Migration terminée : on reprend au sujet du Système.

La première chose qui se passe face à une cata d’envergure consiste en un package psychologique, il s’agit de déplorer, de râler, d’avoir peur, de s’indigner, de se révolter, de manifester … c’est-à-dire de se comporter en êtres humains sensibles.

Durant cette phase, on cherche bien évidemment des responsables voire des coupables, des gens à montrer du doigt, à stigmatiser, à punir, éventuellement à supprimer. Les gens sont comme ça, ils reprochent à mâme Météo de n’avoir pas annoncé l’ouragan …

Les clivages sociaux s’accentuent, les politiciens de tous bords en font leurs choux gras, le peuple gronde ou se couche, souffre ou profite, bref il y a de quoi faire pour tout le monde et cette phase débouche obligatoirement sur un changement, c’est le moment des espoirs et des désespérances, c’est aussi le temps des aventures les plus dangereuses

En fait, tout le monde court dans tous les sens en agitant les mains et en criant « Aïe aïe aïe ! » :)

La seconde étape, c’est l’examen du souci avec la tête froide.
C’est le boulot des scientifiques, ça.
Le travail a été achevé il y a plus d’un an1, on sait de quoi il s’agit.

Pour visualiser le Système, il faut un peu d’imagination à défaut d’une infographie en 3D animée que je n’ai ni le temps ni l’envie de réaliser (et je manque de compétences en la matière).

Imaginez une sphère.
A la surface de cette sphère grouillent des entités qui pratiquent entre elles des échanges de flux financiers.
Il y a des entités naturelles, en vraie viande, c’est vous et moi, et il y a des entités artificielles : entreprises, associations, sociétés, Etats …

Tout cela constitue le monde humain réel.
Les flux financiers, c’est aussi bien le prêt d’une banque vers un particulier ou vers un Etat que le billet que vous donnez à votre épicier ou que l’argent de poche que vous donnez au gamin.

Le motif du flux importe peu, que ce soit une dette, un cadeau ou le prix d’un pain, on s’en fiche : il y a des flux, visualisez-les comme autant de petites étincelles bleues à la surface de la sphère. Ça dzîte en permanence :)

Chaque émetteur/récepteur de flux peut être représenté comme une boule qui sera plus ou moins grosse en fonction de son potentiel à générer du flux. Clairement : tu peux être une grosse boule et ne pas avoir un sou en poche.

On observe que le Système échappe à l’entropie (qui tend à la stabilité) et que les plus grosses boules ont tendance à grossir tandis que les plus petites s’amoindrissent.
The rich get richer and the poor get poorer
La raison de cette bizarrerie est à chercher dans les paramètres du Système et la question « Mais qui fait ce paramétrage ? » … est une excellente question :)

De toute manière, le Système a toujours fonctionné ainsi, dans l’inégalité, depuis le tout début de l’invention des flux financiers.

Et ça aurait pu continuer si le Système n’était pas arrivé au bout de sa logique (qui est artificielle même si elle est ancienne, ne l’oublions pas).

Le Système, au bout de son enthalpie, s’est mis à fonctionner comme une périfugeuse à grande vitesse, aspirant de plus en plus de flux vers des entités (non productives mais c’est un autre problème) que nous situerons pour faire joli au centre de la sphère.

Ces grosses boules gonflent démesurément et finissent par arrêter les flux superficiels les plus petits (mort des pauvres). Le processus va s’accélérer, bouffant les boules moyennes puis les grosses et à la fin de la logique, ces énormes boules vont s’entredévorer jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’une (grosse et moche).

Bon. Il n’y aurait guère de problèmes si le flux pompé vers l’intérieur était réinjecté vers la surface. Mais ce n’est pas le cas : ce nodule central est destiné à sucer TOUT (y compris la moindre de vos économies, votre maison et le collier du chat).

Le centre est devenu un trou noir où les flux s’engouffrent pour disparaître, pour devenir de simples écritures. Et trop de boules petites et moyennes vivent en parasites, pompant goûlument les flux avec leur petite trompe d’actionnaire. A terme, ils crèveront aussi et ils s’en doutent mais ils ne veulent pas le savoir.

Voilà pour l’état des lieux.

Troisième phase : agir, réagir, lutter pour la survie. Ou pas.

Il y a clairement quelque chose à faire.
Taxer les flux (en dévier une partie) au profit de la communauté de surface ? L’Etat a longtemps opéré de la sorte, dans sa sphère d’influence.
Mais c’était avant la mondialisation, avant la naissance du noyau central, ce serait seulement retarder l’échéance.

Le plus simple, le plus radical, serait de blaster le centre et d’empêcher sa reconstitution (qui ne manquerait pas de se produire si on ne modifie pas les paramètres du Système).

On observe que les politiciens n’envisagent pas la phase trois. C’est normal : ils se nourrissent des tourments de la phase un (« Crainte populaire »).
La phase deux, qui est explicative, on la cache soigneusement, pour rester dans le flou.

Et la phase trois, qui verra l’extinction de la plupart des gentilles petites boules de la surface ?
Hé bien, cette issue est fascinante pour la majeure partie de ceux qui comptent bien y survivre et qui ont en commun l’inhumanité et l’orgueil qui précèdent la chute.

Mais je peux vous garantir une chose : ils prient.

J’ai un bring and braai en soirée, avec plein de nantis qui ne comprennent rien à ce qui arrive.
Je leur parlerai de Dieu, des insectes et des oiseaux.

C’est pas un joli conte de juillet, ça ? :)


1 : The Network of Global Corporate Control.
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