Aszylum – Lilly en plein midi

Roadeuse Aszylum planche 83 - by Szarah.

En plein midi, l’obscurité tente de surprendre Lilly.

Je n’irai pas plus loin ! avait signifié BluePal en s’arrêtant assez net pour désarçonner Lilly mais elle ne toucha pas le sol avant que son stabilisateur la mette dans une attitude de réception acceptable, ce qui vu de loin aurait pu passer pour un rétablissement athlétique de belle facture, dix points partout.

Sale bête ! dit Lilly.

Je suis désolé signifia BluePal. Mais j’ai un mauvais pressentiment.

Lilly : Tu es un CHEVAL, tu n’as pas de pressentiment !

BluePal signifia : Alors disons que je ne la sens pas, cette gare. Trop de monde dans les parages. Je suis un fier coureur des solitudes, pas une chochotte des villes. Tu y vas seule et si tu as besoin de moi, tu siffles. Point barre. C’est comme ça. N’insiste pas. Tu vas te mettre en retard.

Grumpf pensa Lilly. La prochaine fois, tant pis pour la couleur locale ! Je prendrai un vélo !

Il y avait effectivement beaucoup de monde …

La zone de la gare n’était pas un simple point d’arrêt ferroviaire, elle comptait des entrepôts, différents immeubles et même un General stores jouxté d’un petit saloon.

C’est certainement ici que Snert Gulch va se développer pensa Lilly en avançant dans la rue. Et ce décor me rappelle quelque chose …

Elle ne chercha pas à se souvenir. Comme tous les Voyageurs dotés d’une mémoire eidétique, elle embarquait un régulateur de souvenirs.

Il faisait de plus en plus chaud. Lilly se frayait un passage dans une foule de cowboys et de pimbêches aux ombrelles morgueilleuses

Personne ne paraissait se soucier de la tempête qui approchait de toute évidence.

Lilly s’aperçut qu’elle avait changé de tenue. Elle portait à présent une chemise blanche sous un gilet noir, et une étoile de sheriff était épinglée au tissu du gilet.

Caméléonnerie pensa Lilly. Et c’est normal, je viens de retrouver le nom du film. C’est midi pile.

Au même instant, le soleil s’éteignit.

Que tu sois marshall ou bounty hunter, tu dois t’attendre à tout. (SIC)

Après un bref instant de stupeur qui la laissa muette, la foule se désagrégea en piaillant et très vite il n’y eut plus personne dans la rue que le vent de sable se mit à envahir.

D’abord faire de la lumière pensa Lilly en ajustant ses lunettes protectrices.

Elle mobilisa ses bactéries luciolisées qui l’enveloppèrent d’un poudroiement radieux.

C’est un peu vert mais ça ira … pensa Lilly.

Elle sourit en songeant au nombre de fois où elle avait joué l’apparition avec cette aura. Elle la maîtrisait si bien qu’elle pouvait en auréoler sa tête ou n’importe quelle partie de son corps, ou un quelconque endroit pas trop éloigné.

Sainte Lilly-des-embrouilles soupira-t-elle avec nostalgie …

Elle se ressaisit.

C’est un coup du gros Gérard, quoi d’autre ? Il a eu vent de ma venue et il a éteint le skydome. Ce n’est pas à la portée de n’importe qui. Je dois m’attendre à du costaud. Ce gougnafier d’Éditeur aurait pu me prévenir …

Nimbée de son nuage de lumière, Lilly se hâta vers la station. Tout était désert.

Une fenêtre éclairée l’invita à entrer dans le bureau du télégraphiste.

Un homme rondouillard était assis derrière une table où trônaient les instruments morsiques. Il venait d’allumer une lampe à huile et sa calvitie avancée ne l’empêcha pas de lever le regard vers Lilly quand elle entra.

- Je cherche le gros Gérard, dit Lilly.

L’homme jeta un regard à la pendule qui indiquait midi une.

- Vous êtes au bon endroit, dit-il. Il ne devrait pas tarder à arriver.

- Il vient avec le train ? demanda Lilly.

Le petit homme prit un air offusqué.

- Mais non, Shérif ! « Le gros Gérard », c’est le train !

Fragments d’un discours Techno (2).

Dans votre système de références, les gens pensent habituellement qu’il faut des prothèses technologiques pour obtenir certains effets sur l’environnement.

Ils n’ont pas vraiment tort dans la mesure où tant qu’un Voyageur n’a pas acquis la maîtrise de sa propre carcasse, il lui faut effectivement des trucs et des machins, des gadgets et des bitonios. Une lampe pour s’éclairer, un véhicule pour se déplacer, une fourchette pour manger, un film pour visualiser une histoire … ce genre-là. Ce gaspillage de belles et bonnes ressources est à mettre en premier lieu à la charge de la paresse crasse des gens, ensuite à la manière dont fonctionne la Science.

Un exemple ? Avant d’avoir découvert que non, pas du tout, le dogme prétendait que les neurones d’un individu étaient en nombre fini, que quand c’était perdu ça ne repoussait pas.

Un jour, la Science a cru comprendre que certains dinosaures, au cerveau réputé maigrichon, auraient bien pu avoir des cerveaux annexes le long de la moelle épinière … Et un peu plus tard, la Science a découvert que l’Homme disposait de neurones dans son bidou ! Et pas de deux ou trois neurones, n’est-ce pas ? Autant qu’un petit singe en a dans sa tête. Plein !

Et on le savait, bien sûr, quand le troupeau idiot des gens acceptait que certains puissent « penser avec leur ventre » …

Quand on songe à la multitude d’efforts que l’Église a déployés pour maintenir la source de la pensée dans le crâne … Mais on peut penser avec son cœur, je parie que c’est fichtrement neuroné.

Enfin-bon, tout ça pour dire que les bactéries luciolisées n’ont rien de magique et qu’elles ne doivent rien à la technologie, tout le monde en a mais ce qui manque aux gens, c’est le mode d’emploi.