Les éoliennes sauvages

En reconnaissance sur des pistes improbables pour l’agence Rare Roads, la Roadeuse rencontre des surprises inattendues qui l’étonnent de saisissement et voilà pour l’Oeuvre Nationale des Pléonasmes et Autres Redondances Terribles (C’est l’ONPART. “ONPART et on va loin“, c’est le slogan que j’ai trouvé pour eux moi-même avec ma tête à moi que j’ai et je le leur ai vendu jusqu’à ce qu’ils l’achètent en payant).

Déjà qu’il faut être fondue de la caboche et pas trop bien dans sa tête pour partir seule dans le désert sans téléphone satellitaire …

On serait au Nouveau-Mexique, on pourrait mettre cette folie sur le compte d’une synesthésie suite à l’ingestion d’une tisane de Lophophora williamsii, c’est un truc qui arrive quand tu n’as plus de Earl grey et que tu fais infuser n’importe quoi qui ressemble à du thé, la confusion est compréhensible quand le conteneur est une boîte métallique de réemploi. Toi, tu sors du lit avec le regard dans le brouillard, tu ne lis pas l’étiquette où il est marqué “Seulement pour usage sacré” et d’ailleurs c’est écrit en guyapa du sud-est, une option que tu n’as pas prise dans ton cursus. Confusion et infusion, et te voilà lophophorisée comme un nabab en fuite.

Si ça se trouve, la Roadeuse croit qu’elle roule dans les solitudes glacées d’un rallye sibérien et qu’elle a un mammouth rose comme co-pilote.
Mais on est très loin du Nouveau-Mexique, donc l’explication ne tient pas et d’ailleurs l’Oeil le confirme :

Aucun alcaloïde au spectrographe. Pouls et pression artérielle : full OK. Pression des pneus : full OK. Coquille de pont protège-carter : full OK. Ovulation dans trois jours dix heures et six minutes. Aspiration centrifugée du schnorkel : full OK. Vache à eau : vide. Vingt bouteilles de San Pellegrino pour un total de 15 litres. Douze bouteilles d’Apollinaris pour un total de 12 litres. Bouteilles non consignées. Marlin 444 : full OK. Culotte noire en soie et coton de marque Petit Bateau : full OK. Tapis de sol : full OK mais il faudrait un coup d’aspirateur. CB : HS par échauffement excessif du régulateur de tension. (Et bla bla blâââ …)”

[ Faute de discriminateur (qui est en réparation), l’Oeil considère les éléments imbriqués comme un seul objet global qu’il scanne dans un ordre certainement logique pour lui mais épuisant pour tout autre. Il traite donc la Roadeuse et son véhicule comme un objet unique, sans dissocier l’humain de la mécanique et des accessoires. Et peut-être a-t-il des raisons qui nous échappent pour faire ainsi, l’absence de discriminateur n’explique pas forcément tout, ne nous hâtons pas de conclure. ]

On coupe les commentaires de l’Oeil.
On va chercher du côté du social.

Les budgets sont ce qu’ils sont, maigrelets, maigrichons et fluets comme une orpheline sans parents qui serait affamée d’avoir faim faute de manger et de toute façon c’est une mission de très courte durée, à peine une journée du matin jusqu’au soir tout au plus au maximum pas plus, c’est régi par des Conventions entre syndicats et patrons.
C’est ainsi, les reconnaissances pour Rare Roads, et vu de loin et d’en haut, c’est bien ce que fait la Roadeuse : une courte reconnaissance en solitaire.

[ J’en ai assez fait pour l’ONPART aujourd’hui, fin des répétitions inutiles qui ne servent à rien. Oups ! C’était une petite dernière pour la route :) ]

La Roadeuse s’est mise en chemin vers les cinq heures du matin.
Direction : vers l’horizon qui tremble déjà de chaleur.

- Je vais perdre cinq kilos aujourd’hui pense la Roadeuse.

Une journée dans le désert, ça te fait perdre beaucoup d’eau mais tu la récupères en buvant deux fois autant que ce que tu transpires.
La Roadeuse a lu ça dans le “Guide de survie du touriste épanoui“, l’édition anglaise de 1927 traduite du tibétain d’altitude.

