aux affaires les plus intéressantes.
Michel-Ange a d’abord dessiné le papier d’emballage du boucher du Pape Sixte IV, c’est ainsi qu’il a eu le chantier de la Sixtine, vous le saviez, ça ?
Et si ce n’est pas vrai, reconnaissez que c’est joli
Enfin bref, c’est une opportunité.
Mais il y a un os.
Pour le fond de son affiche, le boucher veut une image précise.
Image qu’il livre à l’affichiste en lui disant “Je veux ça”.
Il s’agit d’une photo.
Imprimée sur une page arrachée à un magazine.
- Diantre se dit l’affichiste.
L’oeuvrier explique au boucher qu’il faudra obtenir l’autorisation du photographe.
Le boucher opine du chef : il est d’accord … du moment que cela ne lui coûte rien.
Le photographe est un monstre, la carrure dans l’animalier d’un Hamilton dans le flou.
Il a publié partout, il dirige plusieurs associations de photographes, il est archiconnu, overbooké, réputé injoignable, la star.
Ses tarifs doivent être à la hauteur de ses compétences et de sa réputation se dit l’affichiste.
Et voilà le dilemme : faut-il prendre le risque de ne rien demander du tout et se servir froidement de l’image ?
Si je demande et que c’est cher, le boucher ne sera pas content ou alors j’assumerai la dépense mais je risque au final non seulement de travailler pour rien mais d’y aller de ma poche.
Les Principes confrontés à la Vile Pratique du Quotidien …
C’est là que j’interviens ! ![]()
Pour faire pencher la balance du côté de la franche clarté lumineuse et transparente du blanc pur.
En pareil cas, ma réponse est toujours “#fff”.
Comme on le sait, on ne m’interroge jamais que pour être conforté dans une démarche déjà choisie
Et l’affichiste de prendre contact avec le photographe pour lui parler franchement, lui dire la vérité nue.
Et de brûler ainsi toute possibilité d’utiliser discrètement la photo sans en avoir les droits.
Si l’honnêteté est un risque immédiat, la tricherie est un pari contre soi-même … (Ignace)
Suspense …
Et le photographe d’envoyer l’image en haute résolution et l’autorisation de l’utiliser pour ce travail.
Dont coût symbolique, pour le principe et surtout pour faire des souvenirs et nourrir l’anecdote: un demi-jambon !
C’était donc une histoire de jambon et de gens “bien”.
Le monde n’est pas peuplé seulement de rats et de banquiers …
CQFD
23 octobre 2008 à 9:05
Clap clap clap clap…
24 octobre 2008 à 12:47
Merci Nico, voilà les berSZerkers en lice sur la requête “clap jambon”
24 octobre 2008 à 12:47
Belle histoire.
Effectivement ça fait plaisir de voir que l’honnêteté peut être récompensée dans ce genre de situations et que la tricherie n’est pas la seule solution qui paye.
24 octobre 2008 à 17:20
Un peu de blanc pur dans cette noirceur!
24 octobre 2008 à 19:42
Ce que l’histoire ne dit pas, c’est si le boucher à refiler un demi jambon dont l’autre moitié était invendables et gâtées.
5 novembre 2008 à 12:25
Je vous remets un ptit backlink par dessus ?
14 novembre 2008 à 22:35
Voir aussi cet article : http://www.webb-blog.fr/2008/10/03/vision-artistique/
De l’importance de l’image en général et de la photographie en particulier, comme expression de l’ineffable artistique.