Développement durable : humeur et religion
… et humOur évidemment
On pourrait croire que j’éprouve un ressentiment à l’égard de la religion de l’écologie, par exemple en lisant La cavale aux étoiles on sent bien le sarcasme tranchant qui affleure pour blesser le pied de l’écolo au-travers de la sandale en vraie corde végétale et élastomère.
Mais en fait pas du tout, je suis respectueuse de toutes les croyances.
Du moment que le prosélytisme reste discret et que le prédicateur n’utilise pas la technique du pied qui empêche ma porte de se refermer, je ne manifeste aucune émotion devant les manifestations de quelque religion que ce soit.
Il m’arrive de les admirer, ces manifestations, c’est même ainsi la plupart du temps.
Bon, quand une religion prend racine dans l’Etat au point que des lois sont votées qui obligent à en respecter les dogmes, là ça m’agace un peu.
Non pas sur le principe même, plutôt par manque d’habitude : j’avais cru comprendre que je vivais dans une société laïque.
Mais je me dis que la démocratie fonctionne et que si c’est ainsi, c’est qu’il y a des raisons et que c’est moi qui n’ai rien compris.
Alors je m’informe.
Les axiomes fondateurs ne sont pas difficiles à trouver :
- la planète est en danger;
- c’est notre faute;
- nous devons modifier nos comportements nuisibles;
- la Taxe est LA solution pour nous inciter à changer;
- il nous faut consommer moins et mieux et plus cher.
Ce sont des choses faciles à comprendre.
Il faut consommer moins.
En même temps, consommer moins ça nuit à l’économie.
Sauf si on augmente les prix.
Moins vous consommerez, plus ce sera cher.
Vous n’économiserez pas votre argent, le gain ira à la planète.
Et la planète restera viable pour les générations futures.
Ok.
Je peux comprendre ça.
Encore que … les générations futures, quand je regarde de près celles qui sont déjà là, je les trouve déjà un peu avariées.
Ces gosses sont en moins bonne santé que leurs parents, dis donc.
Des allergies tant que tu veux, de l’obésité, des comportements pour le moins louches - dont le refus systématique de toute autorité sauf s’ils sont payés …
Je ne vois pas comment on pourrait réparer ça.
Mais je peux adhérer aux principes écolos, d’autant plus facilement que je n’ai pas attendu la religion-mode de l’écologie pour m’intéresser au petit véhicule : j’ai eu une Mini
C’est une private joke entre mes amis bouddhistes et moi, faites pas attention.
Si vous y tenez, voyez à hînayâna.
Pour ma part personnelle dans l’effort à consentir je ne vois pas ce que je pourrais faire de plus que ce que je fais depuis toujours (= “être pingre à en faire vômir le commerçant et me contenter du meilleur”).
Mais je suis prête à louer mes services aux vendeurs qui ne tarderont pas à prôner une consommation moindre, une consommation responsable, une consommation citoyenne !
Marketting POWA !
Et équitable, la consommation, j’oubliais.
Difficile de demander de consommer équitable à l’ouvrier qui touche des clopinettes pour son travail, menfin bon, la publicité peut faire passer cette incohérence : tu bosses hors équité, tu consommes équitable.
Le petit peuple a avalé d’autres couleuvres que celle-là, il a fini par y prendre goût.
Si vous insistez, je vous raconterai ce qu’il a fallu faire pour que dans telle institution un employé atteint de sclérose en plaques obtienne le siège ergonomique prévu dans les Conventions et pourtant refusé …
Menfin ce n’est pas le bon endroit pour critiquer l’inhumanité de fait de l’establishment.
Ici, on s’amuse
Il y a plein d’arguments pour convaincre de consommer “équitable”.
Par exemple, il est normal de lutter contre l’esclavage des enfants dans la production de marchandises et de denrées importées.
Et pour ça, il n’y a pas trente-six solutions : il faut détecter les entreprises qui commercialisent de tels produits et faire pression sur ces entreprises.
J’ai des exemples à livrer mais je laisse ce soin aux organisations dont c’est le boulot, il y a trop de risques à fustiger tout un secteur alors que seulement quelques acteurs de ce secteur sont concernés.
De plus en plus de consommateurs désirent adopter des comportements économiques responsables, c’est un fait.
