D’un Nord à un autre : toujours plus au Sud !

Une vague copine journaliste projetait un raid vers le sud, juste de quoi me conduire au nord de l’Espagne.

Oui je sais : descendre au sud pour trouver le nord, ça déroute …
C’est à cause des frontières : le “nord” est devenu relatif, on peut le perdre ici et le retrouver autre part.

Le crew : la vague copine (une quadra en vue du retour), son homme (un petit gros), ses deux enfants à elle (des ados de moins de quinze ans, un mâle et une femelle) et une autre quadra mais solitaire, légèrement enrobée de gras naturel et férue de photographie lourde.
Je ferais la sixième dans cette équipée.

Moyen de transport : un motorhome moderne et une voiture presque neuve, celle de l’empâtée.

Tu verras, ce sera super ! m’avait-on dit.
Et il y a l’airco !
Et un frigo sur batterie !
Et un générateur solaire pour recharger ton E72 !

L’aventure sauvage … Thelise et Louma … Tu parles ! :)

L’itinéraire était prévu, à peu de choses près : Orléans, Damvix dans le marais poitevin, Blaye puis Pauillac, Bordeaux, Castets dans les landes et enfin le pays basque côté français puis côté espagnol, je les laisserais là. Tout droit, quoi.

Un beau programme certes mais …

Je suis sujette aux “mais …” :)

D’abord, je ne tenais pas à m’approcher de la Loire.
Il faut savoir que la Loire, et particulièrement Tours, ce sont les Terres de ma Mère, une contrée où je m’englue pour des mois quand j’ai la faiblesse d’y pénétrer. Le tourangeau, c’est ma mère des Sargasses comme m’auraient dit Lacan et Dard :)

Or, le trajet envisagé passait carrément par Tours.

Ensuite, si moi et le camping on s’entend bien, - j’ai même une chambrette dédiée au stockage du matériel Quechua que je pique confisque discrètement aux scouts marins qui viennent m’envahir chaque année -, ajoutez un motorhome à l’équation et je disjoncte, je souffre assez sur la route avec les hordes de ce véhicule-chicane-mobile. Il y en aurait 500.000 en France, record du monde ! Enfoirés !

Et je ne tolère pas l’incohérence des bobos : et que je te cause environnement par ci et que de l’autre pied sur l’accélérateur je te pollue un max.
Perso, je pollue comme tout le monde et je ne parle JAMAIS d’environnement.

Pourkwâ ?
Parce que je sais ce que sont les déchets, voilà pourquoi !
Essayer de nous culpabiliser pour des broutilles, c’est le job des verts bien-pensants, nouveaux cathos hypocrites qui laissent courir la véritable pollution, celle qui nous a déjà tués mais on n’en sait encore rien et tant mieux admettons que je n’ai rien dit et passons.

Quant aux gadgets genre centrale solaire portative pour recharger les batteries des innombrables bouzins électroniques de la communication, hé bien c’est pour les radins au vernis écolo.

Et ok, j’avoue, mon sac à dos est équipé d’un panneau de cellules photovoltaïques pour recharger mon portable et mon appareil photographique et mon rasoir à poils de jambes et ça fonctionne bien. Mais je ne vois pas pourquoi il faudrait populariser ce genre d’équipement génial, ce n’est pas pour les nezdbeux enfin quoi !

Ensuite encore, ces insouciants avaient choisi pour partir une journée classée “noire” par Buffalo Malin, prévue comme la pire de l’année pour la circulation.
Je ne suis pas trop joueuse question route.

Enfin, je n’aime pas la promiscuité avec des presque inconnus.
Avec de francs inconnus ça va, genre on s’entasse dans un gymnase parce que le village de vacances a été englouti par une coulée de boue.

Mais avec de vagues relations le camping crée de faux liens et de vrais souvenirs communs dont je n’ai rien à cirer, un vécu communautaire de pacotille : moi, je veux mes souvenirs à moi, voyager c’est en solitaire, en couple ou en famille, pas avec des gens qui pourront ensuite prétendre “avoir vécu une expérience” avec moi.

Je ne parle même pas des insinuations mensongères du style “Et elle pète la nuit comme tout le monde, faut pas croire” …

La mixité sociale, je suis contre, ça finit en familiarités et en crypto-communisme.
“Nous n’avons pas campé ensemble !” est l’équivalent de l’ancien “Nous n’avons pas gardé les cochons ensemble !” :)

Hé ! Je ne me prends pas pour rien :) Mais vous le saviez, ça.

Sans compter que parfois on se dispute avant la fin de l’escapade. Intérêt : nul.

Et pour couronner le tout, il y avait les gnards. Moins de quinze ans. Tu ne fais pas ce que tu veux avec des citoyens pareils : il faut en prendre soin, éviter qu’ils tombent de la falaise ou qu’ils flinguent au lance-pierre un animal protégé et rarement comestible, ou qu’ils s’entre-tuent à l’Opinel, il faut aussi limiter la durée de la randonnée et celle de la veillée, bref c’est des loustics à sous-traiter en colo. Et s’ils résistent mieux que toi aux efforts des randonnées, ça te fait te sentir vieille, je suis trop jeune pour prendre ce risque. Mais d’accord, tu peux les dresser à faire la vaisselle et à d’autres menues corvées qu’ils te reprocheront dès qu’ils pourront t’attaquer en justice pour esclavagisme familial :)

Bin quoi ? C’est pas obligé d’aimer les teenagers.

