Projet HADOPI : illiquide !
Ce qui est illiquide ne peut pas facilement être converti en argent liquide. C’est invendable, autrement dit.
Exemple : les actifs toxiques des banques sont illiquides et il s’agit de les éliminer pour que le système financier puisse recommencer à fonctionner.
L’adjectif s’applique très bien au projet Hadopi.
Ce qui ne veut pas dire que certains ne l’achèteront pas.
Je ne vais pas vous bassiner avec une enième description du problème, les journalistes ont déjà tout expliqué, par exemple Astrid Girardeau chez ecrans.fr, le 6 février 2009 :
Tout le monde a intérêt à transformer Internet en Minitel
et des collectifs traitent fort bien la question en suivant ses moindres évolutions, comme laquadrature.net : HADOPI - Albanel passe son oral : 0/20.
C’est d’ailleurs laquadrature qui lance en cette fin février un
APPEL HADOPI : “black-out» du Net français”.
Il ne s’agit pas de fermer boutique mais d’afficher sur son site un bandeau de protestation du genre de celui-ci :
Il y en a des discrets, format bouton 88×31, n’importe qui peut caser ça sur son blog ou sur son site.
Mais attention, soyons clairs : je ne vous incite pas à placer une telle bannière, ni ne vous le déconseille.
Moi j’en mets une pour info mais sur un site de production je ne le ferais pas, à cause du lien profond qui permettra de lire le trafic de la page porteuse de l’image et ça, ça ne regarde que moi et Google.
Et si j’aime bien tout ce qui bouge sur l’Internet pour contrer les visées hégémoniques de [n’importe qui] sous couvert de sécurité, j’ai passé l’âge, quoique toujours candide, de prêter le concours de mes enthousiasmes sans analyse sérieuse des mobiles.
Contrer HADOPI, on peut le faire pour différentes raisons dont voici les principales :
- pouvoir continuer à pirater librement;
- défendre le “libre”;
- s’opposer au gouvernement qui propose la loi (parce qu’on est par principe contre tout ce qu’il propose);
- …
Bref : les raisons sont multiples et le souci est de ne pas laisser récupérer sa propre manifestation pour un motif qui n’a rien à voir.
Et je préfère que quand on me demande de manifester ce soit pour quelque chose, pas contre.
J’ai besoin de contre-propositions, quoi
En plus, je ne voudrais pas m’embarquer avec des pirates.
Ce n’est pas un risque avec laquadrature, je m’empresse de le préciser avant qu’ils me tombent dessus
J’en connais, des pirates, des gros, bourges et friqués, le “libre téléchargement” n’a pour eux rien à voir avec des notions de liberté, même élémentaires, pour eux c’est une affaire d’argent.
Pour votre édification, voyez un peu qui est concerné dans l’actuel procès suédois de Pirate Bay …
Pour moi, le projet Hadopi est illiquide pour des raisons qui paraîtront bizarres à certains, et très personnelles parfois.
D’abord, je suis sur l’Internet depuis 1992 et je ne veux PAS de barbelés sur ma prairie.
Ensuite, ce projet est mal ficelé, c’est du bâclé répressif et j’ai horreur de ça. L’idée d’une liste de sites “autorisés” est d’une incommensurable bêtise dans nos contrées. C’est une chinoiserie, disons.
De trois, l’Italie prépare pile le même genre de limitation du Web et j’ai horreur qu’ici on copie bêtement ce qui se fait de plus calamiteux là-bas (voir chez Jean-Marie Le Ray :
Berlusconi + Internet = Censure !).
Enfin quoi ? Ne pouvons-nous imaginer nos propres dérives sécuritaires ?
Avec nos spécificités culturelles ?
Arf
De quatre : le prétexte de la lutte contre la criminalité ne me convainc pas.
Les criminels ont TOUJOURS un pas d’avance, technologiquement parlant.
En marchant sur leurs traces, on les stimule dans leur quête de la performance et tout est à refaire tout le temps.
Ce ne serait pas grave, ce serait même un secteur d’activité porteur, si au passage on ne restreignait la liberté des innocents.
De cinq : je suis pour l’atomisation du Web, pas pour sa centralisation.
De six : je trouve petit et mesquin de culpabiliser l’utilisateur quand il serait tellement facile de décréter le téléchargement libre de n’importe quoi et d’en faire payer le prix aux FAI.
Bin quoi ? C’est eux, le vecteur.
Pareil qu’un CD vierge ou qu’une photocopieuse : surtaxe et redistribution point barre.
Et oui, je sais bien qu’ils vendent le MO moins cher qu’il leur coûte et qu’il va de leur intérêt que les gens téléchargent moins
Mais ça, c’est leur problème n’est-ce pas ?
Je préférerais payer ma connexion plus cher mais qu’on fiche la paix aux gamins et aux autres consommateurs boulimiques.
Et il doit bien y avoir moyen d’imaginer une solution payante à tarif raisonnable.
Enfin-bon : pas de manifestation Blackout pour moi, et HADOPI je n’en veux pas.
Mais je compte sur la sagesse des parlementaires pour envoyer ce détestable projet aux oubliettes.
—
Ce billet a été provoqué par un sujet des forums WebRankInfo : Blackout du net contre hadopi.

26 février 2009 à 17:50
Super liens, très instructifs, merci !
3 mars 2009 à 1:27
Revue de blogs…
Il est temps de refaire un petit tour du Web… activité que pratique quotidiennement Olivier, avec son encyclopédique “Bloguer ou ne pas bloguer“, où je trouve régulièrement des perles, dont le robots.txt d’Obama, et que ma …