Donc pour compenser la perte de cinq litres, il faudra en boire dix. Bizarre. Une coquille de traduction ?

Tu élimines la différence derrière les cactus et ça perturbe l’écologie locale, en plus tu peux rencontrer un puma égaré, ou marcher sur un lézard venimeux ou sur un crotale et alors bonjour les soucis mais n’anticipons pas, c’est le tout petit matin.

Voilà la pensée interceptée de la Roadeuse.

La Roadeuse ne sait pas qu’il faut éviter de boire autant, c’est mauvais pour les reins, mieux vaut se vêtir à la bédouin, surtout quand on a un teint de rousse, et mettre la clim’.

Mais bon, elle est jeune, elle apprendra.
Si elle survit.
Parce que là, elle a tout faux.
Un petit ensemble short and shirt idéal pour le bar de la plage, pas de chapeau, des chaussures ouvertes à talonnettes, tu peux difficilement imaginer pire pour ce qui l’attend.

Epaules et jambes nues, tu vas t’offrir un coup de soleil d’anthologie, petite.

Incroyable !
Comment peut-on être aussi ignorant ?

En plus, si d’un mouvement subtil tu introduis ton zoom dans l’habitacle et si tu regardes la jauge de carburant, tu vois bien que le réservoir est moins qu’au quart plein …

Mince, notre Oeil se serait-il trompé ?

La Roadeuse ne serait pas en mission, pas du tout.
Elle serait en train de fuir !
Elle aurait dérobé le véhicule !
On comprendrait son imprudence, qui serait de circonstance !

Ou alors elle poursuit un dessein encore mystérieux.
Genre une subite envie de croissants.

De toute façon, elle roule bien trop vite.
Une tout terrain, ce n’est pas un tapis volant, c’est une voiture solide certes capable de franchir des obstacles et des pentes inhabituels, mais à vitesse raisonnable, nuance.
Faut pas croire ce que vous voyez à la télé, elle ne vous dit pas tout. Avant de savoir foncer à 160 à l’heure hors-piste, combien de 4×4 croyez-vous qu’un pilote doit avoir mis sur le toit ? On parle des gens normaux, pas de ceux qui ont un talent naturel.

La Roadeuse n’a pas de talent naturel pour piloter.
Ce type de véhicule a tendance à piquer du nez en fin de rebond.
Donc tu vas te planter à cette allure.
Personne ne te poursuit.
Cette vitesse est-elle nécessaire ?
S’il n’y a pas urgence, il serait prudent de lever le pied.

Ok je lève le pied se dit à haute voix la Roadeuse après cette réflexion.

L’Oeil est très fort pour suggérer à l’objet qu’il traite de suivre ses conseils …
Pour le même prix, il aurait pu encrasser le carburateur.
Par exemple.
C’est Lui qui décide de ses voies et moyens.

Par contre, la Roadeuse donne l’impression de savoir où elle va, elle vient d’opérer un changement de direction que la nature du terrain n’exigeait pas, et sinon elle roule tout droit.

Elle doit piloter à la boussole et au compteur de distance.
A l’ancienne.
Ne JAMAIS se passer d’une vraie boussole disons analogique (ou “à main”).

Espérons que la Roadeuse ne confondra pas kilomètres et miles …

Elle ne saurait naviguer au GPS : la zone est vide pour les satellites, un grand carré blanc avec “Military ecological area” marqué en travers, avec un signe dessous qui fait penser au radioactif mais ce n’est pas ça, nous on sait bien que ça signifie “Eoliennes sauvages” et que c’est bien plus terrible comme risque.

On comprend mieux l’intérêt éventuel de Rare Roads pour l’endroit.

Déjà que c’est interdit, là, les safaris écologiques.
Comme tout le reste, d’ailleurs.

Les éoliennes sauvages, tu n’as même pas le droit de les prendre en photo.
Tu ne peux même pas dire que ça existe, c’est secret defense de la mort qui tue.

