Blue Whale III : sept ans plus tard
Le lundi 9 juin 2003, le monde retenait son souffle en découvrant l’existence d’une base secrète nommée “Bwop-15″ où étaient assemblés les terrifiants moyens de représailles de l’Alliance Transit Authority : la ligne Blue Whale.
Quand je dis “le monde” … il y avait moins de cent fondus sur le serveur public Blaxxun.
Dont un grand nombre de touristes et très peu de worldbuilders, peut-être dix, et les guignols de service, enseignants et collagistes toujours à l’affût de nouveautés pour s’en amuser et aussi pour se faire valoir dans leur bulle professionnelle.
Et en vérité personne ne retint son souffle : ils passèrent dans la base en long, en large et en travers, puis ils franchirent les murs de roc et il découvrirent que “Bwop-15″ était en réalité un astéroïde creux.
“Bwop-15″ signifiait tout simplement “Blue Whale opus 15″, c’était ma quinzième réalisation dans ce langage magique qu’est le VRML.
Bref : la routine, pas de quoi s’affoler.
Les îles et les astéroïdes, c’est ce qu’il y a de plus facile à coder.
La plupart des découvreurs ne prirent même pas la peine de lancer leur VrmlPad pour copier ce petit monde-atelier où il manquait l’objet dont l’annonce les avait attirés : le Blue Whale III en construction.
C’était pourtant traité pour créer une atmosphère : du métal en passerelles et en escaliers, des murs en rocher, un jeu de lumières qui révélait successivement les zones sombres pour les replonger dans le noir aussitôt après …

Un chantier naval dans une grotte céleste : Bwop-15
On connaissait le “Blue Whale I”, qui était un Catalina déglingué, et le “Blue Whale II”, un train souterrain.
Si le Blue Whale I ne faisait rien de plus que téléporter ses passagers depuis Black Sun island jusqu’au Berliner AudioStadium, et retour à la demande, le Blue Whale II était un prototype de machine à remonter le temps et sur les estomacs sensibles ça fonctionnait assez bien : le roulis des voitures et le bruit des boggies faisaient remonter le quatre heures et le déjeuner, parfois plus. Pour sa réalisation, je m’étais plus que largement inspirée du Last train to Hell que Hiab-x avait construit en 2001. Avec l’autorisation de l’auteur, bien sûr, et mention de l’inspiration dans le code. Emprunts cités et entraide étaient la norme entre les bâtisseurs de mondes.
Mais il faut savoir qu’à cette époque, c’était déjà la fin de la magie, le pillage systématique des réalisations tierces à des fins commerciales avait déjà commencé et c’est de ça que le VRML est mort : de sa carence dans le cryptage des sources.
Les purs, dont j’étais - mais si, je vous jure que c’est vrai
-, partageaient volontiers leur code et leur maîtrise de la programmation des événements mais cela ne suffisait pas aux pillards : ils volaient carrément la scène, textures comprises, pour publier sous leur propre nom et pour rentabiliser avec de la publicité.
Pour l’auteur, le dommage moral était immense, semblable à celui que ressentirait un peintre à voir une de ses toiles signée par un voleur. Il n’existait aucune parade, sauf l’encryption qui allait stériliser l’apprentissage par imitation. De fait, les pillards scièrent la branche sur laquelle ils étaient assis, les worldbuilders se tournèrent vers des technologies plus gratifiantes question protection du code, il n’y eut plus rien à piller et le VRML mourut de n’être plus utilisé.
Aujourd’hui encore, des rats rôdent sur les forums, quémandant ce qu’ils sont infoutus de créer, mendiant les éléments qui leur permettront de briller dans la petite bulle de leurs intérêts personnels. Ils parlent de “partage” et de “générosité” … mais ils n’ont rien à donner que tous ne possèdent déjà
Et même la fin est terminée mais ils l’ignorent encore.
A l’époque, en 2003 donc, je mettais un point d’honneur à réduire la taille du code et le poids des textures - le rendu en souffrait évidemment mais c’était pour des scènes interactives entre utilisateurs distants sur le Web et c’était avant l’ADSL, la plupart des amateurs se pointaient en 56 kbips, c’est un détail à ne pas oublier.
Bwop-15 “pesait” 20.8 Kb, textures comprises.