De plus en plus d’entreprises veillent à pratiquer un commerce équitable basé sur des principes simples à comprendre :
- Un prix d’achat décent au producteur;
- Des relations durables entre partenaires économiques;
- La garantie des droits fondamentaux des travailleurs;
- La transparence sur l’origine du produit et les étapes de sa commercialisation;
- Le préfinancement des commandes;
- Un mode de production respectueux de l’environnement;
- La qualité des produits proposés.
(Extrait de Quelles sont les spécifictés du commerce équitable ?)
Le commerce équitable permet le développement durable des populations impliquées dans la production.
A condition que des spéculateurs ne viennent pas faire chuter la valeur du produit concerné sur les marchés mondiaux et ruiner les producteurs …
En même temps, on nous recommande, pour notre santé et pour le bien de la planète, de consommer des produits locaux de saison.
“Produits locaux de saison” = moins de stockage et moins de transport = moins d’énergie.
Et tout le boulot est effectué “chez nous”, donc c’est bon pour l’emploi local.
Moins de frigos, moins d’avions et de bateaux, mais un peu plus de cultivateurs.
Les produits n’en seront pas moins chers mais ils sortiront d’une “chaîne sans gaspillage ni pollution”.
Au niveau de l’alimentation, c’est donc tout simple :
- les denrées exotiques (bananes, café, chocolat, coton …) devront provenir de filières équitables;
- les autres denrées proviendront de la proximité et de la saison.
Bien sûr, les produits locaux devront comme les autres sortir d’”un mode de production respectueux de l’environnement” et l’agriculteur devra cesser d’investir dans la chimie pour transférer ces coûts à des salaires agricoles.
L’étape suivante ?
Au lieu d’utiliser de polluants tracteurs et moissonneuses, faire faire le boulot par les hommes.
Pareil pour la traite des vaches.
Et ça, ça risque de faire s’envoler les prix.
Sans compter que sans la chimie, les récoltes seront soumises de plein fouet aux aléas du climat et des nuisances animales.
Déjà qu’il est patent que nous ne produisons pas assez de nourriture pour les besoins de notre population et que l’importation est une obligation …
En plus, la balance commerciale plonge dans le rouge puisque tu n’exportes plus rien vu que les gens de partout produisent et consomment “local”.
A moins que tes poireaux deviennent une denrée “exotique” pour d’autres … et que ces consommateurs lointains puissent s’offrir tes poireaux au prix du commerce équitable
Je ne parle même pas du carburant “propre” : j’ai ouï dire qu’il fallait 250 kilos de maïs pour produire un plein réservoir de jesépluquoi, d’éthanol si ça se trouve.
Et oui, c’est exprès que je ne cite aucune référence mais seulement mon impression ![]()
Les famines programmées, c’est équitable pour qui ?
Dans le même temps où les prix décollent, toi tu gagnes de moins en moins.
C’est comme ça.
On t’a dit qu’il fallait “accepter des sacrifices vu que ces Konnards de financiers nous ont endettés pour 25 ans” et toi, au lieu de sortir en étriper un au hasard comme ton instinct primitif te le suggérais, tu as plié l’échine donc t’as pas fini d’en prendre plein la tronche et tes gosses non plus.
C’est parce que toi, tu es civilisé, voilà pourquoi.
Et tu as bien fait de t’abstenir : c’est illégal, l’étripage.
Equitable ? Haha !
Puisque tu gagnes de moins en moins et que tout coûte de plus en plus cher, la solution c’est de consommer moins.
Encore que si tout le monde se met à consommer moins, et comme les actionnaires veulent toujours plus ou à défaut autant, ta sous-consommation … va faire monter les prix.
Divise ta consommation d’énergie par deux et tu verras : le prix va doubler.
Admettons. Si on me paie correctement, je peux aider à faire passer cette pilule.
Je peux même aider à lancer la mode de la simplicité volontaire, un truc-machin qui te fait prendre pour un idéal excitant ce qui est en fait la seule solution face à ta propre paupérisation programmée.
“Volontaire” … tu parles !
J’y reviendrai une autre fois, c’est trop marrant.
Donc je m’informe et tenez-vous bien, j’y vais de ma poche pour participer à un séminaire sur le “‘Développement durable”.
