Paroles de patronne

J’avais été interpellée par le titre de l’article :
“Face à la crise, Laurence Parisot hausse le ton contre Sarkozy” [1]

Pour un peu, j’ai failli croire que le Président était ouvertement passé du côté des travailleurs !

Et c’est vrai qu’il s’agirait d’une Révolution pour de vrai, venue d’en haut, et qu’il en est capable.

Hé ! Je plaisante :)

En fait, Laurence Parisot réagit à un souhait exprimé par le Président, celui de partager en trois les profits des entreprises.
Un tiers pour l’investissement, un tiers pour l’actionnariat, un tiers pour les salariés.

En fait, c’est plus qu’un souhait, il y a comme une menace d’imposer les trois tiers si les partenaires sociaux ne s’arrangent pas entre eux.

Il n’y a pourtant pas lieu de s’énerver à ce sujet : la proposition du Président relève du fantasme à faire naître dans l’esprit du salarié, et tout le monde le sait.

Mais Laurence Parisot réplique à côté de la plaque :

Comment l’économie peut-elle fonctionner si on ne rémunère pas les actionnaires ?

C’est simple : comme d’habitude.
L’économie fonctionne habituellement sans rémunération des actionnaires.

D’ailleurs, Laurence Parisot le sait, elle le dit elle-même peu après :

(…) ce qui est le plus courant c’est le patron actionnaire qui ne prend jamais de dividende.

Hé oui.
Et voilà qui fiche par terre les velléités du Président.
Sauf à sabrer dans les investissements, il n’y a dans la plupart des cas rien à partager entre les actionnaires et les salariés.

Sans compter qu’en 2009, il n’y aura dans la plupart des cas aucun profit et il sera question, en cas d’accord entre les interlocuteurs sociaux ou de décision autoritaire, de partager en trois … rien du tout :)

Ah bin oui, avec une croissance zéro ou négative en 2009, et la déflation en prime, ça ne fera pas lourd à se partager début 2010.

Les trois tiers, c’est du fantasme qui ne coûte pas cher …

Remarquable aussi :

Il faut avoir les idées claires : le travail est rémunéré par les salaires et le capital par les dividendes !

Et les banques sont rémunérées par l’intérêt de l’argent chichement prêté aux entreprises mais surtout par les placements risqués, oui oui on sait …

On n’a pas oublié l’affaire Kerviel, on sait bien que le gros argent vient d’autre part que du rôle fondamental de la banque qui est d’alimenter le crédit des entreprises et des particuliers - un business qui rapporte bien assez.

Ayons donc les idées claires. Essayons.

1. L’économie fonctionne parfaitement sans rémunération des actionnaires.
C’est le cas le plus courant.

2. Ce qui ne fonctionne pas sans rémunération des actionnaires, c’est le capitalisme.

Le capitalisme, c’est l’exploitation des travailleurs par les actionnaires par l’intermédiaire des entreprises.

Rien à voir avec l’économie. C’est du parasitisme.

Il est significatif qu’un “patron des patrons” confonde “économie” et “capitalisme”.

Serait-ce une indication quant à la sorte de patrons défendus ?

La plupart des patrons ne font pourtant pas cette confusion, ce sont des bosseurs comme les autres (et certains travaillent plus dur que leurs salariés, et avec leur patrimoine personnel engagé - gagé - auprès des banques).

Il serait peut-être temps d’opérer une distinction entre les patrons dont les entreprises constituent le tissu économique du pays et ceux des grands groupes et banques qui sucent la moelle de tout le monde sans même faire leur boulot.

Et de distinguer les patrons qui vivent leur entreprise de ceux qui y ont été parachutés.

Distinguer les créateurs des parasites et des fouteurs de merde.

Parce qu’aucune dictature ne s’est installée sans financement.
Ah bin pardon mais il faut bien le rappeler, ça.

Savoir qui défend quoi et qui roule pour qui, voilà ce qu’il faut.

Alors, on aura les idées claires.


[1]
Face à la crise, Laurence Parisot hausse le ton contre Sarkozy

2 réponses à “Paroles de patronne”

  1. mabylone dit :

    Partager en trois tiers les profits des entreprises est utopique et démagogique. Utopique car dans le cas des grandes entreprises si l’état français met son nez dans la stratégie de ces entreprises, celles ci iront se délocaliser dans d’autres pays ( ex Total le plus gros bénéfice des entreprises françaises peut sans aucun problème délocaliser son siège sosial en Suisse, Total verse plus de 15 milliards d’impôts en France )
    D’autre part si les capitaux nécessaires au fonctionnement des entreprises ne sont pas correctement valorisés, les actionnaires iront placer leur argent ailleurs, au détriment de ces entreprises.
    Démagogique, car Sarkozi sait trés bien qu’il n’a aucun pouvoir sur les conseils d’administration sauf à nationaliser ces entreprises.
    Donc cette proposition est sans aucun intérêt, si ce n’est que le président de la République veut faire montre de sollicitude aux salariés qui ne sont pas pour la plupart dupes.
    Mais ce n’est que mon humble avis.

  2. SZarah dit :

    On est d’accord : c’est de la communication avant tout, pour donner l’illusion d’une participation en réalité impossible.
    Question sensibilité, je pense qu’on a atteint le point où “ne pas être dupe et laisser faire” devient insupportable à bon nombre de citoyens.

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