En plus, tu les traînes cinq heures durant sur un GR d’apocalypse pour leur montrer un paysage rare et magnifique et ils te disent “Ah ouais, ça kille à mort, j’ai vu le même sur Google” … et ils te le prouvent illico en manipulant leur micro-PC avec clé satellitaire. Tu as alors l’impression que ce que tu vois en vrai devant toi est un vulgaire copié/collé de l’original sur l’Internet.

En prime, je ne voulais pas risquer de servir de couverture à une éventuelle mission journalistique vers l’ETA. Hé ! Qui sait ce que cette vague copine reporter avait comme projet réel ? Même pire, ils peuvent être imprudents les journalistes ! Un motorhome, tu peux en transporter des choses là-dedans, même des gens, va savoir !

Je suis parfois un brin parano :)

Surprime : je ne voulais pas donner à penser que j’étais une groupie de cette journaliste (qui était un peu connue dans son landerneau pour sa rebellitude).
La vedette, c’est moi, et je ne suis pas rebelle mais anar de salon, nuance :)

Donc, tout bien pesé, je déclinai l’invitation.

C’est bête, pas vrai ? Je ne verrais pas Orléans :)

Gros grain sur la mer en Côte d'Opale. Image de Szarah.

Et je me rendis de Bray-dunes à Calais par la plage.

Environ cinquante kilomètres de Côte d’Opale, faut pas rêver que c’est une promenade de santé : il me fallut trois jours. Mais ce fut un excellent entraînement à la marche en terrain mou et accidenté.

Si c’était à refaire, je marcherais de nuit pour éviter les touristes échoués çà et là sur le sable.

J’évitai Dunkerque d’un coup de girouette, j’y connaissais trop de monde pour simplement y passer.

Dunes et voilier.

Planter ma tente-igloo quand le soleil va disparaître pour de bon … et dormir un peu plus loin, à la belle étoile dans mon sac-sarcophage. A l’aube du troisième jour, la tente avait disparu. La France était déjà mal fréquentée en ces temps pas si lointains, sûrement des scouts marins de grand chemin. Ou alors un grain très localisé l’avait emportée. Ou un OVNI. Tout est possible :)

(L’illustration de la dune au dériveur est de Jyaire qui a un site au chouette nom).

A Calais, je connaissais un dessinateur-scénariste de BD qui allait me prêter l’excellent matériel de photographie dont j’avais besoin.

Ce qui me fait penser que je ne le lui ai jamais rendu …


De Calais, je projetais un chouette périple qui passerait à Bourges au sud d’Orléans, puis direction le marais poitevin, Blaye puis Pauillac, Bordeaux, Castets dans les landes et enfin le pays basque. Tout droit, quoi.

Comment ça “C’est le même itinéraire que celui que tu avais refusé !” ?
Je n’avais pas refusé la piste balisée, qui est un classique de routard, mais seulement la Touraine et le groupe !

Essayez de suivre un peu s’il vous plaît …
Sinon vous ne saurez jamais comment je fus attaquée par des vautours qui m’avaient prise pour une charogne alors que je dormais paisiblement …

5 réponses à “D’un Nord à un autre : toujours plus au Sud !”

  1. jmleray dit :

    Et ben j’ai ben rigolé :-)
    Attention toutefois à dormir paisiblement ! La semaine dernière, un prêtre italien qui faisait une randonnée avec un groupe de jeunes a été tué pendant qu’il dormait paisiblement dans son duvet, abattu par un braconnier qui l’avait pris pour un sanglier.
    Le fait est authentique et je ne sais plus quelle autorité a dit que de toutes façons le prêtre aurait jamais dû camper à cet endroit !
    Jean-Marie

  2. chiendent dit :

    Le plus hilarant pour moi est le paragraphe sur le paysage vrai copié-collé de Google. :-)
    Mais est-ce si hilarant que cela ? C’est bien triste si certains teens ne savent plus reconnaître la beauté de la nature autrement que sur un écran.

  3. Allex dit :

    Amusant comme le disent Jean-Marie et Chiendent, oui d’accord mais je sens qu’il y a bien plus là-dessous, disons comme un désir inexprimé de porter le texte à la connaissance de certains bobos, principaux intéressés, afin qu’ils puissent se gausser d’eux-mêmes en croyant qu’ils ne sont pas concernés, ce serait définitivement drôle :)

    Comme je sais que les contes de SZ se fondent sur de la pure réalité vraie, je vais gazouiller le lien, il finira bien par tomber sous le regard de qui de droit.
    Buzziness is buzzines comme on dit dans la communication …

    Et bravo à monsieur Le Ray pour son dossier sur les déchets : c’est du lourd !

  4. jocrisse dit :

    >
    précisons : les mais les plus fins :)

  5. jocrisse dit :

    fichtre…
    voir la citation ” Je suis sujette aux “mais …” “

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