Incroyable ce que ça peut durer, le développement des séminaires d’information.
Rien que ça, c’est la démonstration que c’est possible, le développement durable.
Et en plus, ça va bien avec les énergies renouvelables puisque c’est du vent.
Mais je vous raconte.
Alors en matinée, il y avait ce professeur venu pour faire prendre conscience aux chères têtes blondes des problématiques africaines en matière de simple survie des populations.
Et c’est édifiant.
Je vous cite rapidement un exemple. Pour transformer un terrain en zone propre à l’agriculture, il faut disons 500 dollars par hectare.
Des subsides sont demandés à je sais pas, j’ai pas pris de notes, disons à l’ON*.
Quand le projet a bien été contrôlé par les Autorités Compétentes, l’amortissement des frais de cette expertise fait que le coût à l’hectare est passé de 500 à 2000 dollars.
Et donc c’est trop cher et le projet ne verra pas le jour.
Mais le projet a servi à l’économie : salaire des experts, déplacements … l’argent a circulé.
Pas au bénéfice des principaux intéressés.
Mais bon, on ne peut pas tout avoir.
On ne peut pas avoir “rien” et “quelque chose” en même temps.
Il faut partager : le demandeur a “rien” (mais aussi bien avant que après, donc il ne perd rien), l’expertise a vécu de la demande.
Equitable ? Va savoir !
Durable ? Oh oui, cinquante ans que ça dure !
Les projets à examiner ne manquent pas, les nécessiteux sont aussi créatifs que désargentés.
Et s’ils n’ont pas les compétences pour proposer et monter les dossiers (ça arrive), on leur délègue des propositeurs avisés.
Le professeur qui raconte ça a travaillé plusieurs années pour je sais pas, j’ai pas pris de notes, disons pour l’ON*.
Avec un salaire quatre fois supérieur à son salaire d’enseignant.
Pour examiner le genre de projet susdit.
La gabegie n’étonne pas vraiment.
Si tu es marginal ou dépendant et qu’on doit s’occuper de ton cas, tu deviens une matière première qui génère des services, de l’emploi, des rapports, toute une industrie.
Tu ne voudrais pas être aidé pour de vrai, non ?
Si ton cas était résolu, tu imagines le choc économique ?
Ah la la, ces nécessiteux, quels égoïstes !
J’apprends des choses que j’ignorais.
Par exemple, que des crevettes pêchées en Mer du Nord prennent l’avion pour être décortiquées en Asie du sud-parlà et reprennent ensuite l’avion pour être vendues à côté de l’endroit où elles ont été pêchées.
Marrant, non ?
La solution avancée par l’assemblée religieusement consensuelle, ce serait la taxation du kérozène.
Rendre le transport plus cher rapatrierait du sud-parlà l’industrie du décorticage des crevettes.
Bon, le client final n’y gagnerait rien question portefeuille mais cette relocalisation créerait de l’emploi.
Et on brûlerait moins de kérozène.
J’aime bien ce genre de solution
C’est équitable sauf pour les gens d’Asie du sud-parlà qui n’auraient plus rien à décortiquer.
Et mon voyage pluri-annuel vers le soleil me coûterait plus cher, à chaque fois puisque le carburant serait taxé.
Et le prix des crevettes décortiquées augmenterait, on en mangerait moins, ce serait tout bon pour l’espèce. Les pêcheurs râleraient bien un peu mais il leur suffirait d’augmenter leurs prix enfin quoi !
Vendre les crevettes à la pièce, c’est pas une bonne idée, ça ?
Il faut consentir des sacrifices financiers si on veut stabiliser l’écosphère, humains compris
Moi, j’ai toujours cru que l’homme tirait sa force de sa capacité phénoménale à s’adapter.
Des déserts glacés aux déserts torrides, j’ai trouvé des humains partout.
Même dans des villes objectivement invivables, on trouve plein d’humains. Je n’y vais jamais mais d’après des sources crédibles, il y a plein de monde dans les villes !
Autant je peux comprendre que le commerce équitable permet le développement durable des producteurs exotiques, autant je comprends mal ses orientations impérativement dictées par propagande aux pays développés, orientations justifiées non par le bonheur de l’humanité mais bien par la “survie” de la planète.
