“Démocratie en Europe” : le jeu !
L’été, les vrais maîtres du monde partent à la colo, histoire de se reposer des taquineries faites au petit peuple et aussi pour en préparer de nouvelles.
C’est sympa, l’atmosphère est familiale et bon enfant, avec les répétitions attendues de vieilles chamailleries.
Par exemple les Vénérables, Jacquou et Gigi, qui s’engueulent au sujet de l’aide apportée à leurs campagnes respectives par l’Afrique.
Voilà du vrai vioque blanchi sous le harnais et qui conserve une âme d’enfant batailleur.
- “En fait ils s’adorent, ces deux-là” dit Grand-mère. “Ils ont le même sens de la Coopération.”
On s’amuse aussi de l’attitude de certains nouveaux qui, tout heureux d’être là et comme soulagés, extériorisent sans retenue leur exultation.
Sourires toutes dents dehors et bourrades amicales aux anciens, tape sur l’épaule des plus connus, on se croirait dans un quelconque Gn mais ça montre que ces monstres en puissance ne sont que des gamins apeurés.
Et superstitieux comme vous n’avez pas idée.
Au grand repas du soir, on se permet toutes les blagues racistes, religieuses et sexistes vu qu’il y a un peu de tout autour de la table et que les blondes font semblant de ne pas comprendre.
Donc ça se marre bien.
Bêtement, mais ça se marre.
Les blagues, je ne les retiens jamais.
Alors je note, rien que pour vous.
Ma dernière préférée :
Quand une blonde belge devient française, ça améliore le QI moyen des deux pays.
C’est-y-pas une belle, celle-là ?
Ah ça d’accord, pour l’apprécier il faut au moins trois neurones.
Merci qui ?
Ensuite, le temps vient de mettre au lit les plus jeunes et de passer aux jeux de société.
Là, on a joué “Démocratie en Europe”, la version collector “Traité de Lisbonne” et j’ai tiré le II-71 à remplir.
J’ai battu des mains, parce que cet article dit que je peux dire tout ce que je veux.
- “Il s’agit de l’exprimer clairement” a dit Grand-mère.
- “Et d’apporter les précisions nécessaires” a renchéri l’Ours bleu.
On va le dire comme ça :
Article II-71:
1. Toute personne a droit à la liberté d’expression. Ce droit comprend la liberté d’opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu’il puisse y avoir ingérence d’autorités publiques et sans considération de frontières.
Comme c’est beau ! Comme c’est clair ! Comme c’est grand !
Liberté chérie, comme tu dois être heureuse de nous voir oeuvrer ainsi à ta consécration !
- “Et nous ajouterons en annexe les précautions d’usage” a dit le Nain dans un français transalpin plus spumante que bruisante.
Explication à propos de l’article II-71, article 11 de l’annexe 12
“L’exercice de ces libertés comportant des devoirs et des responsabilités peut être soumis à certaines formalités, conditions, restrictions ou sanctions prévues par la loi, qui constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité nationale, à l’intégrité territoriale ou à la sûreté publique, à la défense de l’ordre et à la prévention du crime, à la protection de la santé ou de la morale, à la protection de la réputation ou des droits d’autrui, pour empêcher la divulgation d’informations confidentielles ou pour garantir l’autorité et l’impartialité du pouvoir judiciaire.”
Mince, l’ouverture pour des exceptions nombreuses et variées
- “Ah oui mais c’est trompeur !” ai-je protesté.
“Le petit peuple n’ira pas lire les annexes quand il signera le contrat”.
- “Il faut bien prévoir toutes les éventualités” a dit le Nain.
- “Même celle, hélas, où le petit peuple ne comprend pas bien tout et est d’une paresse extrême” a ajouté l’Ours bleu.
- “Et je suis content que les annexes préservent la morale” a dit Sa Sainteté du Balourkistan.
“On pourra les faire taire au nom de la morale, il fallait absolument l’inscrire dans cette Constitution.”
La grande astuce, c’est là :
Article IV-442:
Les protocoles et annexes du présent traité en font partie intégrante.
