Rien ne les sauvera

Le Web est un média, donc il doit réagir comme un média et on peut l’exploiter comme un média.

C’est une des croyances les mieux enracinées.

Dire que le Web est un média, c’est comme dire que le téléphone est un média.
Il ne suffit pas que les commerçants utilisent un vecteur pour faire de ce vecteur un média.

N’empêche, un grand nombre d’auteurs, et particulièrement les journalistes, sont tombés dans ce syllogisme.

C’est un média, nous sommes gens de médias nous y avons notre place boudiu !

Bin non, pas forcément.
Le Web ne se plie pas aux croyances.

Universités d’été (ou d’autre morte-saison), colloques, articles, blogs dédiés, bouquins … tous dans la brume, sans exception aucune.

Mais ça brasse de l’argent : c’est donc utile :)

C’est un créneau juteux, la mort de la presse …

Et le mieux qu’on puisse donner (ou plutôt vendre) à la presse online, c’est les moyens de prévoir la date de sa mort :)

Certains, accrochés à leur os comme un bouledogue, tentent de comprendre.
Les gens ne sauraient plus lire, ou ne seraient plus aptes à comprendre …
Voilà l’explication que certains avancent : les consommateurs seraient devenus moins compétents :)

Et si au contraire ils avaient bien compris, les consommateurs ?

Et s’ils avaient réussi à se désintoxiquer de l’info ?
Et s’ils s’étaient aperçus que l’information des médias online est non seulement bâclée et inutile mais souvent toxique pour l’entendement ?

L’info online, c’est tout de même beaucoup de temps perdu pour ne pas apprendre grand’chose …

Franchement, je ne vois aucune news qui nécessite d’être appréhendée plus vite que dans mon journal en papier de demain matin …

Online, c’est un stress bien inutile et la dispersion de l’attention.
Et une immense perte de temps.

Je suis iconoclaste ? C’est rien de le dire :)

Sans compter qu’on a le streaming natif de la radio et, pour les masochistes, celui de la télévision :)

On l’oublie trop souvent, que la radio et la télé c’est comme la vie : du streaming. Le Web à côté c’est un truc lourd qui te prend les yeux les oreilles et les doigts en plus.

La radio, c’est vraiment le média que je préfère.

C’est rapide et non intrusif, ça ne monopolise pas l’attention, ça passe en background …

Je me suis repassée de vieilles bandes de Caroline (ou de Veronica, je sais plus, c’est un vrac j’étais pas née).

C’était hachement bien, les news t’interrompaient la zik pour des messages courts et cependant explicites, du genre tit tit tîîît Le Pape est mort tit tit tit.

L’essentiel. Pas de blabla. Style télex.
On traitait l’info pareil que la pub : comme une nuisance nécessaire dont il s’agissait de se débarrasser au plus vite.

C’est bien, la radio.
Sobre et rapide.

Sur le Web, on a tenté de sacraliser l’info et l’efficacité s’est perdue au profit de bavardages inutiles, d’analyses qui ne font que compliquer les choses …

L’info a tout bouffé, en gros.
Elle est devenue la source de vie des médias.

Parce que la publicité, c’est aussi de l’info :)
Comment saurais-tu quoi acheter et où, sans la pub ?
Je te le demande …

Je sais bien que ça déplaît quand je dis que “news et pub même combat”.

Les théoriciens ne veulent pas le savoir :)
Ils font des distinctions bien inutiles entre l’importance d’un message publicitaire (”Zazur lave plus blanc, des tests en labo l’ont démontré”) et celle d’un message sanitaire (”La grippe A(H1N1) va liquider le Ragnakistan sub-boréal”) ou politique (”Le Président tient à son programme”) ou encore people.

Tout cela se vaut, objectivement : c’est de l’occupation, du divertissement, de l’entertainment.
Rien de plus, les ptiloups, réfléchissez.

Si ceux qui ont besoin d’infos pour bosser dépendaient des médias online pour en obtenir, ça se saurait.

L’info dispensée par les médias online, c’est du support à publicité, de l’accroche, du prétexte.

Mais comme l’info et la pub sont de même nature, il manque quelque chose : un contenu de base, disons la musique de la radio :)

De la vraie matière, voilà ce qui manque.
Il y a les nuisances (info et pub) autour de rien du tout.
Pas étonnant que ça finisse par lasser.

