Déclinaisons et pavane de larmes
Une licorne et une lady dans une bande dessinée médiévale accrochée au mur, j’ai vu ça au Musée de Cluny le jour de mes huit ans et c’est le plus beau cadeau d’anniversaire que je reçus jamais.
Cinq tapisseries illustraient les sens, la sixième répondait à mon seul désir … que j’ignorais encore.
Les mille fleurs, le lion feulant, les couleurs, un lapin blanc, un chien, le perroquet et les trois lunes, et même une chèvre et un singe, tout était là sauf la musique mais John Renbourn vint un jour combler ce manque avec une magique celtitude.
Sait-on jamais quel instant fixe notre vocation, quel événement révèle la voie qui nous supportera tout au long de cette vie si brève ?

Bonne question ! ![]()
Et il n’est pas nécessaire de chercher à y répondre, la réponse s’impose un jour ou l’autre.
Certains n’ont pas le privilège de se reconnaître dans ce qu’ils font, d’autres voient leur chemin comme un destin, d’autres encore se contentent de supporter ce qui leur est échu et tentent d’orner les ronces avec des fleurs - souvent, elles sont artificielles mais ça ne les empêche pas de se faner.
Sept milliards d’humains, autant de sentiers d’existence …
Je l’fais bien, réflexion mélancolique, non ?
C’est la morosité de cette saison qui m’incite au spleen.
Trop froid pour un beau mois de mai, trop de médiocrité en politique, le muguet perdra sa fraîcheur avant d’avoir éclos, les pivoines vont se noyer dans l’eau du ciel et en plus de ça les bas-fonds ne murmurent même plus : ils digèrent !
Comme à chaque fois que l’ennui me saisit à la gorge comme pour me tuer, c’est vers l’Art que je me tourne.
L’Art comme bouée de sauvetage, c’est un concept universel.
En création comme en consommation, c’est le meilleur moyen pour franchir les précipices.
C’est d’ailleurs la finalité de l’Art, l’explication de son existence.
Mais c’est un secret, ça, je ne devrais pas le dire.
Parfois, cette passerelle se décroche de l’autre bord et elle monte, monte monte jusqu’à des sphères qu’il n’est pas utile d’atteindre, l’essentiel est de garder l’équilibre ou d’apprendre à marcher sur les mains.
Et si on perd le nord, on peut encore décider de voler.
Il arrive aussi qu’on se saint-exupéryse et qu’il nous pousse des ailes, mais ce n’est pas fréquent.
Ce n’est pas important pourvu que l’esprit reste fixé sur l’essentiel
Au bout du chemin, il y a mon seul désir, et rien ne m’en distraira.
—
Un peu de musique du XVIè : Lacrimae pavan (Flow my tears) de John Dowland (1563-1626).
Et encore : The Lady and the unicorn de John Renbourn.
10 mai 2010 à 15:21
Luth contra viole. Joli
.
10 mai 2010 à 15:32
Y’a pas de hasard : j’ai visité aussi Cluny à l’âge de 8 ans avec la classe de CM1 c’est moins romantique…
et j’avais craché dans le puit de la cour…
et voilà, la nostalgie en mai me prends aussi !
allons vouart si j’y suis.
10 mai 2010 à 15:46
Une licorne, dites-vous ?
Freedom
10 mai 2010 à 16:35
Et mince ! Le plumage vaut le ramage
Mes images préférées : la première en couleur et la troisième en sépia.
10 mai 2010 à 16:42
@ jocrisse
Dans le sud occitant, il y a un proverbe qui dit
Il ne faut pas cracher dans le puits de peur d’avoir à en boire l’eau
Sale gosse !
Et mince, j’y avais pas pensé, à faire ça
Mais je peux y retourner !
11 mai 2010 à 8:42
@Taranis: J’aime aussi beaucoup la troisième en sépia.
Je paraphrase très mal l’article mais tant pis.
L’art nous permet d’avoir les ailes pour franchir les précipices et nous donnant des ailes, il nous permet de vivre. Sans art, que deviennent les 7 milliards de vidéos personnelles ? Que des ronces avec des fleurs artificielles fanées. Mais certaines fleurs naturelles fanées ont une beauté cachée, la même chose pour certains humains très vieux. L’art ne reflèterait-il pas le désir?
La musique des deux Johns, un délice!