Le pays des forteresses
Donc j’avais réuni le G1 en urgence, je me convoque souvent ainsi, au saut du lit, pour traiter de sujets aussi importants que la crise financière familiale (”Que faire de tout ce pognon qui n’arrête pas de nous tomber dessus ? Marre, à la fin !”) ou le retour des limaces pour cause de grève d’une certaine catégorie de hérissons qui préfèrent, et on les comprend, une assiettée de pommes et de lait.
Ce matin, je voulais discuter avec moi de la monotonie des pleines lunes.
Rendez-vous compte : pleine lune le 26 juin et en juillet ce sera aussi le 26.
C’est ça, la diversité promise par le Grand Architecte ?
C’est du foutage de gl dirait ma nièce qui a un anneau dans le nez (et donc je ne la convoque jamais, il faut au moins deux anneaux, et aux oreilles pour bien faire).

Ayant reçu l’assurance que cette monotonie serait rompue dès août mais que pour juillet rien à faire, trop tard, c’est les vacances, le personnel est en congé, je suis passée aux “divers”.
Je suis tombée sur un truc bizarre.
Prenons un pays au hasard.
Un pays qui compte plus de dix mille châteaux-forts.
Un pays où les gouvernants ont tellement la trouille du peuple souverain qu’ils gouvernent par la peur de tout et de rien.
Un pays où le défaut de sécurisation est une infraction, oui monsieur ça existe.
Je ne dirai pas où, ces gens sont procéduriers et ils ont les lois qu’ils ont faites pour eux, pour eux. (Oui, c’est une construction bizarre le “pour eux, pour eux” alors disons autrement).
Je ne dirai pas où, ces gens sont procéduriers et ils ont pour eux les lois qu’ils ont faites pour eux.
Mieux ?
Dans ce pays, donc, il s’agit de se protéger sinon on est puni.
On doit blinder son WiFi comme on doit blinder sa porte.
On doit verrouiller les portières de sa voiture, ne pas laisser les clés sur le contact sinon c’est une incitation au vol, voire une complicité objective et de toute façon l’assureur va en profiter pour refuser de payer.
Forcément, les gouvernants ont la gueule du mode de vie qu’ils prônent : ils sont fermés.
Et tout aussi forcément ils parlent d’ouverture
Un pays schizophrène, ça ne se soigne pas autrement que par la fairsemblance.
Mais il s’agit d’un soin palliatif, pas d’une cure rédemptrice
Un pays de ce genre, son pronostic vital est engagé.
Alors la vraie grande question …
Un pays qui prône la méfiance au lieu de la confiance est-il encore civilisé ?
On peut se demander (”on” étant un parfait inconnu avec un entonnoir sur la tête) si un pays pareil mérite encore d’avoir des citoyens, et même s’il existe encore hors des paperasses qui attestent de son existence.
En même temps, ce n’est pas si mal.
Enlevez l’entonnoir et chaussez votre nez des lunettes de la réflexion, misérable “on” !
[ J’aime bien, “chausser ses lunettes”, moi je néologiserais dans le genre “enlunettez-vous” mais je n’ai pas de subsides pour ça donc je m’abstiens. ]
Prendre l’autre, quel qu’il soit, pour un éventuel ennemi, c’est une attitude moyenâgeuse.
C’est un saut en arrière, on a usé la Renaissance et on aperçoit l’Antiquité par les trous de la trame (d’où le succès du mot “barbare” ces derniers temps).
Mais on n’ira pas jusque là : les fiefs et les baronnies, c’est vraiment le top du nec plus ultra question gouvernance … pourvu qu’on maintienne le bon état de la toile.
Essayez de penser comme ça, gens du petit peuple.
Essayez de réaliser que la démocratie n’a rien fait de plus que vous permettre de choisir votre seigneur local et votre roi, plus des représentants à différents niveaux, mais que fondamentalement question gouvernance c’est toujours le Moyen Age.
On n’abandonne pas un système qui marche, un système qui permet en plus la mobilité des élites grâce aux élections
Moyen Age qui par ailleurs était riche de ressources diverses et de Lumières, il fait bien plus obscur aujourd’hui …
Et ce n’est pas avec les clowns que nous vous proposons comme gouvernants qu’on peut s’attendre à une nouvelle forme de Renaissance, ce sont des humains normaux donc égoïstes et paresseux dont l’intérêt est d’entretenir vos craintes pour perpétuer le système qui leur assure leur statut.