De même que la publicité a des annonceurs, l’info online devrait avoir des sponsors.

Par exemple : des lecteurs payants.

C’est bête, dit comme ça, pas vrai ? :)
C’est illusoire, surtout.

Sauver les journalistes
Jadis, lors d’une autre évolution, on n’a pas sauvé les 20.000 allumeurs de réverbères au gaz.

L’espèce s’est éteinte dans l’éclat des feux électriques.
Mais l’éclairage n’a pas souffert.

L’info ne souffrira pas non plus.

8 réponses à “Rien ne les sauvera”

  1. nico dit :

    J’adore ^^

    Pour moi, le web est un univers à part entière dans lequel il y a des médias comme dans la vie. C’est clair que réduire le web à un média, c’est culotté.

    En tout cas, bravo pour ta facilité à tenir un monologue en répondant aux questions qu’on pourrait te poser par anticipation. C’est clair, tu as un don ;) .

  2. chiendent dit :

    Très bon article.
    J’ajoute que Denis avait fait pointer dans quelques posts sur des articles de journaux en ligne sur l’actualité. Quelle erreur! maintenant cela renvoie sur la page home: plus moyen de trouver les articles; ils sont disparus. Je vais devoir éditer ces posts et cela leur enlève du sens. Donc on ne peut référer d’articles des médias que très temporairement. Tout cela est contraire à mon avis à l’esprit même du web.

  3. SZarah dit :

    C’est vrai que le principe c’est
    1 URL = 1 document à un endroit précis
    Un certain nombre de gros journaux en ligne s’en fichent complètement.

  4. SZarah dit :

    Et merci à toi aussi, nico :)
    Il faut croire que je suis infréquentable : aucun nezdbeux ne me cite jamais :)

  5. Renan dit :

    Le Wordle le confirme : C’est :)

    Wordle: Rien ne les sauvera
  6. mabylone dit :

    Je crois personnellement que ce qui sauvera les journalistes c’est avant tout l’humilité, mais cela va être dur dur!
    La majorité des membres de cette profession, je ne dis pas tous pour ne tomber dans la critique primaire, présente une haute idée d’elle même, la conduisant à se positionner au dessus de la vulgaire piétaille.
    Le journaliste ne peut être critiqué car c’est une atteinte à la liberté d’expression, le journaliste ne peut être soumis au dictat économique, car c’est un intellectuel, le journaliste n’est pas soumis au même barème de l’impôt que le vulgaire quidam, car il sert la société, le journaliste se gonfle le melon, car les leaders ont besoin de sa communication, etc…, etc… Anecdote : Habitant une ville moyenne de province, les journalistes du journal local ne mettent jamais un sou dans les parcmètres, ils posent juste une carte avec le nom du journal sous le pare brise, sachant que personne n’osera leur faire l’affront de leur mettre un PV, des fois qu’ils disent du mal de la mairie dans leur canard.
    Tout ça pour dire que l’idée de mélanger la pub avec de l’Information, est une idée tout à fait déplacée. non, tu veux positionner le journaliste avec les marchands de soupe! Toi, tu vas avoir des problèmes, tu vas avoir des gros problèmes, comme dit Fred à Omar, ou réciproquement :)

  7. SZarah dit :

    Je m’y attends : les marchands de soupe ne vont pas être contents :)

  8. SZarah dit :

    @ mabylone
    Cela dit, le journalisme n’est pas partout aussi inféodé au pouvoir qu’il paraît l’être en France. Ni aussi putassier. Dans les pays anglo-saxons et nordiques notamment, l’indépendance du journalisme reste la norme.

    Quant aux menus privilèges des journalistes … Voilà bien un détail sans importance aucune eu égard aux enjeux démocratiques. S’il y a un métier à préserver, c’est bien celui-là. Mais en France, il faut d’abord lui recoudre les ailes et réparer son armure élémentaire, dont une des pièces maîtresses est le droit à la non divulgation des sources.
    Quand il y a convergence entre l’attitude du pouvoir et la voix du peuple vis-à-vis des journalistes, je flaire la manipulation.

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