Tu en parles et tu te retrouves illico à l’asile, département des conspirationnistes anti-religion-écolo. Camisole, douche froide et sédatifs. Puis lavage de cerveau jusqu’à ce que tu penses bien vert. Ensuite, tu deviens militant et si tu es bien conditionné, tu passes activiste ou député.

C’est la Rédemption :)

Voilà une autre pensée interceptée de la Roadeuse.
On voit bien qu’elle a bon moral.

Il y a un réel problème d’éthique avec l’Oeil.
Parce que s’il a la compétence de lire les pensées, est-il obligé de les retranscrire ?
Et peut-on être certain que de temps à autre il n’invente pas ?
Est-il objectif derrière son objectif ?
Ses rapports sont-ils des témoignages fiables ou de simples délires ?

Mais bref.

La Roadeuse serait-elle en quête d’un Pulitzer de photographie ?

Ou alors elle veut enlever un petit d’éolienne sauvage pour un zoo des environs de Stockholm ?

Non, il doit s’agir d’autre chose, notre fiche à mise à jour instantanée concernant la Roadeuse et qui suit nos cogitations conclut “Fêlée mais pas à ce point”.

Et puis c’est dangereux pour de vrai les éoliennes sauvages, personne n’a encore survécu à la charge d’un troupeau de ces bétondermes monopodes aux trois pales affûtées comme des rasoirs.

Quant aux vieux solitaires, c’est les pires.
Ils se couchent à plat, s’enfouissent un peu et quand tu passes dessus, ils jouent des pales et tu te retrouves comme au fond d’un extracteur de jus.

Ecrabouillé dans un premier temps, puis laminé et enfin pulvérisé.
Le médecin légiste peut juste en conclure “Purée …

[ Pour les pointilleux qui voudraient ajouter un article dans la Wikipedia - à leurs risques et périls, évidemment-, signalons que les éoliennes sauvages sont des gastéropodes éolivores et qu’elles sont issues de la recherche golémo-génétique, un truc que seuls les militaires peuvent trouver les subsides pour y travailler. La meilleure release officielle de cette recherche serait le “Chef d’Etat” et c’est vrai que certains brassent beaucoup de vent et restent apparentés de très près à la girouette, deux signes qui trahissent leur origine. ]

Mais la nature est bien faite et elle garde le dernier mot puisque ces monstres ne volent pas.
Sauf mutation.
Mais ça se saurait.

De toute façon on l’apprendra bien assez tôt.

Vers huit heures du matin, le réservoir de la Defender est quasiment vide, presque à sec y compris la réserve.
La Roadeuse a opéré trois changements de direction en tout depuis que nous la tenons à l’Oeil.

Et là, elle arrête son véhicule et elle en sort.

Trente mètres plus loin, une épave de voiture des années trente de l’autre siècle.
Enlisée dans le fech-fech.

Si c’était la destination de la Roadeuse, bravo pour l’habileté de la navigatrice !
Ou bravo à son ange gardien !

La Roadeuse se dirige vers l’épave et même l’Oeil reste étonné.

L’épave est fraîchement peinte !

La Roadeuse circonspecte devant une épave de voiture. Image de Szarah.

Une épave fraîchement peinte en plein désert … bizarre bizarre.

[ A suivre quand j’aurai envie. ]

4 réponses à “Les éoliennes sauvages”

  1. Renan dit :

    Comme un souffle de fantaisie délirante, on retrouve la Roadeuse telle qu’on l’aime :)
    Encore !

  2. Taranis dit :

    Je le dis bien fort : je n’ai rien compris :) .
    Et pourtant, c’était vachement bon… On peut avoir un peu de rab’ ?

  3. jocrisse dit :

    Trouvailles de fond, de forme et mélées !
    y’a bon !
    La voilà la morale de premier choix :)

  4. SZarah dit :

    Et ce n’est qu’une sous-version de mon penchant pour la subversion :)

    Ce qui me fait penser que je vous dois toujours ma “visite à la ferme” … je vais fouiller ma réserve de brouillons.

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