Dans la cale, la cruelle absence du Blue Whale III
Sans le Blue Whale III, évidemment … il pesait 3 Mo !
Et il n’était pas question de l’offrir en pâture aux collectionneurs sans contrepartie.
Je comptais sur un teasing pour aguicher, j’en fus pour mes frais : personne ne demanda à voir le mystérieux engin.
C’était dommage, de mon point de vue, parce que le projet était porteur de convivialité mais sans doute l’avais-je peu expliqué, ou mal, ou bien avais-je sous-estimé le farouche individualisme des builders.
Sur papier, c’était pourtant bien : chaque visiteur apporterait automatiquement sa petite tôle, sa petite soudure, au sous-marin bionique que serait Blue Whale III.
Il n’y avait rien d’autre à faire que venir en visiteur, faire venir d’autres visiteurs et assister lentement à la construction du véhicule.
Mille pièces, mille “visiteurs uniques” … En trois mois ce serait bouclé pour peu que les inscrits rameutent du monde.
Personne ne s’engagea dans l’ouvrage (l’erreur est sans doute qu’il fallait s’inscrire) et mon Bwop fut un flop
Dommage aussi pour la BDD qui oeuvrait sous PHP en background …
Avec le recul, je me dis que j’aurais pu laisser faire la nature, ne pas exiger d’inscription et tout laisser en ligne. Aujourd’hui, après sept années, petite pièce par petite pièce, au fil des visites, le travail serait terminé.
J’ai loupé un certain nombre de projets de cette manière, ou autrement
Et quand j’ai enfin disposé du bagage technique capable de faire venir la foule, ça ne m’intéressait plus.
Le temps passa, Bwop-15 fut mis offline, le temps passa encore, le serveur public Blaxxun s’arrêta, le Blaxx Angel Arsène en mit un autre en service, tout pareil.
Mais la grande époque était finie, mes tableaux 3D en VRML resteraient désormais sagement stockés dans leurs disques de sauvegarde.
Je m’en servirais comme d’illustrations 2D ou comme décors 3D pour de la vidéo.
Je m’intéressai à d’autres langages pour programmer la 3D et je finis par me souvenir qu’il me restait un Blue Whale III à montrer.
Dont acte.

Blue Whale III dans le brouillard de la mer d’Ecosse : 3 Mo pour mille pièces.
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VRML : Virtual Reality Modeling Language ou Virtual Reality Markup Language.
18 mai 2010 à 16:37
Ferrer et mettre le mors à Pégase…
On remplaçera par une baleine mécanique!
18 mai 2010 à 20:47
C’était juste après la présentation de ma crypte, donc…
J’ai peu de souvenirs de cette époque. Je vais tâcher de les rassembler, mais je crois bien n’avoir jamais mis les pieds sur cette scène Blue Whale III … Quel dommage !
18 mai 2010 à 21:32
@ Jocrisse
As-tu bien regardé l’ombre sous-marine du Blue Whale III ?
@ Taranis
Pas de regret à avoir au sujet de Blue Whale III : le I et le II ont été en ligne, le III de l’illustration n’a jamais été prévu pour les tchattes, je l’ai terminé récemment avec une technologie que notre Blaxxun ne comprendrait pas, orientée vidéo et pour laquelle le poids ne compte pas (forcément). Le Blue Whale III prévu pour être construit dans Bwop-15 existe mais n’a jamais été montré.
19 mai 2010 à 7:55
@ SZarah :
Permettez-moi de regretter tout de même de ne pas avoir pu parcourir, de l’intérieur, ces tableaux 3d.
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Ce que vous pensez ne peut être mon point de vue
Mais, il y a tant de vos scènes qui ne furent pas publiées que le nombre apaise ma frustration
19 mai 2010 à 17:04
Saveur écossaise… c’est joliment monstreux
Et pas Steam !?
19 mai 2010 à 20:47
Hé si, ‘Joc, le moteur fonctionnait à la vapeur issue de cent cerveaux des Highlands quand ils ont perdu le match