Avec ça, tu dis “blanc formel” dans le texte et tu ouvres au noir dans les protocoles et annexes.
Ce sont des malins
Certains légifèrent chez eux comme si le Traité de Lisbonne était déjà d’application.
- “Ce sont de grands humanistes” me chuchote la perruque de Voltaire.
“Ils savent que la bête immonde sommeille en chacun de nous et qu’il n’est pas possible de l’effacer.
Il faut donc lui laisser la possibilité de s’exprimer.
Petit à petit, nous construisons un monde qui hisse l’homme hors du chaudron barbare.
C’est lent et cela ressemble à une procession d’Echternach : deux pas en avant, un pas en arrière.
Mais on y va !
Cette démocratie-là est exportable, ces “droits de l’homme”-là sont globalisables.
Sans les protocoles et annexes, on ne les vendra jamais.”
Sans blague ?
Des humanistes, mmmh ?
Permettez-moi de rire grassement.
Combien de nos libertés fondamentales sont-elles piégées d’usine par nos propres représentants ?
Sont-ils à ce point bornés qu’ils ne voient pas ce qui pointe à l’horizon ?
J’ai la réponse, mais je vous laisse chercher.
Après tout, la liberté ça se mérite.
Une Constitution de plus de quatre pages A4 en Arial 12 est une abomination destinée à gruger les gens.
Le projet en compte plus de 400 !
Et une Constitution qui s’arrange pour ne plus jamais pouvoir être modifiée, c’est une saloperie à jeter à la poubelle.
Ce n’est pas aux hommes d’écrire les Tables de la Loi, non mais !
Charlatans !
Parisiens !
Non mais ils m’énervent.
- “Ne confonds pas leurs libertés et nos libertés”, me dit l’Ours bleu, “ce n’est pas la même chose.”
“Ne perds pas de vue que tes futures entreprises auront besoin d’esclaves dociles.
Quand tu seras grande, tu comprendras.”
Quand je serai grande ??!!
Mais je vais te débrancher, l’Ours bleu !
- “Keep cool”, me dit le gypaète barbu. “Ces dictateurs soft nous amusent avec leurs frasques de clowns.
En dominant les autres, ils tentent d’oublier qu’ils ne sont eux aussi rien de plus que de la charogne en sursis.
Quand tu seras grande, je t’apprendrai comment appliquer l’”instant karma”, ça te plaira.”
Quand je serai grande, je serai Impératrice de tout ce qui dépasse sur la carte au nord de Tourcoing, avec la flotte pour limite à gauche et le Pacifique à droite.
Je serai sévère mais juste, et généreuse, surtout avec mes amis à moi que j’aurai.
Ou alors je ferai papesse.
Je sais pas encore.
Ou marchande de glaces.
“No reason to get excited” dit le poète Dylan Bob et il ajoute :
There must be some way out of here
Said the joker to the thief
There’s too much confusion here
I can’t get no relief
Businessmen they drink my wine
Plowmen dig my earth
None of them know along the line
What any of this is worth
Et dans le petit matin qui vient along the watchtower, on voit se smoualler les borogoves.
Trois points pour terminer, c’est pour mes frères du RER non ferroviaire : …
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Le lecteur est prié de feindre avoir particulièrement apprécié :
- “Le libéralisme hisse l’homme hors du chaudron barbare pour le sécher avant de le frire”.
- “Les libertés fondamentales sont piégées d’usine par la Constitution”.
- “Les droits de l’homme, mutilables, deviennent une denrée exportable. Nous voilà riches !”.
- “La perruque de Voltaire est un interlocuteur à poil dur”.
30 juillet 2009 à 21:11
Je me permets de violer ouvertement la virginité des commentaires pour apprécier “ZE” chansonnette eu’ du Bob qu’est sûrement une de ses meilleures voire la moins ratée
. En vrai je la considère comme la meilleure, merci Szarah.
-aparté- j’y crois pas, quand je suis pas là personne réagit à cette aussi bonne parole -fin de l’aparté bou-bièreuse-.