De la poudre pour vos yeux

Disons, dit-il, que c’eût été mieux, bien mieux, si j’avais vu Karol.
Cela m’aurait rassuré de la savoir là.
Et la souffrance de ce manque eût pu être adoucie si j’avais disposé d’un viatique suffisant pour répondre à l’invitation de Piotr et de sa compagne.
Fedor Mikhaïlovitch stigmatise ainsi le crime d’abandon que les siens, le fier frère banquier compris, ont commis à son égard, crime qui n’est que péché véniel d’indifférence mais qui dans cet environnement hostile prend des proportions démesurées.
Il ne réclame ni justice ni châtiment, il sait que dans la steppe chaque loup irradié roule pour lui seul et que, loup lui-même, il doit s’aguerrir à ignorer les autres.
Et s’il ne peut les ignorer, il peut encore les traiter avec le même manque d’égards qu’ils lui témoignent.
La meute, ce sera pour plus tard, quand trente nouvelles lunes auront couru dans le ciel, éclaboussant de poussière d’étoile les fiers canidés et grisant leur pelage à tout jamais.
“Pourquoi, mais pourkwâââ mon tour-operator m’a-t-il laissé dans ce bled pourri, et sans un radis ? Et qu’est-ce que cette histoire de volcan ?” gémit Fedor Mikhaïlovitch en se labourant la poitrine de ses griffes émoussées.
[ En fait il se gratte les puces mais il est de bon ton de dramatiser. ]
Pendant ce temps-là, en Toscane, Jillan a coupé la fougère et en menace un bacchante hilare qui reste de marbre.
Mais on sait bien que c’est pour la photo, Jillan s’en fiche bien des censures inutiles.
25 avril 2010 à 17:18
@ Taranis qui a microtchatté :
Belle démonstration de décodage, tu me rassures.
Le ‘bacchante hilare’ est celui qui prend la photo. Le voile dont est équipée la statue ferait double emploi avec la fougère. A partir de là, il reste à imaginer la tenue et l’aspect du photographe. Bravo !
26 avril 2010 à 8:59
N’avais-je point exprimé mon sentiment quant aux doutes que je sentais planer ? Me voilà moi aussi presque rassuré
.
26 avril 2010 à 11:13
Et bravo pour cette chro, c’est un rebond inattendu
.
Me gusta mucho !