Et non, ce n’est pas la même chose.
“Nous avons une planète à sauver”, j’ai entendu ça comme slogan.
C’est un drôle de raccourci.
Ce qu’il s’agit de préserver, c’est l’écosphère qui a permis à l’homme de se développer jusqu’à le rendre capable de scier la branche sur laquelle il est assis.
Et c’est perdu d’avance : l’équilibre est en perpétuelle rupture.
Parce qu’enfin quoi ? La planète vit et change, il y a des éruptions volcaniques, des tremblements de terre et toute une variété d’autres cataclysmes qui ne doivent rien à l’activité de l’homme.
Personne n’a rien fait pour entraîner la dernière glaciation (Wurm, Weichsel ou Wisconsin, c’est la même sous différents noms), celle qui a recouvert le Nord jusque Berlin et Stockholm de trois cent mètres de glace.
C’était entre -120.000 et -10.000 ans.
L’Homme y a survécu.
Pas le genre de choses qu’on peut supprimer par décret ni par la Taxe.
Ni par la prière. Quoique …
Cette putaing de religion renouvelle le concept de “péché originel” en nous culpabilisant tous et en plus elle nous promet non pas un hypothétique paradis si nous nous comportons en respectant ses dogmes mais en nous menaçant d’un enfer pour nos enfants si nous ne le faisons pas.
J’y reviendrai, mais d’abord je dois vous raconter l’activité de l’après-midi lors de ce séminaire : une visite à la ferme.
Vous allez rire.
22 février 2010 à 8:37
Vu à la rubrique “histoire d’en rire” un porc “traveller”
: http://taranis.revemonde.net/flashy/hache.jpg
22 février 2010 à 8:55
Résumé : né au Canada, élevé en Australie, abattu en Belgique.
Hachis ou gâchis ?
Le traçage obligatoire sur l’étiquette, c’est bien mais il faut que le consommateur prenne l’habitude de lire avant de choisir …
Merci pour l’image, Taranis !
23 février 2010 à 9:41
Les magasins qui pratiquent le commerce équitable permettent de découvrir des produits que sans eux on aurait pu se brosser pour les connaître. La liste est longue dans mes armoires, par exemple le sucre roux d’Equateur, des épices à n’en plus finir … C’est un “plus” indéniable, il fallait que je le signale.
23 février 2010 à 13:23
Le souci, c’est qu’à partir du moment ou l’argent intervient (commerce équitable, pseudo-équitable, ou vraie arnaque
), il devient le seul étalon.
Il n’y a que dans les métiers du luxe et de l’artisanat d’art et de l’art que le travail conserve une valeur véritable.
Vous admirez le travail du petit chinois qui a fabriqué les nikè de votre rejeton, vous ? (que vous achetez 200 euros)
… Ben voilà… Et en plus faudra les changer dans 6 mois.
23 février 2010 à 13:43
Assez d’accord avec toi : la véritable “rareté” justifie des prix élevés. La réputation de l’auteur compte aussi dans la détermination du prix.
Exemple : un pull tricoté par ma maman, c’est impayable
26 février 2010 à 14:21
Depuis que les lampes à incandescence sont hors-la loi, le progrès “Clic ! Et que la lumière soit !” n’est plus qu’un souvenir : là où tu as besoin d’un éclairage instantané, tu peux te brosser.
Résultat : bureau, couloir, WC, salle de bain, je laisse allumé tout le temps.
Merci les écolos !
26 février 2010 à 15:13
J’allais renchérir sur les OLED, mais finalement, laisser les lumières allumées, c’est très américain et c’est très trendy
.
Cependant, elles semblent avoir bien beaucoup d’inconvénients ces lampes fluo légalisées : lien
26 février 2010 à 17:20
On va être pollué au mercure avec ces satanées lampes!
Je n’en n’ai pas encore jeté heureusement sinon je me sentirai coupable mais le consommateur n’est pas averti et en plus il est obligé de les utiliser.
3 mars 2010 à 22:46
Si ces lampes étaient consignées, il serait bien plus facile de les récupérer pour les recycler proprement.
Pareil pour les piles et même pour les canettes.
Mais dire ça, ça me fait entrer dans la confrérie des Nyakas