Mais vous, les individus, vous n’avez rien fait pour mériter de vivre dans la crainte perpétuelle.
Pas comme les banques qui en ont tant fait qu’elles ne se font même plus confiance entre elles
Et vous allez accepter de payer la gabegie des autres.
Paske vous connaissez le sens du mot “solidarité”
La solution pourrait venir d’un peuple qui aurait oublié d’avoir peur et qui dynamiterait le veau d’or, genre fermer les Bourses ou empêcher la spéculation sur les dettes souveraines.
Ça s’est déjà vu.
Et même si beaucoup de gens se sont transformés en petits veaux plaqués or, la masse des démunis ne cesse d’augmenter : c’est de ceux qui n’ont rien à perdre que viendra la solution qui nous fait peur à nous les fieffés paske on n’a pas envie de se retrouver dans les endommagés du collatéral.
[ Je vais encadrer cette phrase, au moins pour les “endommagés du collatéral”. ]
Donc nous devons pour assurer notre propre tranquillité de paresseux chroniques, faire en sorte que chacun puisse au moins espérer un avenir meilleur.
Or, comme en plus nous sommes limite crétins, on fait tout le contraire : on vous soumet en vous faisant craindre de perdre le peu que vous avez. Et on vous dit “la croissance est en train de reviendre” mais vous, vous voyez surtout le retour de l’inflation, l’allongement de la vie au travail et notre train de vie à nous, et vous vous dites “C’est pas juste, merdre les sales profiteurs Halakon on va finir par les dégommer” mais vous ne ferez rien paske les veaux ça ne bronche pas, faudrait que vous soyiez au moins un peu sauvages, un peu bronco, un peu couillus, un peu fiers, un peu respectueux de vous-mêmes d’abord, et que vous compreniez qui sont vos exploiteurs au lieu de les admirer et de rêver à devenir comme eux pauvres andouilles mais soit, il faut des proies et des prédateurs, la Nature est comme ça.
Donc quand on vous dit “Vivez Naturel !”, ça implique que vous devez vous laisser exploiter et détruire
La Nature, il n’y a pas plus ultralibéral.
Arrivée à ce point de mon délire du matin, j’ai pris mon second café et tout de suite la pression est tombée dans la cafetière, je me suis regardée avec complaisance dans le diamant que je porte au doigt et j’ai pensé “Qu’est-ce que tu es belle, toi alors !”.
Et puis j’ai commencé à m’occuper de mes fleurs.
Fin du G1.
Il va faire quarante degrés aujourd’hui mais il fera bien plus chaud encore à la rentrée.
1 juillet 2010 à 14:41
Le Blues de l’Austère Culte
Austère austérité
Que nous fais-tu pas faire
A nos administrés
Les paumés de la Terre ?
O Stérité pas chère
Leçon d’iniquité
On les tape dans leur chair
Et on leur prend leur blé
Mais nous saurons le faire !
Et dans la dignité !
On aura la crémière
En plus du pot de lait
[chorus]
Et du beurre, et du beurre
Pour les banques !
Et des rhooo et des lex
On craint pas la tourmente
On les fera cracher
Tous ceux du peuple laid
On va les essorer
Tous ceux du coquelet
1 juillet 2010 à 15:51
Blues Blues Merci pour le poème Allex. Vous en faites souvent du même genre ?
Chaud à la rentrée, je n’en suis pas certaine, les veaux sont lents et ils sont divisés.
Je vais me pencher sur les fleurs et apprécier le ciel bleu et les étoiles : la seule vraie beauté.
Belle photo de fleur SZarah, c’est la seule chose qui compte vraiment mais j’ai encore beaucoup de mal avec ça…
1 juillet 2010 à 21:00
Il paraîtrait qu’une personne antique, seule, ait réussi à faire trembler tout un empire… Mais c’était il y a longtemps et dans une contrée très lointaine
- HS
HS - J’avais tout juste dans la concordance des temps, donc c’est sûrement que je voulais faire attendre le lecteur
7 août 2010 à 9:52
@ Chiendent
Désolé pour le retard, je fus distrait une fois de plus.
Et oui, il m’arrive souvent d’improviser deux ou trois vers de mirliton en réaction à une information.
Mais je n’en fais pas métier, c’est trop peu travaillé