L’affaire du col Dyatlov

La Roadeuse ressentit le besoin d’un air moins confiné, plus pur, plus frais. Elle eut envie de grands espaces et de neige, et de solitudes glacées où se perdre. Elle trouva, non sans peine, la pépite convoitée. Mais n’anticipons pas, il faut assurer la transition et s’extraire des miasmes souterrains.

Donc, la Roadeuse quitta le métro de Moscou vers le milieu du printemps. Elle prit la première avenue à gauche, celle qui conduisait à la légation du Balourkistan. Puis elle vola un vélo pour semer ses poursuivants.

La Roadeuse avait l’âme sereine et l’esprit décomplexé de la bouchère après un très très gros massacre humanitaire. Sous des vapeurs de Shalimar, elle souriait aux anges dépiautés dont elle avait les ailes par un peu de dépit ôté.

L'enfer glacé de Kholat

KHOLAT, nouveau terrain de jeu pour la Roadeuse.

Sur le dos, dans un sac millésimé à la griffe de zombie, elle portait l’absolue totalité des sauvegardes de son aventure sous-moscovite, miraculosité qui se révélait de surcroît complète et prêtable. Internetable pour kikenveut comme on disait en ce temps-là. De la matière pour Wikileaks. De quoi alimenter les fantasmes de douze générations de complotistes. Du nanan pour leurs nipulateurs.

Elle s’aperçut qu’il faisait froid et suscita une fourrure qu’elle s’emmantela sur le corps au grand dam des passants bienvoyants. Elle compléta sa vêture avec des bottes et un bonnet à queue de loup gris. La queue lui chatouilla le cou et cela la fit souvenirire.

Quand il commença à neiger, la Roadeuse avait déjà décollé, direction le mont non-chaud Kholat, pour débrouiller un mystère à contraintes qu’elle venait de humer dans les effluves de Steam.

Elle se documenta et déjà frissonna d’aise, ou alors c’était le froid et l’oubli de mitaines.

Les « forces horrifiques irrésistibles », elle connaissait mieux que très bien.